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Autriche  
Des tendances inquiétantes  
L’économie autrichienne connaît actuellement un léger  
Synthèse des prévisions  
Variations annuelles, %  
PIB  
redressement, porté par la baisse des prix de l’énergie et la  
réforme de l’impôt sur le revenu.  
2015 2016 e 2017 e  
G
P
G
E
1,0  
-0,0  
0,5  
1,3  
1,1  
3,5  
1,8  
1,1  
0,9  
1,7  
3,1  
La croissance devrait décélérer en 2017, sous l’effet  
Consommation privée  
Investissement  
conjugué d’un moindre soutien budgétaire, d’un  
ralentissement de l’investissement et d’un environnement  
extérieur moins favorable.  
Exportations  
3,6  
Indice des prix à la consommation (IPC)  
IPCH hors alimentation et énergie  
Taux de chômage (%)  
H
H
U
C
G
G
0,8  
1,7  
1,0  
1,6  
1,4  
1,5  
La grande coalition entre les conservateurs et les  
sociaux-démocrates pourrait perdre la majorité au parlement  
lors des prochaines élections législatives, prévues pour  
octobre 2018.  
5,7  
6,1  
6,3  
Balance courante (% PIB)  
8,6  
9,4  
10,4  
2,9  
Solde des Adm. Publiques (% PIB)  
Dette publique (% PIB)  
2,5  
2,7  
85,5  
83,2  
80,9  
L’Autriche connaît une légère reprise économique. Les indicateurs  
conjoncturels s’améliorent depuis février dernier, mais tout en restant  
bien en dessous des niveaux observés avant la Grande Récession.  
La croissance du PIB, inférieure à 1 % au cours des quatre dernières  
années, soit plus ou moins le taux de croissance potentielle du pays,  
a été de 1,4 % au premier semestre 2016. Sur l’ensemble de l’année,  
elle devrait atteindre 1,3 %.  
e: estimations et prévisions de BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
La confiance dans l’industrie est toujours faible  
Confiance dans l'industrie  Tendance  
Solde d’’opinion  
20  
Les principaux facteurs de ce rebond sont les mêmes que dans les  
autres pays européens, à savoir la faiblesse des prix de l’énergie et  
l’assouplissement des conditions financières, auxquels s’ajoutent  
des facteurs propres à l’Autriche : la réforme de l’impôt sur le revenu,  
en vigueur depuis le 1er janvier, et les dépenses publiques  
supplémentaires liées à l’afflux de réfugiés et de demandeurs d’asile.  
1
0
0
-10  
-20  
-30  
-40  
Le climat économique devrait se détériorer quelque peu en 2017,  
certains des éléments favorables à la croissance en 2016  
s’estompant, voire se muant en obstacles. La consommation privée  
sera moins soutenue par la réforme de la fiscalité. De plus, la hausse  
des prix de l’énergie devrait peser sur le pouvoir d’achat. L’inflation  
devrait accélérer à 1,4 %, l’une des plus fortes de la zone euro. Les  
entreprises seront confrontées au ralentissement de la croissance  
des principaux marchés à l’exportation, comme l’Allemagne. De plus,  
l’incertitude créée par le Brexit pourrait compromettre les décisions  
d’investissement. Selon nos prévisions, la croissance devrait ralentir  
à 1,1 % en 2017.  
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016  
Graphique Source : Commission européenne  
les estimations de l’OCDE, le solde budgétaire corrigé du cycle s’est  
amélioré de plus de 2 points de pourcentage du PIB.  
Les créations d’emplois ont été assez dynamiques, l’emploi ayant  
progressé de 1,5 % sur la période. Il s’agit, pour la plupart, de postes  
à temps partiel. Néanmoins, le taux de chômage est remonté pour  
atteindre 6,2 % en août en raison de l’augmentation rapide de la  
population active, suite à l’arrivée d’immigrants et de travailleurs  
transfrontaliers. Toutefois, le taux de chômage reste un des plus  
faibles de l’UE.  
