Perspectives

Après le virus, la menace des « zombies »

e
economic-research.bnpparibas.com  
Eco Perspectives // 4 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 30 septembre 2020)  
1
0
ALLEMAGNE  
APRÈS LE VIRUS, LA MENACE DES « ZOMBIES »  
Un fort rebond est attendu au troisième trimestre (7,2 %) avec la levée progressive des restrictions. Cependant, la  
reprise va probablement rester lente et difficile, au moins tant qu’un vaccin ou de meilleurs traitements contre la  
Covid-19 n’auront pas été trouvés. Grâce à un large recours aux dispositifs de chômage partiel, le marché du travail  
a assez bien résisté. Cependant, les mesures adoptées ont peut-être aussi contribué à reporter des restructurations  
nécessaires, ce qui pourrait peser sur la performance économique à long terme. La forte augmentation des dépenses  
publiques pour atténuer les conséquences économiques de l’épidémie de Covid-19 a contraint les autorités à activer  
la clause dérogatoire aux règles de limitation de l’endettement public. Les emprunts dépassant le seuil d’endettement  
seront remboursés sur vingt ans à compter de 2023.  
UN REBOND, MAIS PAS DANS TOUS LES SECTEURS  
CROISSANCE ET INFLATION (%)  
Les mesures de confinement adoptées au T2 pour enrayer la propagation  
Croissance du PIB  
Prévisions  
Inflation  
du coronavirus ont provoqué une chute brutale de l’activité en Europe.  
En Allemagne, le PIB s’est contracté de 9,7 %, un taux qui se compare  
assez favorablement à ceux enregistrés dans le reste de la zone euro  
Prévisions  
8
6
4
2
0
2
4
6
8
4.7  
(
-12,6 %). Ce résultat s’explique essentiellement par un confinement  
moins strict en Allemagne, les autorités ayant réussi à limiter la  
propagation du virus en pratiquant des tests à grande échelle.  
1
.9  
1
.5  
1.4  
1.6  
0.6  
0.6  
Ces mesures ont été progressivement levées à partir de la fin avril,  
entraînant un rebond de l’activité. Après avoir atteint un creux en avril  
-
-
-
-
(
74,4), l’indice Ifo du climat des affaires a progressivement augmenté  
dans les mois qui ont suivi, atteignant 93,4 en septembre (2015=100).  
L’activité est, néanmoins, restée bien en deçà de ses niveaux d’avant-  
crise. En juillet, la production manufacturière a augmenté de 0,3 % par  
rapport au mois précédent, soit la troisième amélioration consécutive,  
mais elle n’en était pas moins en repli de 12 % en glissement annuel.  
-5.6  
2018  
2019  
2020  
2021  
2018  
2019  
2020  
2021  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : BNP PARIBAS GLOBAL MARKETS  
Le secteur le plus affecté par la pandémie est celui des services, dans  
lequel les exigences de distanciation sociale ont freiné le redémarrage  
de l’activité. Les ventes au détail ont fortement rebondi après le  
mois d’avril. En juillet, elles étaient en hausse de 5,6 % en g.a. Dans  
l’hôtellerie-restauration, en revanche, la situation est restée difficile.  
Malgré un net rebond des activités de restauration et d’alimentation  
en juillet (22 % par rapport au mois précédent), le chiffre d’affaires  
était en baisse de 27 % en g.a. L’économie dans son ensemble devrait  
avoir enregistré un rebond notable de 7,2 % au T3 (les chiffres seront  
communiqués à la fin octobre).  
L’INDICE IFO LAISSE ENTREVOIR UNE REPRISE  
2
0
Boom  
Reprise  
août  
0
juin  
-
-
-
20  
40  
60  
jan  
LE KURZARBEIT POURRAIT RETARDER LA RESTRUCTURATION  
mai  
mars '20  
Malgré l’effondrement de la production au T2, le marché du travail a  
assez bien résisté. Le taux de chômage (selon la définition du BIT) a  
légèrement augmenté à 4,4 % en juillet, contre 3,8 % en mars. Cette  
réaction modérée s’explique principalement par un large recours au  
dispositif de chômage partiel (Kurzarbeit). L’Ifo estime qu’au mois  
d’août, le nombre des bénéficiaires de ce programme est tombé à 4,6  
millions, soit un million de moins qu’au mois précédent, ou 14 % des  
salariés assurés sociaux. Cette baisse est en grande partie imputable  
aux secteurs du commerce et de l’hôtellerie-restauration. Dans ce  
dernier secteur, néanmoins, 34 % des salariés sont toujours en activité  
partielle  
april  
Récession  
Ralentissement  
20  
-80  
-40  
-20  
0
40  
Situation actuelle des affaires  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : IFO, BNP PARIBAS  
le Kurzarbeit n’est pas réservée aux seuls secteurs dynamiques qui  
Le dispositif Kurzarbeit offre aux entreprises l’avantage de conserver souffrent d’un repli temporaire de l’activité. Des secteurs en difficultés,  
leurs compétences pendant la crise. Dès que la demande repart, le comme l’automobile et la métallurgie, en bénéficient également, ce  
personnel est de nouveau immédiatement disponible. Cependant, plus qui a pour effet de différer leur restructuration pourtant nécessaire.  
la crise dure et moins cet argument semble convaincant. De plus, Le chômage partiel est aussi largement utilisé dans l’hôtellerie-  
La banque  
d’un monde  
qui change  
e
Eco Perspectives // 4 trimestre 2020 (achevé de rédiger le 30 septembre 2020)  
economic-research.bnpparibas.com  
1
1
restauration. Dans ce cas, le régime ne vise pas à protéger la main-  
d’œuvre qualifiée et les entreprises technologiquement avancées, mais  
sert un objectif social.  
