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Portugal : une économie résiliente

17/06/2022

Jusqu’ici, le Portugal a été globalement moins affecté par les répercussions économiques de la guerre en Ukraine que ses voisins européens. La situation s’est durcie au printemps, l’inflation a atteint 8% au mois de mai entrainant un net plongeon de la confiance des ménages. Selon les projections actuelles, le Portugal devrait néanmoins être parmi les pays de la zone euro qui s’en sortent le mieux en 2022.

Guillaume DERRIEN

TRANSCRIPT // Portugal : une économie résiliente : juin 2022

Alors que les inquiétudes en zone euro se sont accrues en raison de l’inflation et du resserrement de politique monétaire, le Portugal a vu ses taux d’intérêt sur les obligations d’Etat remonter significativement, les taux à 10 ans sont notamment repassés cette semaine au-dessus des 3%, le niveau le plus élevé depuis 5 ans. Néanmoins, l’écart avec le Bund allemand reste inférieur à ce qu’on observe pour l’Espagne, la Grèce, et a fortiori l’Italie qui est le pays où se concentre actuellement les inquiétudes.

Jusqu’ici, le Portugal a été globalement moins affecté par les répercussions économiques de la guerre en Ukraine que ses voisins européens. L’approvisionnement en énergie est moins perturbé, la Russie représente en effet une part très restreinte des importations en énergie, autour de 5% contre un quart en moyenne au sein de l’UE. Le Portugal se fournit principalement en Afrique (Angola et Algérie) et au Moyen Orient (Arabie Saoudite). Le PIB a par ailleurs enregistré une croissance solide au T1 2022 de 2,7% t/t, prolongeant le rebond de 2021. Le taux de chômage est par ailleurs repassé sous la barre des 6% pour la première fois depuis 20 ans.

La situation s’est durcie au printemps, l’inflation a atteint 8% au mois de mai entrainant un net plongeon de la confiance des ménages. La hausse des prix de l’énergie pour les ménages pourrait s’atténuer au cours des prochaines semaines, le gouvernement ayant mis en place, depuis le 15 juin, un bouclier tarifaire sur le prix de l’électricité ; bouclier tarifaire similaire à celui introduit en France, et qui devrait rester en place jusqu’au 31 mai 2023, avant une harmonisation probable de ce système à l’échelle européenne.  

Néanmoins, cette limitation sur les prix de l’électricité pourrait être compensée par une hausse des coûts sur d’autres postes de dépenses et notamment l’alimentation. Le Portugal important une part non négligeable de ses denrées alimentaires, il est plus exposé à la hausse des cours mondiaux sur certains produits essentiels tels que le blé, le soja ou la viande. Un constat similaire s’applique aux biens manufacturés, eux aussi largement importés.

Dans ce contexte, le gouvernement prendra vraisemblablement d’autres mesures de soutien aux ménages, en plus de ce bouclier tarifaire. Un chèque alimentation pour les familles modestes est envisagé, et il compléterait des mesures antérieures telles que la ristourne sur le litre d’essence à la pompe ou encore la baisse de la TVA sur le gaz.  

Le rebond de l’activité touristique permettra également de soutenir la consommation dans le pays, et les prévisions tablent en effet sur une fréquentation supérieure à celle observée en 2019, avant la pandémie mondiale. Les derniers chiffres d’avril confirme cette impression, avec pour la première fois depuis le début de la pandémie, une activité hotellière supérieure à ce qu’elle était au même mois en 2019.

Malgré des fragilités structurelles encore importantes, liées en particulier à la soutenabilité de sa dette publique, le Portugal devrait être parmi les pays de la zone euro qui s’en sortent le mieux en 2022, Dans ses projections de juin l’OCDE table sur une croissance à 5,4% en 2022, ce qui placerait le niveau activité supérieur de 1,2% à 2019, un écart plus élevé que la moyenne des pays de la zone euro.

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