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EcoPerspectives // 4 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Italie  
Une stagnation de longue durée  
Le nouveau gouvernement a approuvé l’actualisation du document économique et financier prévoyant de porter le déficit à 2,2 % du PIB en 2020. Le  
projet de loi de finances 2020 est estimé à EUR 30 mds. Certaines mesures prévues par le projet de budget, comme la réduction du coin fiscal,  
devraient soutenir l’économie et avoir un effet positif sur la croissance, malgré une incertitude grandissante. Au deuxième trimestre, le PIB a  
augmenté de 0,1 % en glissement annuel, avec la contribution négative des stocks à la croissance globale, tandis que les exportations ont poursuivi  
leur progression. La demande intérieure a pâti de l’évolution contrastée du marché du travail et d’un marché du logement qui ne s’est toujours pas  
complètement redressé.  
Un nouveau gouvernement confronté à de vieux  
problèmes  
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- Croissance et inflation  
Croissance du PIB (%)  
Inflation (%)  
Après la crise politique du mois d’août dernier, le Mouvement Cinq  
Étoiles (M5S) et le Parti démocrate (PD) ont formé une nouvelle  
coalition. Le nouveau gouvernement, toujours dirigé par Giuseppe  
Conte, a approuvé l’actualisation du document économique et  
financier. En 2020, le gouvernement prévoit d’augmenter le déficit à  
Prévision  
Prévision  
1.8  
1.4  
1.3  
1
.2  
0.7  
0.6  
0
2
,2 %, contre 1,4 % prévu dans la loi actuelle. Le projet de loi de  
.5  
finances 2020, qui sera approuvé vers la fin de l’année, devrait,  
selon les estimations, s’élever à EUR 30 mds. La désactivation des  
clauses de sauvegarde sur la fiscalité indirecte coûtera EUR 23 mds.  
D’autres mesures contenues dans le budget, comme la réduction du  
coin fiscal et la confirmation de dispositifs incitatifs en faveur de  
l’investissement high-tech des entreprises devraient soutenir  
l’économie. Selon les prévisions actuelles, le PIB devrait croître de  
0
.1  
0
.0  
-0.1  
1
6
17  
18  
19  
20  
16  
17  
18  
19  
20  
Sources : comptes nationaux, BNP Paribas  
2
- Marché du travail  
0
,6 % en 2020, en dépit d’une incertitude grandissante.  
Heures travaillées (é.g.)  
Emploi (mns, é.d.)  
La stagnation persiste  
11 600  
25.6  
5.4  
25.2  
2
L’économie italienne manque de dynamisme depuis un an et demi.  
Au T2 2019, le PIB réel a légèrement augmenté (+0,1 %  
trimestriellement et en glissement annuel). La décomposition du PIB  
montre une situation contrastée. Pour le quatrième trimestre  
d’affilée, la contribution des stocks à l’augmentation totale du PIB a  
été négative (-0,2 %), compensant la contribution positive de la  
demande intérieure. La consommation a continué à progresser  
légèrement (+0,1 % en t/t), sous l’effet également de l’évolution  
toujours mitigée du marché du travail. Au T2, l’emploi a augmenté,  
passant au-dessus de la barre des 25,5 millions, tandis que le  
nombre d’heures ouvrées a, de nouveau, reculé (s’établissant à  
plus de 500 millions en dessous du chiffre enregistré au T1 2008).  
Les dépenses d’équipement ont crû de près de 0,4 %, sous l’effet  
d’une forte hausse des investissements dans les machines et les  
équipements, tandis que les investissements dans le secteur de la  
construction se sont repliés.  
11 400  
1
1 200  
1 000  
25.0  
24.8  
24.6  
24.4  
1
10 800  
1
0 600  
0 400  
1
24.2  
2019  
2008 2010 2012 2014 2016 2018  
Source : Istat  
moyens de transport ont reculé de près de 5 %. Les entreprises  
italiennes ont bénéficié de la robustesse de la demande en  
provenance des États-Unis (+9,2 %) et du Royaume-Uni (+8,9 %),  
tandis que les ventes à l’Allemagne s’inscrivent en net retrait  
(
+1,1 %).  
Au T2, la contribution des exportations nettes a été positive, les  
exportations ayant davantage augmenté que les importations.  
Malgré leur progression, les ventes italiennes à l’étranger pâtissent  
des incertitudes entourant les perspectives mondiales. D’après les  
données sur la balance commerciale, la valeur des exportations a  
grimpé de 3,2 % au cours des sept premiers mois de 2019, grâce  
une forte augmentation dans le secteur des produits  
pharmaceutiques (+28 %), dans celui des produits alimentaires et  
celui du textile et de l’habillement, tandis que les exportations de  
Ralentissement de l’industrie manufacturière  
Le ralentissement de l’activité économique italienne reflète  
principalement la détérioration de la situation dans le secteur  
manufacturier. Au cours des dix-huit derniers mois, la valeur ajoutée  
a chuté de 1,2 %, soit plus de 9 points de pourcentage en dessous  
du niveau de 2008. Au cours des sept premiers mois de 2019,  
l’activité industrielle s’est contractée de près de 1 %. Compte tenu  
de la relation étroite existant avec les exportations, c’est dans les  
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secteurs des moyens de transport, du textile et de l’habillement, des  
produits métalliques et des machines et équipements que la baisse  
de la production a été la plus importante.  