LA BAISSE DES PROFITS PÈSE SUR LES DÉPENSES EN CAPITAL  
Le gouvernement a récemment décidé de maintenir le dispositif de  
chômage partiel au moins jusqu’à la fin de 2021. Cette décision est  
probablement due à des raisons politiques, les législatives devant avoir  
lieu à l’automne prochain. Dans la même perspective, les partis de la  
coalition, la CDU/CSU et le SPD ont convenu de prolonger le gel des  
règles d’insolvabilité mises en place pour éviter une vague de faillites  
d’entreprises dues à la crise du coronavirus. Ces mesures auraient  
dû arriver à leur terme en septembre. Aucune nouvelle date n’a été  
fixée pour la fin de ce dispositif. Le danger est que de telles politiques,  
ajoutées à un contexte de taux d’intérêt très bas, ont de fortes chances  
Secteur non-financier :  
1
3
Excédent net d'exploitation (% de la production)  
Investissement (%, g.a., éch.d)  
30  
20  
10  
0
12  
1
1
0
9
8
7
1
-10  
-20  
-30  
1
d’aboutir à la création de sociétés « zombies » . Or de telles entreprises  
peuvent peser sur la performance économique en raison d’une moindre  
productivité et du fait que, de par leur existence même, elles entraînent  
une diminution de l’investissement et de l’emploi dans des sociétés  
plus efficientes.  
2004  
2006  
2008  
2010  
2012  
2014  
2016  
2018  
2020  
MOYENNE MOBILE SUR 4 TRIMESTRES  
SOURCES : DESTATIS, BNP PARIBAS  
GRAPHIQUE 3  
SUSPENSION DES RÈGLES DE LIMITATION DE L’ENDETTEMENT  
La pandémie a conduit à un déficit budgétaire record, qui pourrait  
atteindre 7 % du PIB en 2020. Un tiers du déficit est lié aux Par ailleurs, la morosité de l’investissement pourrait perdurer en rai-  
stabilisateurs automatiques, comme la baisse des recettes fiscales et son de l’érosion des marges bénéficiaires des entreprises, qui auront  
la hausse des dépenses sociales, dues à la contraction de l’économie. du mal à répercuter les coûts liés à la pandémie de Covid-19 sur les  
Le reste s’explique par les deux programmes spéciaux, introduits par le prix de vente.  
gouvernement en mars et en juin.  
Le premier d’entre eux, d’un montant de EUR 750 mds, comprenait  
des mesures budgétaires visant à soutenir le système de santé et à  
atténuer l’impact économique des mesures de confinement sur les  
entreprises et les ménages.  
À cela s’est ajouté, en juin, un programme de relance complet, d’un  
montant de EUR 130 mds, qui ne comportait pas seulement des  
dispositifs de soutien de la demande, mais aussi des mesures visant à  
renforcer la croissance future et le développement durable. Le montant  
cumulé de ces plans entraînera un creusement du déficit à hauteur de  
5
% du PIB.  
La dette publique est appelée à passer de 60 % à fin 2019, à 75 % à fin  
020. Devant des circonstances exceptionnelles, les autorités ont été  
2
contraintes d’activer la clause dérogatoire aux règles de limitation de  
l’endettement public. Les emprunts dépassant le seuil fixé devront être  
remboursés sur vingt ans à partir de 2023.  
UNE REPRISE SEMÉE D’EMBÛCHES  
Quels que soient les signes évidents de rebond, la reprise va proba-  
blement rester lente et difficile, au moins tant qu’un vaccin ou de  
meilleurs traitements contre la Covid-19 n’auront pas été trouvés. Le  
PIB devrait, selon les projections, rebondir de 4,7 % l’année prochaine  
après une contraction de 5,6 % en 2020.  
Du côté de la demande, l’emballement actuel des dépenses de détail  
pourrait rapidement retomber d’autant que les consommateurs restent  
sur leurs gardes à l’égard du virus.  
De plus, la détérioration des perspectives d’emploi va probablement  
conduire à une augmentation de l’épargne de précaution. Le taux  
d’épargne devrait donc se maintenir à un niveau relativement élevé.  
Enfin, les ménages pourraient avancer leurs achats d’ici au 31 dé-  
cembre, qui marquera la fin de la baisse temporaire de la TVA.  
1
Les entreprises « zombies » sont celles qui ne dégagent pas suffisamment de bénéfices pour couvrir leurs charges financières sur le long terme.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2538 articles et 654 vidéos