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République tchèque et Slovaquie

Le temps des politiques structurelles est venu

La croissance devrait se tasser légèrement suite au ralentissement prévu des transferts européens après l’année record de 2015.

Mais les conditions macroéconomiques sont bonnes et les taux d’intérêt faibles stimulent le crédit et réduisent le coût de la dette. Les gouvernements doivent désormais affronter les problèmes structurels, démographiques notamment. L’équilibre est délicat à trouver : les politiques natalistes ont un coût, mais si le problème n’est pas résolu la situation pourrait devenir insoutenable sur le long terme. Bien que le chômage se réduise dans les deux pays, son niveau en Slovaquie est plus que deux fois supérieur à celui de son voisin tchèque.

2015 : un cru exceptionnel

Après quelques années difficiles au début de la décennie, les économies tchèque et slovaque surprennent aujourd’hui par leur dynamisme. La République tchèque enregistre le record européen de croissance avec 4,3% selon la Commission Européenne, suivie de près par son voisin slovaque qui réalise également une très bonne performance, à 3,6% en 2015. Le millésime 2016 s’annonce bon, quoiqu’en retrait, avec une croissance de 0,4% t/t au premier trimestre (2,7% en glissement annuel) pour la République tchèque et de 0,8% t/t (3,5% en g.a.) pour la Slovaquie. Les performances industrielles ralentissent en 2016, avec un mois de mars particulièrement mauvais mais un rebond en avril. La moyenne des quatre premiers mois de l’année en cours s’établit à 3,2% en g.a. pour la République tchèque et à 3,6% pour son voisin slovaque.

La production industrielle a battu des records depuis deux ans en Slovaquie avec une croissance de 7% en 2015 et de 9% en 2014. Celle de la République tchèque affiche une belle performance également avec un taux de croissance de 5% en 2014 et 2015. Les deux pays se hissent ainsi parmi les leaders de la croissance industrielle de l’UE, ce qui témoigne de leur forte compétitivité.

L’investissement a été de très loin le principal moteur de croissance : dans les deux pays, le niveau d’investissement atteint son plus haut niveau depuis 2008. En 2015, la formation brute de capital fixe a accéléré de façon spectaculaire en Slovaquie (+14% contre +3% en 2014) et elle a augmenté de 9% en République tchèque, contre 4% en 2014.

Cette performance est principalement due à l’afflux de fonds européens. En Slovaquie notamment, ces financements ont repris en 2015 après une suspension en 2014, atteignant 5,5% du PIB. En République tchèque, les financements européens ont atteint 3,2% du PIB. L’année 2015 fut très particulière pour tous les pays bénéficiaires de fonds européens : afin d’éviter leur annulation, ils devaient utiliser les crédits alloués de l’enveloppe 2007-2013 avant fin 2015, ce qui explique sans doute une hausse aussi importante des transferts. Nous attendons désormais un retour à la normale dans ce domaine, les transferts européens étant appelés à ralentir, voire à se contracter en Slovaquie. Ce ralentissement pèse d’ores et déjà sur l’investissement qui n’a augmenté que de 1,5% en Slovaquie au premier trimestre de 2016 et de 3,1% en g.a. en République tchèque.

La consommation, moins sensible aux fonds budgétaires de l’UE, a augmenté de 3,1% en 2015 en République tchèque et de 2,4% en Slovaquie. La tendance pointe vers une légère modération ces

1- Synthèse des prévisions – République Tchèque

f: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe

2- Dynamisme enviable

Croissance du PIB réel, en %

EU-28 Slovaquie République tchèque

12

10

8

6

4

2

0 -2 -4 -6 -8

Source : Commission européenne

derniers mois. Dans les deux pays, la vigueur de la consommation n’entraîne pas de signe de surchauffe.

Les deux pays poursuivent leur rattrapage avec les autres pays de l’Union Européenne (UE). Si, en 2010, le PIB par tête en République tchèque (en parité de pouvoir d’achat) représentait 81% de la moyenne des 28 pays de l’UE, il a atteint 86% de cette moyenne en 2015. En Slovaquie le PIB par tête est passé de 73% à 78% de la moyenne de l’UE sur la même période.

Inflation : autour de zéro

Malgré les politiques non-conventionnelles mises en place dans la zone euro, le dynamisme de la consommation domestique ainsi que la reprise de la hausse des salaires, le taux d’inflation slovaque reste en deçà de zéro pour la troisième année consécutive. La désinflation importée (notamment pour les matières premières) modère les prix dans cette économie très ouverte. En 2015, l’indice des prix à la consommation (indice harmonisé Eurostat) s’est établi à -0,3% pour atteindre -0,5% en g.a. au cours des cinq premiers mois de 2016.

