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EcoEmerging// 4 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Afrique du Sud  
En panne  
La croissance économique est prévue à seulement 0,4% en 2019, après s’être établie à 1% par an en moyenne entre 2015 et 2018. La  
marge de manœuvre du gouvernement Ramaphosa pour réformer est étroite et de fortes contraintes structurelles continuent  
d’entraver la croissance. Illustration de l’ampleur du déficit d’infrastructures du pays, d’importantes coupures d’électricité ont  
affecté l’activité au cours des premiers mois de l’année. Les graves difficultés financières de l’entreprise publique Eskom, à  
l’origine de ces coupures, ont également forcé l’Etat à débloquer des fonds supplémentaires pour lui venir en aide. Son dernier plan  
de sauvetage accélère le dérapage des déficits publics et pèse un peu plus sur la solvabilité du gouvernement à moyen terme.  
La croissance économique sud-africaine s’est établie à 1% par an  
1- Prévisions  
en moyenne de 2015 à 2018, un niveau très insuffisant pour  
permettre une amélioration du revenu par tête d’une population qui  
a crû de 1,7% par an sur la même période. La performance de  
l’économie est restée très médiocre depuis le début de l’année et ne  
devrait guère s’améliorer à très court terme. Alors que la banque  
centrale a légèrement assoupli la politique monétaire depuis l’été, le  
gouvernement n’a d’autre choix que de maintenir une politique  
budgétaire restrictive. Ceci n’empêchera toutefois pas son déficit et  
sa dette d’augmenter rapidement cette année.  
2017  
2018 2019e 2020e  
PIB réel, variation annuelle (%)  
Inflation moyenne (IPC, %)  
1,4  
0,8  
0,4  
0,8  
5,3  
4,6  
4,2  
4,5  
1
Solde budgétaire / PIB (%)  
-4,4  
-4,2  
-6,1  
-5,8  
1
Dette du gouvernement / PIB (%)  
Solde courant / PIB (%)  
52,7  
-2,4  
56,5  
-3,6  
60,0  
-3,3  
65,0  
-3,6  
Dette extérieure / PIB (%)  
45,8  
45,5  
51,1  
46,5  
52,0  
43,5  
54,0  
45,0  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDZAR (fin d'année)  
4,7  
4,4  
4,0  
4,0  
Peu de croissance  
12,4  
14,3  
14,5  
13,7  
Après un nouveau trou d’air au T1 2019, la croissance du PIB réel  
s’est légèrement redressée au T2, à +3,1% t/t cvs (contre -3,1% au  
trimestre précédent) et +0,9% en g.a. (contre 0% au T1). Les  
indicateurs avancés et les chiffres d’activité annoncent une nouvelle  
décélération au T3, et nous tablons sur une croissance du PIB de  
(
1): Année budgétaire du 1er avril de l’année t au 31 mars de l’année t+1  
e : estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2
- Croissance médiocre  
PIB, g.a. en %, et contributions en points de pourcentage*  
PIB  Consommation des ménages  Dépenses publiques  
0,4% sur l’ensemble de 2019.  
Les coupures d’électricité liées aux difficultés de l’entreprise  
publique Eskom ont durement affecté les secteurs primaire et  
secondaire, surtout pendant les premiers mois de l’année. Une  
grève a également bloqué une importante mine d’or à partir de  
novembre 2018 jusqu’à la signature d’un accord salarial en avril  
dernier. L’activité dans le secteur minier (7% du PIB) s’est  
contractée de 4,6% en g.a. au T1 2019 puis de 2,1% au T2. La  
croissance du secteur manufacturier (seulement 12% du PIB) a  
ralenti à 0,5% en g.a. au S1, mais est devenue négative en juillet-  
août d’après l’indice de production industrielle. Le secteur agricole a  
de nouveau subi une forte baisse de sa production (-12,7% au T1 et  
Investissement  Variation des stocks  Exportations nettes  
5
4
3
2
1
0
-1  
-2  
-3  
-
6,7% au T2) et les difficultés persistent dans la construction (-2,4%  
au S1). Les services ont quant à eux enregistré une croissance de  
,5% au S1, en ligne avec la moyenne des quatre dernières années.  
