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La transition économique, l’autre chantier

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EcoEmerging// 1 trimestre 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
Algérie  
La transition économique, l’autre chantier  
Entre une croissance atone, l’érosion de la rente pétrogazière et des déficits jumeaux significatifs, la situation macroéconomique  
inquiète. Pour l’instant, les réserves de change restent confortables mais la vitesse et l’amplitude de leur contraction constituent  
une source de vulnérabilité majeure à court-moyen terme. En outre, si certaines décisions laissent entrevoir un changement  
d’orientation dans la politique du gouvernement après des années de protectionnisme économique, ces avancées restent encore  
trop timides au regard des défis à relever et peu efficaces tant que le climat des affaires ne se sera pas stabilisé.  
L’année 2019 s’est achevée par la tenue d’élections présidentielles  
1
-Prévisions  
remportées au premier tour par M. Tebboune dans un contexte  
marqué par un fort taux d’abstention et la poursuite de  
manifestations massives. Si elles comblent un vide constitutionnel,  
ces élections sont loin de clôturer la transition dans laquelle se  
trouve plongée l’Algérie depuis la démission du président Bouteflika  
le 22 février 2019 sous la pression de la rue. À la refonte politique  
s’ajoute un autre chantier d’envergure pour les autorités: restaurer  
la soutenabilité d’un modèle économique lourdement fragilisé par la  
chute des recettes d’hydrocarbures et la perte de confiance des  
investisseurs. La période qui s’ouvre s’annonce donc décisive et  
chargée d’incertitudes.  
2018  
1,5  
2019e  
1,1  
2020e  
1,7  
2021e  
2,0  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
4,3  
2,0  
3,5  
4,0  
-8,1  
-9,9  
-10,8  
-10,0  
Dette du gouv. central, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
44,3  
-9,4  
51,5  
57,2  
61,2  
-11,5  
-11,7  
-11,3  
Dette externe, % du PIB  
2,4  
80,4  
2,3  
60,9  
2,7  
41,9  
8,7  
3,4  
24,8  
5,3  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDDZD (fin d'année)  
16,1  
12,6  
119,0  
121,9  
125,0  
130,5  
Une économie à l’arrêt  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
Selon l’ONS, la croissance économique n’a atteint que 1,2% au  
T3 2019 après avoir stagné à 0,3% au T2. Ce léger regain d’activité  
résulte essentiellement de la hausse de 1,4% du PIB réel des  
hydrocarbures. Or, ce dernier venait d’enregistrer huit trimestres de  
contraction. À 1,03 million de barils par jour en moyenne sur les  
neuf premiers mois de l’année, la production de pétrole brut a ainsi  
touché son plus bas niveau depuis 2003 alors que celle du gaz a  
décroché de 7,5% par rapport à 2018. Compte tenu de la baisse  
des cours mondiaux du pétrole, le PIB nominal du secteur des  
hydrocarbures a ainsi enregistré une chute de 18% au T3 malgré la  
stabilité du dinar contre le dollar. Difficile donc d’y voir un effet de  
support pendant que des pans entiers de l’économie souffraient des  
soubresauts politiques.  
2
- Croissance hors hydrocarbures, contributions par secteur  
PIB, g.a. en %, et contributions en points de pourcentage  
PIB hors hydrocarbures primaire secondaire tertiaire  
8
7
6
5
4
3
2
1
0
1
De fait, la croissance hors hydrocarbures est tombée à 1,4% au  
T3 2019 contre 3,7% un an auparavant (graphique 2). Tous les  
secteurs ont été touchés à l’exception de l’industrie manufacturière,  
qui a affiché une résilience surprenante (+4,7% en moyenne sur les  
-
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
Sources : ONS, BNP Paribas  
9
premiers mois de l’année) mais dont le poids dans l’économie est  
faible (5% du PIB nominal). Pour le reste, la croissance du secteur  
des BTP (12% du PIB) a été divisée par deux à 3% et celle des  
services non marchands (15%) par près de quatre de 3,4% au  
T32018 à 0,9% au T32019. Malgré une inflation contenue à 2% sur  
l’ensemble de l’année grâce à l’importance des produits  
subventionnés (26% du panier de consommation) et le niveau élevé  
des importations, l’activité des services marchands a également été  
pénalisée par la décélération marquée de la consommation des  
ménages (+0,3% au T3 2019 contre 3,1% un an auparavant).  
affaires ne se sera pas stabilisé. En outre, la loi de finances 2020  
table sur d’importantes coupes budgétaires dans les  
investissements publics (voir ci-dessous). A 1,7% en 2020 contre  
1,1% en 2019, la croissance économique ne se redresserait ainsi  
que sous l’effet d’une légère hausse de la production de gaz alors  
que la progression du PIB hors hydrocarbures ne devrait pas  
dépasser 1,5%. Mais au-delà des difficultés de l’économie à repartir,  
c’est la dérive des comptes publics et extérieurs qui inquiète.  
Érosion inquiétante des réserves de change  
Surtout, l’investissement est atone depuis (+0,9% au T2 ; +0,7 au  
T3), ce qui obère toute perspective de reprise tant que le climat des  
Selon le FMI, il faudrait un cours du Brent à USD 106 le baril pour  
que l’Algérie rééquilibre sa balance courante en 2020, un niveau  
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non seulement inatteignable dans le contexte actuel mais aussi  
nettement supérieur aux autres pays exportateurs de pétrole de la  
région. Les raisons sont multiples, à commencer par la difficulté à  
réduire la facture des importations. Depuis 2016, ces dernières sont  
relativement stables, à USD 46 mds, et les statistiques douanières  
n’indiquent pas d’inflexion pour 2019 malgré la chute de 16% des  
achats de biens d’équipements industriels due à la morosité  
économique. Surtout, les exportations sont sous pression.  
