Emerging

PDF
er  
24  
EcoEmerging// 1 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Taïwan  
Exposé aux chocs externes, mais solide  
Les exportations et la croissance économique commencent à souffrir des tensions commerciales sino-américaines et des  
difficultés du secteur exportateur chinois. Taïwan est particulièrement exposé à ce type de chocs externes étant donné sa forte  
dépendance aux exportations de produits technologiques vers les marchés chinois et américain. Mais Taïwan est aussi bien armé  
pour absorber les chocs. Les comptes externes et les finances publiques sont très solides, et les autorités ont une large marge de  
manœuvre pour agir. Elles devraient maintenir des politiques monétaire et budgétaire accommodantes afin de stimuler la demande  
interne à court terme, et poursuivre des réformes structurelles pour améliorer les perspectives économiques de long terme.  
Vulnérable au risque de guerre commerciale  
1-Prévisions  
La croissance s’est progressivement renforcée entre 2016 et le  
début de 2018, grâce à un environnement extérieur plus favorable  
et des politiques économiques expansionnistes. Les exportations  
ont été soutenues en 2017 par le redressement de la demande  
mondiale de produits technologiques, qui s’est ensuite s’essoufflée  
en 2018, tandis que des mesures de relance budgétaire et le  
maintien de conditions monétaires accommodantes ont soutenu la  
consommation intérieure. Cependant, la croissance du PIB réel a  
ralenti au T3 2018, atteignant +2,3 % en glissement annuel (g.a.)  
contre 3,2 % au S1 2018. L’investissement s’est redressé au T3  
après quatre trimestres consécutifs de croissance négative ou  
faible, mais la consommation privée et les dépenses publiques ont  
marqué le pas. De plus, le secteur exportateur a connu un fort  
ralentissement, avec une contribution négative des échanges  
extérieurs nets à la croissance du PIB.  
2
017 2018e 2019e 2020e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
2,9  
2,8  
2,2  
2,0  
0,6  
1,4  
1,3  
1,3  
-2,0  
-2,1  
-2,3  
-2,3  
Dette des adm. publiques, % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
35,7  
34,4  
13,1  
34,6  
12,6  
35,0  
13,0  
1
4,5  
Dette externe, % du PIB  
31,8  
452  
31,3  
462  
31,5  
473  
31,0  
486  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDTWD (fin d'année)  
16,8  
29,8  
16,0  
30,7  
15,5  
31,0  
15,0  
31,0  
e: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe  
2
- Taïwan pénalisé par la chute du commerce extérieur chinois  
Exportations totales, g.a.  
▪▪ dont exportations vers la Chine et Hong Kong, g.a.  
Les données récentes sur le commerce extérieur et les derniers  
indices PMI du secteur manufacturier indiquent la poursuite du repli  
de l’activité au T4 2018 et au début de 2019. Les exportations ont  
commencé à fléchir au cours de l’été (+4,1 % en valeur en g.a. sur  
la période juillet-octobre 2018 contre 10,7% au S1 2018) et ont  
enregistré une contraction au cours des deux derniers mois de  
l’année (-3,3 %). Cette détérioration a été due, dans un premier  
temps, au ralentissement du commerce mondial et, plus  
récemment, à la dégradation des performances commerciales de la  
Chine, suite au bras de fer entre Washington et Pékin (graphique 2).  
50  
%
40  
30  
2
0
0
0
1
-
10  
A court terme, la principale incertitude pour l’économie taïwanaise  
résulte de ces tensions commerciales (voir note sur la Chine, pages  
-20  
30  
-
3
-4). Taïwan est très vulnérable à ce type de chocs externes, en  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
raison de sa très grande ouverture commerciale (les exportations  
représentaient 60% du PIB en 2017), de sa forte exposition aux  
marchés chinois (28% des exportations totales de marchandises, ou  
Source: Ministère des finances  
partielle des unités de production, de la Chine continentale vers  
Taïwan. Et les autorités ont récemment annoncé un plan d’action  
destiné à aider les entreprises à réinvestir dans l’île. Certains  
groupes pourraient aussi envisager de rediriger leurs capacités de  
production vers d’autres pays où les coûts salariaux sont moins  
élevés comme le Vietnam, les Philippines ou même le Mexique.  
40% en incluant Hong Kong) et américain (12% des exportations  
totales) et de sa forte intégration aux chaînes de valeur régionales.  
En outre, sa base d’exportation est solide, mais excessivement  
dépendante du secteur technologique (les produits électroniques  
représentent 34% des exportations totales et les biens d’information  
et de communication, 11%). Certaines entreprises taïwanaises  
ajustent d’ores et déjà leur stratégie de production en réponse à la  
bataille commerciale sino-américaine. Compte tenu des hausses  
des droits de douane appliquées par les Etats-Unis aux importations  
de produits chinois et de l’augmentation des coûts de main-d’œuvre  
en Chine, certaines industries ont annoncé une relocalisation  
Les autorités devraient maintenir la politique économique  
expansionniste suivie depuis deux ans. Les dépenses sociales et en  
infrastructures publiques resteront soutenues, et la politique  
monétaire devrait rester accommodante malgré la hausse des taux  
d’intérêt américains, étant donné l’incertitude qui pèse sur le  
commerce extérieur et en raison de la faiblesse des tensions  
er  
25  
EcoEmerging// 1 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
inflationnistes. L’inflation, qui avait accéléré l’an dernier, a fléchi  
depuis octobre suite à la baisse des prix de l’énergie et des produits  
alimentaires (graphique 3).  
3
- Conditions monétaires accommodantes  
Taux moyen sur les prêts ▪▪▪ Taux directeur (discount)  
Inflation des prix à la consommation, g.a.  