Les ménages bénéficient d’une baisse des impôts  
Les dépenses de consommation ont été peu dynamiques ces  
dernières années. Elles ont même reculé de 0,4 % entre 2012 et  
2
015, en raison, principalement, de la baisse (-1,7 %) du revenu  
disponible au cours de cette période. Afin de conserver un certain  
niveau de consommation, les ménages ont mobilisé leur épargne, et  
le taux d’épargne nette a reculé de 8,7 % à 7,4 %.  
En 2016, les principaux soutiens aux dépenses des ménages sont le  
faible niveau des prix de l’énergie et la réforme de l’impôt sur le  
revenu. Grâce à cette réforme, les ménages auront droit à des  
dégrèvements fiscaux estimés à EUR 5 mds (1,5 % du PIB) par an.  
Un avantage compensé par la hausse des prélèvements libératoires  
sur les plus-values, à 27,5 %, et un relèvement du taux de TVA  
Plusieurs facteurs expliquent le ralentissement du revenu et des  
dépenses. Premièrement, l’inflation a été plus persistante que dans  
le reste de la zone euro. Entre 2012 et 2015, les prix à la  
consommation ont augmenté de 4,4 %. Deuxièmement, le  
gouvernement a adopté une politique d’austérité budgétaire. Selon  
economic-research.bnpparibas.com  
Raymond Van Der Putten  
21 octobre 2016 16-36  
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réduit de 10 % à 13 % pour certains biens et services. De plus, le  
revenu disponible bénéficiera des dépenses publiques en faveur des  
réfugiés. Au total, le revenu disponible réel des ménages pourrait  
augmenter de plus de 2 %. Comme le revenu supplémentaire généré  
par la réforme de la fiscalité pourrait ne pas être dépensé  
immédiatement, le taux d’épargne augmentera en 2016, mais il  
devrait renouer dans les années suivantes avec sa tendance à la  
baisse.  
L’élection présidentielle du 4 décembre  
Le 4 décembre prochain, les Autrichiens retourneront aux urnes  
afin d’élire un nouveau président pour un mandat de six ans. Ils  
devront choisir entre Norbert Höfer (FPÖ, extrême droite) et  
Alexander Van der Bellen (candidat indépendant soutenu par les  
Verts). Il s’agit d’une répétition du second tour du scrutin de mai,  
à l’issue duquel M. Van der Bellen l’avait emporté de justesse  
sur son adversaire. La Cour constitutionnelle autrichienne avait  
invalidé le résultat et ordonné un nouveau vote en raison  
d’irrégularités dans certaines circonscriptions.  
Timide redressement des sociétés non financières  
Avec le léger rebond de la croissance entamé en 2015, la rentabilité  
du secteur des sociétés non financières a commencé à s’améliorer.  
En termes réels, leur excédent brut d’exploitation ressortait en  
hausse de 1 % au premier semestre 2016 par rapport à l’année  
précédente grâce au redressement de l’activité. De plus, les coûts de  
production ont diminué suite à la croissance modérée des salaires et  
à la baisse des prix des matières premières. Cela a été partiellement  
gommé par la faiblesse des prix de vente. En conséquence, la  
tendance à la baisse du taux de marge (excédent brut d’exploitation  
en pourcentage de la valeur ajoutée brute) a pris fin à 41,3 %, un  
niveau qui reste néanmoins bien inférieur à ceux observés avant la  
crise financière (46,5 % en moyenne sur la période 2004-2008).  
Le rôle du président est essentiellement formel. Cependant,  
selon la constitution, il bénéficie de pouvoirs étendus. Il peut  
nommer et démettre de ses fonctions le Chancelier et le  
gouvernement, et dissoudre l’Assemblée nationale (Nationalrat).  
Pour qualifier le président autrichien, le juriste français Maurice  
Duverger parlait d’un « géant endormi ».  
M. Höfer a annoncé que s’il était élu il utiliserait davantage ces  
pouvoirs étendus. Cependant, à l’instar de ses prédécesseurs, il  
devrait s’apercevoir que la réalité politique limite les prérogatives  
du président. Le gouvernement doit, par exemple, s’appuyer sur  
une majorité au parlement. Mais une présidence plus proactive  
pourrait gravement nuire à l’équilibre constitutionnel.  