Constituées à plus de 90% d’hydrocarbures, elles ont encore chuté  
de 12,5% sur les 10 premiers mois de 2019, conséquence d’un  
double effet volume-prix particulièrement significatif pour le gaz  
3
- Performances du secteur gazier  
En mds de m3  
production exportations consommation domestique  
1
00  
90  
80  
70  
60  
50  
40  
30  
(
saturation du marché européen, consommation nationale  
soutenue). Pour la première fois depuis des décennies, l’Algérie  
devrait avoir ainsi plus consommé de gaz en 2019 qu’elle n’en a  
vendu à l’étranger (graphique 3).  
20  
10  
0
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019  
Avec un déficit courant d’environ USD 20 mds (11% du PIB) et en  
l’absence de flux de capitaux significatifs (les flux nets  
d’investissements directs étrangers oscillent autour d’un milliard de  
dollars US), la liquidité extérieure va donc continuer de s’éroder  
rapidement. Tombées à USD 60 mds fin 2019 contre un pic de  
USD 195 mds fin 2013, les réserves de change restent encore  
confortables (12,6 mois d’importations de biens et services).  
Néanmoins, elles pourraient atteindre seulement USD 25 mds d’ici  
deux ans, une dynamique qui inquiète compte tenu de la  
dépendance élevée aux importations de l’économie algérienne.  
Sources : JODI, MEES  
conventionnel » et au niveau négligeable de dette en devise, la  
dynamique soutenue de la dette publique rappelle une fois de plus  
qu’une refonte du modèle économique algérien est indispensable.  
Les réformes avancent mais timidement  
Il semble y avoir une prise de conscience des dangers de la  
situation. Des lignes rouges ont en effet bougé. Dès cette année,  
l’Etat pourra s’endetter à l’étranger pour financer des projets ciblés.  
La règle du « 51/49 » conditionnant la participation des acteurs  
étrangers à un rôle minoritaire dans tout projet d’investissement a  
aussi été assouplie pour les secteurs non stratégiques et une  
nouvelle loi sur les hydrocarbures vient d’être votée avec pour  
objectif de renforcer l’attractivité du secteur. Après des années de  
politique protectionniste, il s’agit d’un changement de cap.  
Les finances publiques restent sous pression  
La situation des finances publiques n’est pas plus rassurante. Avec  
un « point mort » fiscal estimé par le FMI à USD 109 le baril en  
2020, l’Algérie se distingue par rapport à ses pairs régionaux malgré  
l’effort de consolidation prévu dans la loi de finances. Les autorités  
ont programmé une baisse de 9% des dépenses cette année  
reposant exclusivement sur celles d’équipement (-20%). En  
revanche, les charges courantes resteraient stables (-1,2%), ce qui  
soulève plusieurs problèmes.  
La portée de ces mesures reste néanmoins mesurée au regard des  
nombreuses entraves qui pèsent encore sur l’attractivité de l’Algérie  
et plus généralement sur le développement du secteur privé.  
Surtout, la question de l’équilibre des comptes publics et externes  
reste entière. La réforme du système de subventions, en particulier  
énergétiques, demeure un chantier prioritaire mais difficile à mener  
dans l’environnement actuel. En l’absence de solution pérenne, les  
autorités pourraient ainsi être obligées de réduire les importations  
au moyen de mesures tarifaires, voire d’un durcissement du  
contrôle des capitaux. Une dépréciation du dinar serait également  
une option pour enrayer l’érosion des réserves de change et  
augmenter les recettes pétrolières mais avec un risque inflationniste  
élevé. Dans tous les cas, des décisions s’imposent afin d’éviter à  
l’Algérie un ajustement macroéconomique sévère à court-moyen  
terme.  
En faisant porter l’ajustement budgétaire sur les investissements  
publics, l’impact récessif sur l’économie risque en effet d’être  
décuplé. En outre, le déficit budgétaire restera élevé, à hauteur de  
10% du PIB, en raison de la baisse attendue des recettes  
pétrolières. La question de sa couverture devrait alors resurgir  
rapidement alors que les autorités ont déclaré qu’elles ne  
recouraient plus au « financement non conventionnel » mis en place  
fin 2017. Sur les USD 55 mds mobilisés par le Trésor auprès de la  
Banque centrale, moins de la moitié a été réellement injecté dans  
l’économie. Parmi les USD 26 mds restants, le Trésor dispose d’un  
compte créditeur de 8 milliards, soit deux fois moins que le déficit  
budgétaire attendu pour 2020, alors que le manque de profondeur  
du marché des capitaux algérien laisse sceptique sur sa capacité à  
absorber de gros besoins de financement.  
Dernier élément et non des moindres, la dette publique va continuer  
de croître rapidement et pourrait dépasser les 60% du PIB en 2021  
contre 7% du PIB en 2014. Or, si la charge de la dette reste  
supportable grâce aux conditions très favorables dont a bénéficié le  
gouvernement dans le cadre du programme de « financement non  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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