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EcoEmerging// 1 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Thaïlande  
Elections en vue  
Les élections promises par les militaires depuis leur arrivée au pouvoir en 2014 devraient avoir lieu en 2019. La crise politique et  
sociale n’est pas résolue pour autant : la junte au pouvoir entend le rester, sans apporter de véritable solution de « réconciliation  
nationale ». D’un point de vue économique, les perspectives de croissance à court terme restent bonnes. L’économie thaïlandaise  
souffrira du ralentissement chinois, mais le dynamisme de la demande interne permettra une croissance proche de son potentiel  
cette année encore. A long terme en revanche, les perspectives continuent de se dégrader, l’environnement politique pesant sur le  
potentiel de croissance.  
Des élections enfin en vue…  
1-Prévisions  
Promises par les militaires depuis leur arrivée au pouvoir après le  
coup d’Etat de mai 2014, les élections tant attendues devraient  
avoir lieu entre février et mai prochains. Reportées à quatre reprises  
depuis 2015, elles seront les premières organisées depuis la  
promulgation de la nouvelle constitution, en avril 2017. Le parlement  
sera dorénavant doté d’une chambre haute, le Sénat, dont les 250  
membres seront élus par un panel de grands électeurs (tous  
nommés conjointement par le roi et les militaires), et d’une chambre  
basse, la Chambre des représentants, dont les 500 membres seront  
élus tous les quatre ans.  
2017 2018e 2019e 2020e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
3,9  
4,1  
3,7  
3,7  
0,7  
1,1  
1,3  
1,5  
-1,8  
-2,1  
-2,3  
-2,1  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
41,2  
10,8  
41,8  
8,1  
42,2  
7,3  
42,6  
6,8  
Dette externe, % du PIB  
33,0  
194  
32,0  
197  
31,5  
215  
31,0  
225  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change THB/USD (fin d'année)  
8,5  
8,9  
9,0  
10,1  
32,0  
32,7  
32,4  
32,8  
La tenue des élections marque bien sûr une avancée, mais elle ne  
sera pas suffisante pour résoudre la crise sociale et politique qui  
perdure dans le pays depuis près de quinze ans. Afin de limiter le  
mécontentement populaire, l’interdiction d’organiser des réunions  
publiques (une des premières décisions prises au moment de leur  
arrivée au pouvoir) avait été assouplie en septembre, pour  
permettre aux différents partis de recruter de nouveaux membres et  
d’élire leurs dirigeants. Celle-ci n’a été totalement levée que le  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2- Croissance soutenue  
 PIB, %, g.a.  Consommation (pp)  Investissement (pp)  
Exportations nettes (pp)  
20  
1
5
0
5
0
5
1
1 décembre, ne laissant qu’un peu plus de deux mois aux partis  
politiques pour s’organiser et mener la campagne électorale.  
1
Les risques de soulèvement populaire demeurent élevés, comme le  
montrent les nombreuses manifestations recensées depuis la levée  
de leur interdiction. Elles se sont d’ailleurs intensifiées depuis le  
début du mois de janvier, quand les militaires ont évoqué un  
possible report des élections, initialement prévues le 24 février.  
Officiellement, les militaires ne veulent pas que la tenue des  
élections interfère avec les préparatifs du couronnement du roi,  
prévu entre le 4 et le 6 mai prochains. Les élections pourraient donc  
être reportées après cette date.  
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-10  
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006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018  
Source: Comptes nationaux  
…qui ne réduiront pas le pouvoir des militaires  
décidée à le rester, et met tout en œuvre pour que les résultats des  
élections lui soient favorables. L’ambition des militaires depuis leur  
arrivée au pouvoir est de réduire au maximum l’influence du parti de  
Thaksin Shinawatra (encore très forte) et des anti-monarchistes ;  
c’est très certainement dans ce but que les élections ont été  
Au-delà des problèmes de calendrier, les élections ne permettront  
pas de véritable retour à la démocratie. La « réconciliation  
nationale » promise par les militaires au moment de leur arrivée au  
2
1
pouvoir n’a pas été mise en œuvre . La junte au pouvoir semble  
plusieurs fois reportées.  
1
La nouvelle constitution a d’ailleurs été rédigée par les militaires  
Schématiquement, l’exercice du pouvoir oppose l’élite, la bureaucratie et les  
militaires (urbains, proches de la royauté), qui entendent détenir l’intégralité du  
pouvoir, aux « démocrates », ruraux, pour qui le pouvoir doit être exercé par des  
représentants politiques élus. La nouvelle constitution semble creuser  
davantage l’écart entre les deux camps et institutionnaliser la présence des  
militaires et des élites au pouvoir.  
dans leur intérêt : quel que soit le résultat des élections, le nouveau  
2
Premier ministre de 2001 à 2006, renversé par un coup d’Etat et en exil depuis,  
pour échapper à une accusation de corruption qu’il juge politique.  