La croissance Taïwanaise pâtit non seulement de facteurs  
cycliques, mais aussi de contraintes structurelles qui contribueront à  
la poursuite du ralentissement à moyen terme. Sur le plan interne,  
les principales contraintes résident dans le déclin de la population  
active (commencé en 2016) et dans la diversification insuffisante de  
la base manufacturière. Point positif, le gouvernement de Tsai Ing-  
wen a pris des mesures afin d’améliorer la compétitivité et de  
développer de nouveaux secteurs industriels : outre un programme  
de développement des infrastructures portant sur la période 2018-  
4
%
%
3
2
1
0
1
2021, un plan d’innovation industrielle a été lancé, visant à soutenir  
les secteurs technologiques à plus forte valeur ajoutée. Des  
mesures pour faciliter le recrutement de travailleurs étrangers ont  
également été annoncées.  
-
2
010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018  
Sources : DGBAS, Banque centrale  
Sur le plan extérieur, Taïwan est confronté à des défis économiques  
Politique budgétaire: entre réforme et relance  
(
menace protectionniste, affaiblissement de la demande mondiale)  
et géopolitiques. Les tensions avec Pékin se sont aggravées depuis  
l’arrivée au pouvoir en mai 2016 de la présidente Tsai Ing-wen et de  
son parti, le PPD (Parti progressiste démocratique). Les relations  
difficiles avec la Chine peuvent pénaliser l’activité de certaines  
entreprises, notamment dans le secteur du tourisme. Surtout, la  
stratégie du gouvernement PPD visant à réorienter les relations de  
Taïwan vers d’autres pays que la Chine (notamment vers les pays  
d’Asie du Sud et du Sud-Est) se heurte aux pressions exercées par  
Pékin sur les partenaires économiques potentiels.  
De fait, le gouvernement de Tsai Ing-wen a mené des actions afin  
de soutenir la demande intérieure, élever la croissance potentielle et  
anticiper le vieillissement de la population. En 2017 a été lancé un  
programme quadriennal d’infrastructures (doté d’un budget  
supplémentaire équivalant à 2,4% du PIB. Les autres hausses de  
dépenses publiques, d’ampleur raisonnable, sont centrées sur le  
système de protection sociale, l’éducation, la science et la culture,  
et la défense nationale. Le gouvernement a également réformé la  
fiscalité. En particulier, les mesures introduites au début de 2018  
ont porté le taux de l’impôt sur les sociétés de 17% à 20%, et  
abaissé l’impôt sur le revenu des particuliers. Les changements ne  
répondront peut-être pas au problème de l’étroitesse de l’assiette  
fiscale, et visent surtout à encourager la consommation privée tout  
en maintenant des déficits budgétaires modérés. De fait, le déficit  
devrait peu se détériorer, atteignant 2,3% en 2019 et 2020, contre  
Des fondamentaux macroéconomiques très solides  
Malgré de nombreux vents contraires qui pourraient pénaliser la  
croissance de Taïwan au cours des prochaines années, sa  
robustesse macroéconomique n’est pas menacée. Tout d’abord,  
l’excellente santé des comptes extérieurs devrait persister.  
L’important excédent courant (plus de 10 % du PIB), les réserves de  
change extrêmement confortables (16 mois d’importations) et une  
solide position créditrice nette sur l’étranger compensent dans une  
large mesure les préoccupations liées à l’exposition de l’île aux  
risques de guerre commerciale ou autres chocs commerciaux  
extérieurs, aux tensions avec la Chine et à l’isolement diplomatique.  
2,0% en 2017.  
Enfin, une réforme du régime de retraite de la fonction publique a  
été introduite en 2017. Taïwan est officiellement devenu une  
«
société vieillissante » début 2018 ; autrement dit, la population  
âgée de 65 ans et plus représente maintenant plus de 14% de la  
population totale (définition des Nations Unies). Son taux de  
dépendance (personnes âgées en pourcentage de la population  
active) avoisine les 20% (contre 14% il y a dix ans) et pourrait  
atteindre le niveau extrêmement élevé de 64% d’ici à 2050, selon  
les projections des Nations Unis. Face au vieillissement rapide de la  
population et à son impact sur la viabilité des finances publiques à  
long terme, le gouvernement a créé, en 2016, une commission de  
réforme des retraites. Les réformes approuvées en 2017 se sont  
soldées par une baisse importante des pensions de retraite des  
fonctionnaires, des enseignants et du personnel militaire. En  
l’absence de réforme, la caisse de retraite des enseignants aurait  
été en faillite vers 2030 selon les projections officielles, et celle du  
personnel militaire vers 2020. Grâce aux réformes, le gouvernement  
estime que la viabilité du système public de retraite sera assurée  
pendant au moins 30 ans.  
Taïwan bénéficie également de solides finances publiques. Le solde  
budgétaire est structurellement déficitaire et l’assiette fiscale est  
étroite, mais la discipline des politiques publiques est forte. Le  
déficit des administrations publiques (y compris les caisses de  
sécurité sociale) s’est établi à 2,2% du PIB en moyenne depuis  
2014 (d’après les données du FMI). La dette des administrations  
publiques est modérée, attendue à 34% du PIB à la fin de 2018.  
Elle a légèrement reculé au cours des cinq dernières années (39%  
en 2013). Le gouvernement bénéficie de coûts d’emprunts très bas  
et d’une large base d’investisseurs nationaux. Par ailleurs, il n’est  
pas vulnérable aux variations des conditions financières  
internationales (il n’a pas de dette libellée en devises). Autant de  
facteurs qui assurent à l’Etat une large marge de manœuvre pour  
agir en cas de choc, conduire des politiques contra-cycliques et  
introduire des réformes structurelles.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2092 articles et 576 vidéos