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EcoEmerging // 4 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Angola  
Sous la supervision du FMI  
Le pays a renoué ses relations avec le FMI et obtenu une aide financière à la fin de 2018. Sous la supervision du Fonds, une légère  
reprise est attendue à court terme mais les perspectives restent moroses en raison de tensions persistantes sur la liquidité en devise,  
des difficultés du système bancaire et de la fragilité de l’environnement extérieur. Dans un contexte de hausse de la volatilité des prix  
du pétrole, l’Angola continue de dépendre du secteur des hydrocarbures comme source de croissance, de recettes fiscales et de  
revenus en devises. Des mesures ont été adoptées pour attirer les investisseurs étrangers, mais les IDE restent limités. Des réformes  
budgétaires ont également été introduites, mais la marge de manœuvre du gouvernement reste mince.  
Des réformes favorables aux entreprises ont été engagées en  
1- Prévisions  
Angola, visant à améliorer la gouvernance et la transparence ainsi  
qu’à diversifier l’économie. Au-delà de la transition politique, de la  
refonte du secteur des hydrocarbures et de la nouvelle politique de  
change, le gouvernement a rétabli ses relations avec le FMI et  
conclu, en décembre 2018, un accord avec ce dernier dans le cadre  
d’un mécanisme élargi de crédit, portant sur un montant de  
USD 3,7 mds et étalé jusqu’en 2021. Cependant, le lancement du  
programme du FMI coïncide avec la dégradation des perspectives à  
court terme, dans un environnement international difficile (hausse  
de la volatilité des prix du pétrole, tensions commerciales entre les  
Etats-Unis et la Chine, qui est le principal partenaire commercial de  
l’Angola).  
2017  
2018 2019e 2020e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
-0,2  
-1,7  
0,3  
2,8  
29,8  
-6,3  
19,6  
2,1  
17,4  
-0,1  
11,1  
0,3  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
69,3  
-0,5  
87,8  
6,6  
90,6  
-2,0  
83,6  
0,4  
Dette externe, % du PIB  
38,2  
18,6  
56,0  
16,1  
58,5  
15,2  
54,9  
16,5  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDAOA (fin d'année)  
8,7  
7,3  
6,6  
7,2  
166  
310  
368  
380  
e : estimations et prévisions BNP Paribas recherche économique Groupe  
Une très légère reprise de la croissance est possible  
Après une troisième année consécutive de récession en 2018, le  
PIB angolais continue d’avoir du mal à se redresser, comme en  
témoigne son maintien en territoire négatif au premier trimestre  
2
- Début d’année difficile  
 ICE, Indicateur du climat économique (é.g.)  PIB trim. g.a., % (é.g.)  
 Recettes pétrolières, USD mns (é.d.)  
2
019. Selon les données de l’Institut national des statistiques (INS),  
l’économie s’est contractée de 0,4 % en glissement annuel au T1,  
après une expansion de 2,6% au trimestre précédent. Le repli du T1  
30  
250  
200  
150  
20  
2
019 est principalement dû au secteur pétrolier (-6,9%), qui  
1
10  
0
continue de jouer un rôle prépondérant dans l’économie angolaise ,  
mais aussi à une contraction dans les télécommunications (-6,8%)  
et dans les services financiers (-4,8%). La contraction du PIB du  
secteur pétrolier s’explique en grande partie par la baisse de la  
-10  
1
5
0
00  
2
-20  
production en pleine augmentation des cours du brut, sous les  
0
effets conjugués de gisements arrivant à maturité, des arrêts  
nécessaires à la maintenance et de l’absence de nouvelles  
opportunités d’exploration en eaux profondes en Angola.  
-
30  
40  
-
2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019  
Le sentiment économique global s’est légèrement amélioré au T1,  
mais reste nettement en territoire négatif. L’indicateur du climat  
économique (ICE), publié par l’Institut des statistiques, s’est en effet  
redressé de -9 points au T4 2018 à -5 points au T1 2019. En 2019,  
la croissance du PIB devrait être d’à peine 0,3%, plombée par une  
contraction continue du secteur pétrolier (malgré la montée en  
puissance du projet South Kaombo de Total). Néanmoins, une  
croissance modeste est attendue dans le secteur non pétrolier,  
favorisée par la mise en œuvre du programme du FMI. En juin 2019,  
le gouvernement a procédé au premier examen du Mécanisme  
Sources : INS, Reuters, AIE, BNP Paribas  
élargi de crédit avec le déblocage de la deuxième tranche de  
financement (USD 248 mns), portant à environ USD 1,24 md le  
montant total des décaissements obtenus à ce jour. Le  
gouvernement poursuit ses efforts en vue d’améliorer le climat des  
affaires et de soutenir le secteur privé , mais les contraintes  
auxquelles se heurte le secteur bancaire pour accéder aux devises  
3
continuent de peser sur la dynamique d’ensemble.  
1
3
A la fin de 2018, il représentait environ 30% du PIB, 95 % des exportations et  
Avec, par exemple, la libéralisation du commerce des diamants bruts ou  
plus de 60 % des recettes fiscales.  
Selon les données de l’OPEP, la production de brut angolais ressortait à 1,394  
millions de barils/jour en août 2019, un plus bas record de la dernière décennie.  
l’adoption d’une résolution portant sur la mise en place d’une Autorité de  
régulation de la concurrence et de la privatisation, et une liste d’entreprises  
publiques destinées à être cotées à la bourse nationale à l’horizon 2022.  