2012  
2013  
2014  
2015 2019  
2016  
2017  
2018  
1
Source : Statistics South Africa  
* La composante résiduelle n’apparaît pas.  
Le secteur de la finance et de l’immobilier (18% du PIB) continue  
d’afficher la performance la plus dynamique.  
Du côté de la demande (graphique 2), la contribution négative du  
commerce extérieur net a fortement pesé sur la croissance du PIB  
au T2 2019, en raison du rebond des volumes d’importations et  
d’une légère baisse des exportations, notamment à destination de  
l’Asie. Ce recul pourrait se poursuivre à court terme dans un  
environnement international dégradé. La croissance de la  
consommation privée (60% du PIB) s’est redressée au T2 (+1,4%  
en g.a.) après plusieurs trimestres de ralentissement, en partie  
grâce à une légère accélération du crédit aux ménages. Elle  
pourrait néanmoins fléchir à nouveau à court terme étant donné la  
dégradation du marché du travail et la faible augmentation des  
revenus réels. L’emploi a légèrement diminué au S1 et le taux de  
chômage a atteint 29% à la mi-2019, soit un point haut historique.  
Signal inquiétant, linvestissement s’est réduit de façon continue  
depuis le T1 2018 et le taux d’investissement en pourcentage du  
PIB n’est plus que de 18% (contre 20,5% en moyenne en 2011-  
2
015). Cette tendance pourrait se poursuivre à court terme, en  
raison des sombres perspectives de demande externe et interne, et  
d’une nouvelle détérioration du sentiment des investisseurs.  
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Pas de marge de manœuvre  
3- Dégradation rapide des déficits budgétaires  
Le regain de confiance qui avait suivi l’arrivée au pouvoir du  
président Ramaphosa en février 2018 n’a pas duré. Aux espoirs  
suscités par les annonces de réformes (visant notamment à  
améliorer les finances publiques, combattre la corruption et élever le  
potentiel de croissance) et l’introduction des premières mesures ont  
succédé les craintes de paralysie. En effet, la marge de manœuvre  
du gouvernement pour mettre en place des réformes est  
sévèrement contrainte par la faiblesse de la croissance économique,  
un climat social très tendu et les profondes divisions au sein du parti  
au pouvoir. Les contraintes structurelles qui entravent  
l’investissement et la croissance (déficit d’infrastructures, manque  
de main d’œuvre qualifiée, rigidité du marché du travail, corruption,  
incertitudes sur l’évolution du cadre légal de certains secteurs)  
risquent donc de persister. La marge de manœuvre des autorités  
pour soutenir l’activité à court terme est également réduite.  
% du PIB, moyenne mobile 12 mois  
Déficit du gouvernement central (é.d. inversée)  
Recettes budgétaires  
▪▪▪ Dépenses budgétaires totales  
Dépenses primaires (avant paiement d’intérêts sur la dette)  
33  
-7  
31  
-6  
-5  
-4  
-3  
-2  
-1  
2
9
7
2
25  
23  
21  
2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019  
La banque centrale a abaissé son taux directeur (taux repo) de 25  
points de base à 6,5% en juillet 2019 ; son action précédente était  
une hausse de la même ampleur en novembre 2018. Elle pourrait  
assouplir encore légèrement sa politique au T4 2019, puisque  
l’inflation des prix à la consommation reste confortablement dans la  
bande ciblée de 3%-6% ; elle s’est établie en moyenne à 4,3% en  
g.a. sur les huit premiers mois de l’année, contre 5% au S2 2018.  
