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EcoTV - Mai 2017 09/05/2017

TRANSCRIPT // EcoTV - Mai 2017 : mai 2017

François Doux : Bonjour à tous et bienvenue dans cette nouvelle édition d’EcoTV, le magazine des économistes de BNP Paribas. Au sommaire de cette édition de mai 2017 : la croissance revient, la reprise se confirme dans plusieurs économies du monde. Nous aurons l’analyse de William de Vijlder. Il nous dira s’il y a ou non une synchronicité voulue, s’il s’agit ou non d’une coïncidence dans la zone euro. Nous irons ensuite au Royaume-Uni. Le temps de la campagne électorale, c’est maintenant. Avant les élections du 8 juin prochain, quels sont les enjeux ? Nous verrons cela avec Alexandra Estiot qui nous parlera du taux de change effectif de la livre sterling. On terminera avec la Turquie, en trois questions, avec Sylvain Bellefontaine. Là, la campagne électorale est terminée, le président Erdogan est confirmé. Le temps des réformes structurelles est-il venu ? On en parlera en fin d’émission.

François Doux : En 2016, on parlait d’une reprise « fragile et irrégulière ». Aujourd’hui, on parle d’une reprise « solide et large ». La citation n’est pas de moi, mais du président de la BCE, Mario Draghi. Il ajoute : « c’est vrai que la croissance va mieux, les choses s’améliorent ». Il a dit cela le 27 avril 2017. William de Vijlder, bonjour.

William de Vijlder : Bonjour

François Doux : Ca va mieux donc au niveau de la croissance dans la zone euro. Est-ce que ce mouvement est généralisé à l’ensemble des pays développés ?

William de Vijlder : Effectivement, ce mouvement est général. Le graphique ici montre l’indice des directeurs d’achats du secteur manufacturier. À gauche de l’écran, on voit les pays avancés. À droite, les pays émergents. Et on voit bien vers le bas du tableau, qui donne les données les plus récentes, beaucoup de rouge. C’est une carte thermique. Ce rouge veut dire qu’une très bonne conjoncture se dessine dans le pays en question. Donc on le voit, il y a eu un phénomène de propagation évident depuis l’été 2016.

François Doux : Y a-t-il des facteurs communs ou est-ce une coïncidence de voir ces pays « se réchauffer » ensemble ?

William de Vijlder : on serait tentés de dire que le facteur commun par excellence est le niveau bas des taux d’intérêt. Et c’est vrai que la politique monétaire reste très expansionniste du côté américain, malgré un resserrement, certainement, du côté européen et japonais.

Mais l’environnement monétaire est un socle très solide sur lequel on peut construire. Donc d’autres éléments expliquent cette accélération de la croissance à partir de l’été 2016, et ils sont multiples. On voit par exemple l’effet évident de la remontée des prix du pétrole pour les pays qui exportent.
On voit l’effet d’entraînement de la Chine, au niveau des exportations, avec une influence sur le prix des matières premières industrielles. L’ « effet Trump » a joué. Il a clairement été favorable en termes d’appétit des marchés financiers, et a eu des conséquences favorables pour la sphère réelle.

Il y a donc une multitude de facteurs en jeu.

François Doux : Revenons à la zone euro William De Vijlder, si vous le voulez bien. Le socle monétaire, de fait, est le même pour tout le monde. D’où vient la synchronisation de ce vent favorable sur la croissance ?

William de Vijlder : Tout d’abord, pour illustrer encore l’image européenne, à gauche vous avez l’indice PMI pour le secteur manufacturier, et à droite celui des services. Là encore, il y a surtout du rouge sauf en Grèce, sans surprise. Avec ici encore cette idée de synchronisation. C’est vrai que l’environnement monétaire s’applique à tout le monde. Mais ce qui est très important dans la réussite de la politique de la BCE, c’est cette idée de « défragmentation ».
Cela veut dire qu’il existe une grande convergence des conditions de financement pour les entreprises en zone euro. Cela a été un facteur très important de la relance de l’activité dans certains pays - Espagne, Portugal, Italie, etc. - qui ont souffert lors de la crise de la dette souveraine.

François Doux : Mais, William, cette convergence justement, c’est un mot-clé. C’était un objectif de la zone euro. On y est ou il reste encore du chemin à parcourir ?

William de Vijlder : Je pense qu’il convient d’être très nuancé. Effectivement, il existe une grande convergence en termes de dynamisme cyclique, et certainement au niveau des enquêtes. En revanche, lorsqu’on regarde les chiffres de croissance, clairement des différences restent plutôt significatives. L’Allemagne, par exemple, par rapport à l’Italie ou encore l’Espagne par rapport à l’Italie.

Autre facteur très important : au niveau des caractéristiques structurelles, la divergence reste très importante. Il suffit de penser à la situation des finances publiques et, surtout, à la situation sur le marché de l’emploi avec des taux de chômage très différenciés selon les pays.

François Doux: On est quand même sur la bonne voie…

William de Vijlder : On est sur la bonne voie effectivement. Gardons le moral !

François Doux : Merci William De Vijlder. Dans un instant, on file au Royaume-Uni, en dehors de la zone euro.

C’est le graphique du mois avec Alexandra Estiot.

François Doux : Le Royaume-Uni est en campagne électorale sur fond de Brexit. Alexandra Estiot, bonjour.

Alexandra Estiot : Bonjour

François Doux : Pour le graphique du mois, nous avons le taux de change effectif de la livre sterling, c’est-à-dire contre un panier de devises. Depuis 2016, on note une belle inflexion de la courbe. Pourquoi ?