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gouvernement devra se conformer au « plan stratégique » (établi  
par le gouvernement actuel et inscrit dans la constitution), qui  
encadrera la vie politique du pays au cours des 20 prochaines  
années. Le nouveau gouvernement sera ainsi contraint par un  
ensemble de lois destinées à réserver le pouvoir aux militaires, au  
Sénat ainsi qu’aux agences « indépendantes ». Les nouvelles  
règles électorales semblent être pensées pour favoriser la  
fragmentation de l’opposition et empêcher la formation d’une  
coalition forte.  
3
- Solde courant conséquent  
Solde courant, 4 trimestres glissants, % du PIB  
▪▪▪ Solde net d’IDE, 4 trimestres glissants, % du PIB  
1
1
1
4
2
0
8
6
4
2
0
En outre, une autre disposition de la nouvelle règle électorale  
prévoit qu’un individu non membre du parlement - qui pourra être un  
militaire - puisse se porter candidat au poste de Premier ministre, si  
aucun candidat « naturel » n’émerge parmi les parlementaires.  
Cette disposition semble avoir été écrite sur mesure pour que  
Prayuth chan-o-cha, le Premier ministre en exercice depuis le coup  
d’Etat, puisse garder son poste.  
-2  
-4  
2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2017 2018  
Source : Banque Centrale de Thailande  
La croissance devrait rester soutenue  
Sur le plan économique, les perspectives à court terme restent  
bonnes, en dépit d’un ralentissement attendu en 2019 : la  
croissance du PIB sera probablement supérieure à 4% en 2018 (le  
taux de croissance le plus élevé enregistré depuis 2012), et devrait  
ralentir à 3,7% en 2019. Quel que soit le résultat des élections, la  
politique économique du nouveau gouvernement sera très encadrée  
par la « stratégie nationale » et aura donc peu d’effets sur la  
croissance.  
 Inquiétudes à moyen terme  
Logiquement, la baisse des recettes de tourisme et des exportations,  
ainsi que l’augmentation des importations consécutives à l’avancée  
des projets d’infrastructures pèseront sur l’excédent courant, qui se  
réduira à 7% du PIB en 2019, après 8% en 2018 et plus de 11% du  
PIB en 2016-2017. L’excédent courant reste toutefois conséquent et  
permet de compenser largement les sorties structurelles de  
capitaux (IDE des entreprises thaïlandaises à l’étranger).  
D’une part, la croissance sera tirée par la demande interne, la  
consommation des ménages profitant de l’amélioration continue du  
marché du travail. D’autre part, la stratégie « Thailand 4.0 », qui  
prévoit une transition vers une industrie manufacturière à plus forte  
valeur ajoutée, et les différents projets d’infrastructures mis en place  
depuis 2016, notamment à l’est du pays (EEC  Eastern Economic  
Corridor), continueront de soutenir l’investissement public et privé.  
L’investissement public a déjà progressé de plus de 4% en  
moyenne au cours des trois premiers trimestres 2018.  
La politique budgétaire restera accommodante, mais le déficit  
devrait rester contenu. Les dépenses pré-électorales et les  
différents projets d’infrastructures mis en place par le gouvernement  
augmenteront le déficit public (attendu à plus de 2% du PIB en 2018  
et 2019). La dette publique devrait légèrement augmenter mais  
rester modérée (à 42% du PIB en 2019, alors qu’elle se situait à  
40% du PIB en 2017), et son profil demeurer favorable (moins de  
En revanche, les exportations manufacturières (plus de 50% du  
PIB) vont ralentir. Après avoir rapidement progressé au cours des  
huit premiers mois de l’année (plus de 10% en glissement annuel  
entre janvier et août 2018), celles-ci ont déjà très fortement ralenti  
depuis le mois de septembre (progressant de moins de 1% entre les  
mois de septembre et novembre 2018). Ce ralentissement se  
poursuivra en 2019 car les exportations thaïlandaises subiront les  
effets conjugués de la guerre commerciale entre la Chine et les  
Etats-Unis et du ralentissement de l’économie chinoise. La Chine et  
les Etats-Unis représentent chacun environ 12% des exportations  
de marchandises.  
1% de la dette est libellé en devises, et moins de 15% est détenu  
par des non-résidents).  
Comme c’est le cas depuis une dizaine d’années, les perspectives  
de moyen et long terme continuent de se dégrader. Les nombreux  
défis structurels auxquels le pays est confronté (vieillissement de la  
population, bas niveau d’éducation et surtout baisse de l’attractivité  
du pays et des entrées d’IDE suite à la crise politique) s’amplifient,  
sans qu’aucune solution durable ne soit apportée. Si elles sont  
effectivement mises en place, les réformes prévues par la  
«
stratégie nationale » et les plans « Thailand 4.0 » et l’EEC,  
devraient permettre d’augmenter l‘attractivité du pays et la  
productivité, et permettre à l’industrie du pays de monter en gamme  
dans les chaînes de valeur. Mais la mise en place des réformes  
souffre du manque de continuité politique.  
En outre, les exportations de services pourraient également être  
exposées au ralentissement de l’économie chinoise, via les recettes  
du tourisme (plus de 12% du PIB en 2017). Les touristes chinois ont  
représenté près de 30% du total au premier semestre 2018.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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