La banque centrale devrait néanmoins rester prudente. Les  
marchés financiers ont connu un calme relatif depuis le début de  
l’année, et le rand (ZAR) a perdu moins de 3% face au dollar. De  
nouveaux épisodes de sorties de capitaux et de pressions sur le  
rand sont néanmoins possibles à court terme en cas de choc  
externe, de dérapage plus important que prévu des déficits publics,  
et/ou de dégradation des notations souveraines par Moody’s  
Source : Statistics South Africa  
atteindre 1,6% du PIB sur l’année 2019-2020. La hausse beaucoup  
plus forte que prévu des dépenses provient de l’aide  
supplémentaire apportée par le gouvernement à l’entreprise Eskom.  
Le soutien prévu initialement était déjà de ZAR 23 mds par an  
pendant dix ans à partir de 2019. Il a été relevé à ZAR 49 mds pour  
2
019-2020 et à ZAR 56 mds pour 2020-2021 (soit environ 1% du  
PIB par an), une partie de la hausse étant un déboursement  
anticipé des injections de fonds prévues dans le cadre du plan de  
sauvetage à long terme. L’aide doit être accompagnée d’un  
programme de réorganisation de l’entreprise Eskom et de  
restructuration de sa dette, et une partie de la dette garantie par le  
gouvernement central sera probablement transférée à son bilan. Le  
risque que d’autres entreprises publiques nécessitent le soutien  
direct de l’Etat dans les prochains trimestres est élevé. En outre, la  
capacité du gouvernement à réduire ses autres dépenses ou  
accroître ses recettes est quasi-inexistante étant donné la faiblesse  
de la croissance économique, les fortes tensions sociales dans un  
contexte de chômage et de pauvreté très élevés, et des services  
publics très insuffisants.  
(
prochaine revue attendue début novembre). Le passage en  
catégorie speculative-grade du rating souverain sud-africain pourrait  
en effet provoquer des ventes importantes de titres de dette  
publique par les investisseurs.  
Dérapage accéléré des finances publiques  
Les finances publiques se sont dégradées graduellement au cours  
de la dernière décennie du fait de l’insuffisance des recettes fiscales,  
de la hausse de la dette et des paiements d’intérêts, et des pertes  
des entreprises publiques. La situation s’est encore aggravée cette  
année.  
La dette du gouvernement devrait atteindre au moins 60% du PIB à  
la fin de l’année 2019-2020 et 65% à la fin de 2020-2021. Alors que  
la solvabilité du souverain sud-africain à moyen terme continue de  
se dégrader, le risque de liquidité/de refinancement de la dette du  
gouvernement à court terme a aussi augmenté. Il reste néanmoins  
modéré par le profil toujours favorable des titres publics et par  
l’existence d’un large marché obligataire en monnaie locale. La  
dette du gouvernement central a en effet une maturité moyenne  
longue (15 ans) et est principalement libellée en rand (environ 90%  
de sa dette). Cependant, avec 40% de sa dette interne détenue par  
des non-résidents, le gouvernement est vulnérable aux  
changements de sentiment des investisseurs internationaux. Celui-  
ci pourrait se détériorer dans les prochains mois en réponse à la  
hausse des déficits publics.  
Sur les années budgétaires de 2014-2015 à 2018-2019 (qui  
s’étendent d’avril à mars), le déficit du gouvernement central s’est  
établi entre 4% et 4,5% du PIB, et sa dette est passée de 47% du  
PIB à 57%. Alors que des efforts pour contenir l’augmentation des  
dépenses et accroître les recettes ont permis de réduire le déficit  
primaire à moins de 1% du PIB l’an dernier, contre 2,7% en 2012-  
2013, le déficit total n’a pas pu s’améliorer à cause de la hausse de  
la charge d’intérêts sur la dette. Celle-ci représentait 3,7% du PIB  
sur l’année 2018-2019, et 14,3% des recettes budgétaires.  
En 2019-2020, le déficit total devrait se dégrader de façon  
significative et dépasser 6% du PIB (contre un objectif initial du  
gouvernement de 4,5%). Alors que la charge d’intérêts continue  
d’augmenter (prévue à 4,5% sur l’année budgétaire), le déficit  
primaire se détériore aussi rapidement (graphique 3). Il pourrait  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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