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Un accès à la devise toujours difficile  
3- Ajustement budgétaire mais hausse de la charge d’intérêt  
Malgré l’abandon de l’ancrage du kwanza au dollar en janvier 2018,  
l’accès aux devises reste difficile. La banque centrale continue de  
laisser varier le taux de change à l’intérieur d’une bande de  
fluctuation, et accorde l’accès aux devises en priorité à certains  
secteurs (alimentation, santé et pétrole), provoquant des restrictions  
sur 54 produits d’importation. La plupart des contrats libellés en  
dollars sont réglés en euros en raison de l’absence de  
%
du PIB  
Solde budgétaire  Recettes totales  Dépenses totales  
Charges d’intérêts █ Dette publique (é.d.)  
4
0
100  
3
0
75  
50  
25  
0
4
correspondants bancaires (correspondent banking) en dollars des  
20  
10  
0
Etats-Unis. Les autorités s’efforcent de restaurer la vente de dollars  
par les banques commerciales locales, mais les services de  
correspondance bancaire en dollars ne seront rétablis qu’après la  
mise en œuvre de réformes efficaces en matière de lutte contre le  
blanchiment d’argent et la corruption.  
-10  
Le pays dépend du secteur pétrolier comme source de recettes en  
devises. Or la baisse continue de la production pétrolière, en dépit  
d’un redressement partiel des prix de l’or noir, pèse sur les  
exportations, entretenant une pénurie aiguë de réserves de change.  
Le pays ne dispose pas de raffineries pétrolières et doit utiliser ses  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018 2019p  
Sources : FMI, BNP Paribas  
publiques (inférieures à 20% du PIB), au rebond des prix du pétrole  
et aux effets de la dépréciation du kwanza. L’assainissement  
budgétaire devrait continuer en 2019, comme en témoigne la loi de  
finances rectificative présentée en mai dernier. Celle-ci a  
redimensionné l’enveloppe des dépenses en fonction de la baisse  
des prix du brut et identifié de nouvelles mesures visant à accroître  
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devises pour importer le pétrole raffiné . De plus, les recettes  
d’exportation du secteur de l’énergie sont affectées au service de la  
dette, qui s’élevait à plus de 16% du PIB à la fin de 2018. Au  
T1 2019, les exportations ont diminué de 10% en g.a. tandis que les  
importations ont grimpé de plus de 40%. L’érosion des réserves de  
change se poursuit (-5% depuis janvier 2019). Après avoir affiché  
un excédent en 2018, la balance courante devrait redevenir  
déficitaire à hauteur de 2% en 2019. Par conséquent, même si les  
afflux d’investissements directs étrangers ont repris au premier  
trimestre, le besoin de financement extérieur devrait augmenter  
cette année. L’aide accordée par le FMI (USD 0,5 md en 2019 et  
USD 1,1 md par an en 2020-2021) devrait permettre un  
redressement des réserves de change en 2020 uniquement.  
6
les recettes non pétrolières pour compenser le manque à gagner  
attendu (environ 3,8% du PIB selon le FMI). Néanmoins, les  
projections de revenus vont pâtir de l’introduction différée de la taxe  
à la valeur ajoutée (TVA) et le solde budgétaire va probablement  
redevenir déficitaire cette année.  
La marge de manœuvre reste très mince. Le ratio dette publique sur  
PIB a plus que doublé au cours des quatre dernières années pour  
atteindre 88% en 2018, et la charge de la dette (intérêts/recettes)  
s’est envolée pour atteindre 21% en 2018. Le gouvernement  
semble déterminé à poursuivre une stratégie prudente de gestion  
de la dette en réduisant les émissions de dette publique et en  
développant le marché primaire de titres en monnaie locale pour  
réduire son exposition au risque de change, ainsi qu’en obligeant  
les entreprises publiques à faire preuve de prudence en matière  
d’emprunt (réduction des garanties souveraines). Un programme de  
Par ailleurs, après avoir perdu plus de 40% en 2018, le kwanza  
(
AOA) a enregistré une nouvelle dépréciation de 15% depuis le  
début de l’année 2019, se négociant actuellement à AOA 365 par  
dollar au taux officiel. Si la libéralisation partielle du régime de  
change a contribué à réduire la surévaluation du kwanza, la  
monnaie locale continue de se négocier à un niveau nettement plus  
élevé sur le marché parallèle (à plus de AOA 500 par dollar en  
septembre). Même si la probabilité d’un choc sur le kwanza a  
diminué depuis le passage à un régime de change plus flexible, de  
nouvelles dévaluations restent possibles à moyen terme.  
7
privatisations est également envisagé . La dette publique en  
pourcentage du PIB devrait pouvoir diminuer en 2020. Elle n’en  
reste pas moins très vulnérable à une nouvelle dépréciation de la  
monnaie et au repli des prix du pétrole.  
Réformes budgétaires, dette publique élevée  
Les réformes budgétaires suivent leur cours, notamment avec la  
suppression des subventions aux carburants, l’amélioration de la  
gestion des entreprises publiques et l’apurement des arriérés.  
L’année dernière, l’exécution budgétaire a dépassé les attentes  
avec le retour à un excédent grâce à la maîtrise des dépenses  
6
Comme, par exemple, l’ajustement des taxes indirectes sur l’énergie, les sodas et  
l’immobilier, la suppression de certaines exonérations de l’impôt sur le revenu,  
l’élargissement de l’assiette du droit de timbre afin d’inclure les travailleurs  
indépendants et les transactions non soumises à la TVA.  
Sonangol, Endiama, TAAG, Bancos de Comércio e Indústria, Banco Angolano  
de Investimentos et certaines entreprises de télécommunications figurent parmi  
les principales privatisations prévues.  
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En 2016, la Réserve fédérale américaine a mis fin aux services de correspondance  
bancaire en dollars en raison de l’insuffisance des moyens mis au service de la lutte  
7
contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.  
5
En mars 2019, le pays a connu une grave pénurie de carburant due aux difficultés  
d’accès au dollar des Etats-Unis.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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