Alexandra Estiot : La chute est liée au vote en faveur du Brexit, quand les Britanniques se sont prononcés pour la sortie de l’Union européenne. La livre souffre alors à la fois des perspectives de croissance à court terme et de la réaction anticipée de la banque d’Angleterre (assouplissement monétaire) et des craintes quant à l’attractivité et donc sur les perspectives de croissance à moyen terme.

Ensuite, on a été rassuré sur quelques points et c’est au fil des annonces politiques que la livre a évolué.

François Doux : Justement, les annonces politiques, ces élections anticipées, pouvaient attendre 2020. Finalement, le 8 juin 2017 auront lieu ces élections générales provoquées par le premier ministre Theresa May. Pourquoi ?

Alexandra Estiot : Pourquoi ? Deux décisions en fait ont été prises depuis le début de l’année. Au niveau du Royaume-Uni, la cour suprême a statué que c’était au Parlement d’avoir le dernier mot sur le Brexit et non au gouvernement. On a aussi eu des annonces côté européen. Sachant que la majorité conservatrice est assez fine, et que les négociations pourraient durer, la tâche pour Theresa May, c’est d’assurer sa base.

François Doux : Et donc une dernière question, le calendrier des négociations est le plus important maintenant au Royaume-Uni. Comment l’analyser ? Que faut-il suivre ?

Alexandra Estiot : Alors déjà, le sous texte. Le sous texte est très important, notamment parce qu’il a été validé par le Parlement qui a décidé de suivre les recommandations de la Commission européenne. Ce calendrier dit que l’on fait les choses les unes après les autres. C’est-à-dire que l’on contre la stratégie britannique qui aurait été de négocier un peu tout en même temps de façon à avoir des avancées sur les points qui les intéressaient eux et de faire pression sur les Européens sur d’autres points. L’Europe a dit non, ce n’est pas comme ça qu’on fait les choses, on commence par des sujets importants pour nous, et ensuite on verra.

François Doux : Sujets importants ?

Alexandra Estiot : La facture. Les Britanniques vont devoir la solder avant de sortir. Ils se sont engagés sur de nombreux éléments, il va falloir payer. Le deuxième élément, qui est très compliqué, et particulièrement épineux pour le Royaume-Uni, c’est la question irlandaise. Et donc, ce que dit l’Europe, c’est on règle d’abord ces questions et ensuite à la fin, à la toute fin, on se préoccupera des accords commerciaux qui est  le point qui intéresse réellement les Britanniques.

François Doux : Alexandra, merci. On aura plein de choses à vivre ensemble dans les mois à venir sur le Royaume-Uni. Dans un instant, nous parlerons de la Turquie avec Sylvain Bellefontaine.

François Doux : Trois questions sur la Turquie, quelques semaines après la courte victoire du président Erdogan après le référendum. Sylvain Bellefontaine, bonjour.

Sylvain Bellefontaine : Bonjour

François Doux : Cette victoire a été accueillie favorablement par les marchés financiers. Quelle est votre analyse d’économiste ?

Sylvain Bellefontaine : Oui, la bourse a pris 4 % depuis le référendum. La livre turque s’est aussi appréciée de 4 % par rapport au dollar. Et la prime de risque sur les CDS, qui est une expression du risque politique, s’est améliorée : les CDS ont baissé de 20 points de base. Cela prouve que les marchés l’ont, jusqu’à présent, plutôt accueillie favorablement considérant que c’était un gage de stabilité politique à court ou moyen terme.

François Doux : D’un autre côté, on a vu un résultat serré…

Sylvain Bellefontaine : Un résultat très serré qui prouve, encore une fois, la division de la population turque sur les questions sociétales et politiques. On peut donc être un peu inquiet, mais globalement on n’attend pas de soubresauts, de mouvements sociaux très importants dans les prochains mois en Turquie.

François Doux : Deuxième question, quelles sont les perspectives de la croissance économique en Turquie à court terme ?

Sylvain Bellefontaine : Pour cette année, nous prévoyons toujours 2,5 % de croissance en moyenne, ce qui n’est pas mal pour la Turquie. Même si c’est un peu en dessous du potentiel et de la performance des années passées, cela reste quand même plutôt favorable.
Mais, on voit quand même un essoufflement du modèle économique, clairement. On a vu la forte baisse des recettes touristiques l’an passé. Le modèle économique est aussi basé sur la construction et la consommation qui est peut être amenée à être revue dans les prochaines années.

François Doux : Les relations avec l’Europe aussi…

Sylvain Bellefontaine : Oui, les relations avec l’Europe sont très importantes pour la Turquie puisque c’est le principal partenaire commercial et pourvoyeur de capitaux pour la Turquie. Il faudrait vraiment que la relation entre l’Europe et la Turquie reste la plus solide possible dans les prochains mois, et les prochaines années.

François Doux : Troisième et dernière question. La croissance potentielle en Turquie, c’est le principal défi maintenant du pays ?

Sylvain Bellefontaine : Oui, pour rehausser le potentiel de croissance et les perspectives de développement du pays, il faut que le gouvernement s’engage dans des réformes structurelles qui ont été mises un peu sous l’éteignoir depuis 2013 notamment. On attend donc que l’agenda de réformes se mette en place. Il est connu et soutenu par le vice-premier ministre Simsek. On attend vraiment qu’il se mette en place, maintenant que le cycle politique long est terminé. Des réformes pour rehausser la productivité, le niveau d’éducation, de formation mais aussi un cadre légal plus intéressant pour développer l’épargne longue, qui pêche en Turquie et qui explique pourquoi le pays est très dépendant des flux de capitaux étrangers.

François Doux : Merci Sylvain Bellefontaine pour ce point sur la Turquie. On se retrouve dans un mois pour un nouveau numéro d’EcoTV.

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