Les politiques de la Banque nationale tchèque (interventions sur le marché de changes en vue d’affaiblir la couronne) semblent plus efficaces car, bien que les taux d’inflation se situent très en deçà de la cible de 2% définie par les autorités monétaires, ils restent positifs. Ainsi, le taux HICP s’est établi à 0,3% en 2015 pour atteindre 0,4% au cours des cinq premiers mois de l’année 2016.

Nous pouvons nous attendre à une poursuite de la politique de la « couronne faible » dans les trimestres à venir, éloignant davantage les perspectives d’adoption de la monnaie unique par la Tchéquie.

Les taux d’intérêt bas stimulent le crédit…

Les taux d’intérêt bas stimulent le crédit des banques, par ailleurs solides. Ainsi, les taux d’intérêt sur les crédits à moins d’un an ont atteint des minima historiques (4,1% pour la Tchéquie et 2,8% pour la Slovaquie en mai 2016). Le crédit croît à un rythme soutenu, de 8% en g.a. en avril 2016 pour la République tchèque. L’accélération est encore plus forte en Slovaquie : elle a atteint 11% en g.a. en avril 2016.

…et réduisent le coût du service de la dette…

Les taux bas réduisent la charge d’intérêt des deux Etats qui empruntent à des conditions très avantageuses. Les taux des obligations domestiques s’établissaient à 0,46% pour la République tchèque et 0,41% pour la Slovaquie fin mai 2016. Les deux pays bénéficient des spreads par rapport aux taux du Bund les plus faibles d’Europe de l’Est, s’établissant début juillet 2016 à 43 points de base (pb) pour la Tchéquie et à 45 pb pour la Slovaquie, ce qui reflète la confiance des investisseurs dans la qualité de leurs signatures.

… ouvrant la voie à la résolution des problèmes structurels

Les deux gouvernements ont su restaurer leur santé financière après les années difficiles qui ont suivi la crise de 2008-2009. Leurs déficits budgétaires sont aujourd’hui maîtrisés et leurs dettes - 41% du PIB pour la République tchèque et 53% du PIB pour la Slovaquie en 2015 - sont en deçà de la limite de 60% fixée par les critères de Maastricht.

Le temps est donc venu de s’attaquer aux problèmes structurels, en premier lieu démographiques. Car leurs taux de natalité figurent parmi les plus bas en UE : 1,46 enfant par femme pour la Tchéquie et 1,34 enfant par femme pour la Slovaquie en 2014, le niveau nécessaire pour le remplacement de la population se situant à 2,1. Certes, les politiques natalistes auront un coût à court et moyen terme, mais les dépenses liées au vieillissement de la population (retraites, santé) fragiliseront les finances publiques à long terme.

3- Chômage

% de la population active

— République Tchèque Slovaquie

25

20

15

10

5

0

Source : OCDE

Les gouvernements doivent donc s’atteler sans tarder à résoudre cette équation difficile.

Le plein emploi s’arrête à la frontière tchèque

Avec un taux de chômage à 4% en avril 2016, en baisse continue depuis fin 2012 (quand il était de 7%), la République tchèque frôle le plein emploi. Les tensions sur les salaires émergent avec une accélération des salaires réels de 4% en rythme annuel au premier trimestre de 2016. La hausse des salaires réels est vue par la banque nationale comme le principal risque inflationniste.

Même si les tendances du marché de l’emploi sont similaires en Slovaquie, avec une réduction continue du taux de chômage depuis la fin de 2012, le taux de chômage (10% en avril 2016) représente plus du double de celui de son voisin.

Paradoxalement, malgré un sous-emploi considérable, la Slovaquie n’échappe pas à des tensions salariales avec une hausse du salaire moyen de 5% en g.a. en termes réels au T1 2016. Ce phénomène pourrait refléter une certaine « dualité » du marché de travail, avec des catégories (chômeurs de longue durée, jeunes sans diplômes, minorité Rom) durablement exclues et une émigration croissante (y compris vers la République tchèque voisine) des jeunes diplômés à la recherche de meilleures opportunités. A titre de comparaison, la Slovaquie reçoit des transferts de travailleurs expatriés à hauteur de 2,4% de son PIB, contre seulement 0,9% pour la République Tchèque. Les difficultés pour résorber le chômage en Slovaquie peuvent avoir une incidence négative sur sa situation démographique ainsi que sur l’équation budgétaire.

Anna Dorbec anna.dorbec@bnpparibas.com

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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