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- Tendance des prix des logements  
Total  
Nouveaux  
Existants  
130  
125  
120  
115  
110  
Au T2, la quasi-stagnation de la valeur ajoutée des services s’est  
poursuivie, avec un taux de croissance annuel légèrement positif  
(
+0,2 %). La valeur ajoutée a reculé de 0,7 % (en g.a.) dans le  
secteur des activités financières et de l’assurance et de 1,1 % dans  
celui de l’information et de la communication, tandis que l’activité  
dans le secteur immobilier a augmenté de presque 1%. Entre avril  
et juin, le lent redressement de la valeur ajoutée a marqué une  
pause dans la construction, avec un repli de 1,1 %. Le secteur du  
bâtiment se ressent de la faiblesse persistante de l’investissement  
et de l’évolution atone du marché du logement.  
105  
100  
95  
2010  
2012  
2014  
2016  
2018  
2019  
Source : calculs BNL sur la base des données de l’Istat  
Logement : le redressement se fait attendre  
Au T1 2019, selon les estimations de l’Istat, les prix de l’immobilier  
résidentiel ont baissé de 0,8 % (en g.a.). La longue période de repli  
du secteur immobilier italien se caractérise essentiellement par la  
divergence des tendances entre le neuf et l’ancien. Au cours du  
premier trimestre 2019, les prix des logements dans l’ancien ont  
chuté de 1,3 % (en g.a.), soit le neuvième repli consécutif, tandis  
que dans le neuf ils ont augmenté pour le sixième trimestre d’affilée.  
régions septentrionales. La plus forte hausse de toutes les zones  
géographiques a été enregistrée dans le nord-est (+9,4 %), alors  
que, dans le centre et le sud, le chiffre d’affaires a, à peine,  
progressé de +4 %. Le chiffre d’affaires unitaire a diminué de  
2 100 euros, principalement en raison de la baisse enregistrée dans  
le centre (-5 200 euros par logement) et, en particulier, dans la  
région du Latium (-6 250 euros par logement).  
Dans l’ensemble, la baisse des prix des logements depuis 2010  
Selon certaines analyses qualitatives, la phase de ralentissement  
actuelle devrait se prolonger dans les mois à venir : l’enquête  
mensuelle menée au mois d’août dernier par la Banque d’Italie sur  
la situation dans le secteur montre que la proportion d’experts  
faisant état de pressions à la baisse sur les prix de l’immobilier reste  
inchangée par rapport aux mois précédents, et il en de même de la  
marge de négociation du prix de vente affiché. Selon la même  
enquête, la part des acquisitions financées par un prêt hypothécaire  
est en augmentation, s’établissant à plus de 80 %, tandis que le  
ratio prêt-valeur est stable à 74,2 %. L’enquête réalisée par  
Nomisma (un think thank italien) sur les intentions d’achat des  
ménages n’annonce pas de changement substantiel à court terme :  
en 2019, le nombre de ménages susceptibles d’acheter une maison  
est en légère baisse par rapport à 2018, tandis que le pourcentage  
de candidats primo-accédants augmente (à 74,8 % contre 65,9 %  
auparavant).  
(
première année pour laquelle des données officielles sont  
disponibles) est de 17,2 % ; elle est entièrement due aux logements  
anciens, dont les prix au début de 2019 avaient perdu 23,7 % par  
rapport à leur niveau de 2010. Les prix des logements neufs ont  
augmenté d’à peine 0,8 % par rapport au niveau enregistré huit ans  
auparavant.  
Au cours de la même période (2010-T1 2019), les prix des  
logements ont fait un bond de 48 % en Allemagne et de 8,6 % en  
France, tandis qu’en Espagne, ils ont chuté d’environ 9 %. Si les  
prix demeurent inchangés en Italie jusqu’à la fin de l’année, le repli  
enregistré en 2019 sera de -0,8 % par rapport à 2018.  
Les transactions immobilières, en revanche, sont en progression  
depuis seize trimestres. Entre janvier et mars 2019, les ventes dans  
l’immobilier résidentiel (en données non corrigées des variations  
saisonnières) ont grimpé de 8,8 % (en g.a.), contre 9,3 % au  
trimestre précédent, à près de 139 000 transactions. La croissance  
a été positive dans toutes les régions, en particulier, celles du nord-  
est (+11,8 %, en g.a.) et du centre (+10,7 %, en g.a.). Elle a été  
particulièrement robuste (+8,2 % en g.a.) dans les huit principales  
villes italiennes (par le nombre d’habitants). Des hausses à deux  
chiffres ont notamment été enregistrées à Rome (+11,9 %), à Milan  
L’Italie continue de figurer parmi les pays européens dont le taux de  
propriétaires est le plus élevé : en 2017 (dernières données  
disponibles), 72,4 % des ménages étaient propriétaires de leur  
logement (un pourcentage à peine inférieur à celui de 2010). Ce  
taux était de 77,1 % en Espagne (contre 79,8 % en 2010), de 64 %  
en France et de 51,4 % en Allemagne. En Italie, le taux de  
propriétaires atteint 83 % chez les ménages les plus riches (ceux  
ayant un revenu supérieur à 60 % de la valeur médiane) contre  
(
+11,3 %), à Gênes et à Bologne (+15,2 et +12,9 %,  
respectivement). À Palerme, la croissance du volume des  
transactions, qui avait atteint +18,5 % à la fin de 2018, a ralenti à  
5
6
2 % chez les ménages aux revenus les plus faibles (moins de  
0 % de la valeur médiane).  
+
2 %.  
Paolo Ciocca  
paolo.ciocca@bnlmail.com  
Selon les estimations de l’Agenzia delle Entrate, le Trésor italien, en  
2018 (dernières données disponibles) la tendance à la baisse des  
prix, conjuguée à une augmentation des ventes, s’est soldée par  
une progression de +5,2 % du chiffre d’affaires du marché  
immobilier, à EUR 94,3 mds, dont EUR 53 mds pour les seules  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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