La progression des résultats s’est accompagnée d’une hausse de  
l’investissement. Au premier semestre 2016, les dépenses en  
équipements et en machines progressaient de près de 3 % par  
rapport à l’année précédente. Toutefois, malgré l’importance des  
actifs financiers des entreprises et des conditions de financement  
externe favorables, l’investissement ne devrait pas tarder à marquer  
le pas. Face aux perspectives de croissance moroses des principaux  
partenaires commerciaux de l’Autriche, les chefs d’entreprises  
hésitent en effet à développer leur activité. Selon nos prévisions,  
l’économie allemande devrait ralentir de 1,8% à 1,3 % entre 2016 et  
d’asile. Depuis le début de la crise des migrants en 2015, l’Autriche a  
accueilli environ 110 000 demandeurs d’asile, soit près de 1 % de la  
population. Les charges annuelles pour le budget devraient s’élever  
à 0,6 % du PIB. De plus, la détérioration du marché du travail  
pourrait entraîner une hausse des dépenses en allocations de  
chômage.  
La dette publique représentait 86 % du PIB à la fin de 2015, contre  
5 % à peine en 2007. Cette détérioration tient principalement au fait  
que les autorités ont dû procéder à des injections de capital et de  
liquidités pour soutenir le secteur bancaire. Ces mesures de soutien  
auraient représenté EUR 21 mds, soit 6 % du PIB. Pour 2017, le  
gouvernement entend abaisser le ratio de dette à 80,9 %.  
6
2
017. De plus, les incertitudes entourant les négociations relatives  
au Brexit et aux accords de libre-échange avec les Etats-Unis et le  
Canada pénalisent les investissements.  
On peut en revanche s’attendre à une reprise de l’investissement  
résidentiel dans les années à venir, portée par l’envolée des prix de  
l’immobilier et l’initiative des pouvoirs publics en faveur du logement.  
Le timing reste néanmoins incertain compte tenu de la longueur des  
préparatifs nécessaires.  
La grande coalition pourrait perdre sa majorité  
Comme dans beaucoup d’autres pays européens, la scène politique  
autrichienne est polarisée depuis l’émergence des partis populistes  
comme le FPÖ (extrême droite). Lors du prochain scrutin de second  
tour de l’élection présidentielle en décembre, le candidat du FPÖ  
sera opposé à celui des Verts (voir encadré).  
Les dépenses publiques dans un carcan rigide  
La grande coalition entre les conservateurs de l’ÖVP et les sociaux-  
démocrates du SPÖ suit une politique d’orthodoxie budgétaire. L’un  
des principaux objectifs du gouvernement est de ramener le déficit  
public à 0,5 % du PIB en 2020. En 2015, il était déjà limité à 1,2 %  
contre 2,7 % l’année précédente. Cette évolution s’explique par des  
facteurs spécifiques tels que les effets anticipés de l’augmentation  
des prélèvements libératoires sur les dividendes. En 2016 et 2017, le  
déficit budgétaire devrait se creuser de nouveau aux environs de  
Les prochaines élections législatives sont prévues pour octobre 2018.  
Selon les derniers sondages, la grande coalition n’aurait plus la  
majorité et le FPÖ sortirait grand vainqueur avec un tiers des voix.  
Dans ce cas, la grande coalition devra élargir ses rangs et s’ouvrir à  
d’autres partis, comme celui des Verts ou des Jeunes libéraux  
(
NEOS).  
1
,6 % du PIB, un niveau qui reste néanmoins bien en deçà de la  
norme fixée à 3 % par le traité de Maastricht.  
Le budget fédéral bénéficie d’un environnement de taux  
extraordinairement bas. Pourtant, les dépenses publiques doivent  
augmenter pour faire face à l’afflux de réfugiés et de demandeurs  
economic-research.bnpparibas.com  
Raymond Van Der Putten  
21 octobre 2016 16-36  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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