EcoWeek

Investissements verts, dette publique et marchés financiers

Eco week 21-16 // 26 avril 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
2
ÉDITORIAL  
INVESTISSEMENTS VERTS, DETTE PUBLIQUE ET MARCHÉS FINANCIERS  
Les actions visant à limiter le réchauffement climatique requerront des investissements considérables, y compris  
publics. Cela pose la question d’un éventuel effet d’éviction, des tensions sur les taux d’intérêt freinant les  
investissements du secteur privé. Un tel risque est peu probable à court terme. Au contraire, l’accroissement de  
l’investissement public dans la lutte contre le changement climatique et dans la transition énergétique pourrait avoir  
un effet d’entraînement et stimuler l’investissement privé. Une communication claire des différents gouvernements  
sur la nature des investissements réalisés sera nécessaire pour réduire le risque que les marchés financiers se  
focalisent sur la hausse de l’endettement public. Ils devront en particulier insister sur le fait que le rendement devrait  
correspondre à un multiple du coût d’emprunt.  
Les actions visant à limiter le réchauffement climatique et, de manière long terme — ou, et il est important de le souligner, d’effets positifs  
plus générale, à permettre une production et des dépenses plus indirects des investissements publics verts. Les sociétés pourraient  
durables requerront des investissements considérables.  
ainsi augmenter leurs dépenses de R&D, une condition essentielle pour  
être plus innovantes et compétitives, ce qui, à son tour, stimulerait  
l’emploi, l’investissement des entreprises et, par conséquent, la  
croissance du PIB. Telle est la philosophie qui sous-tend le plan Next  
Generation EU.  
Pour que l’Union européenne atteigne ses objectifs énergétiques  
et climatiques à l’horizon 2030, il faudra, selon les estimations  
de la Commission européenne, EUR 260 mds d’investissements  
1
supplémentaires par an sur les dix prochaines années, soit 1,5% du PIB.  
Cet effort devra être consenti par le secteur privé (EUR 160 mds, voir Laquestiond’unéventuelchocenretouràmoyentermerestenéanmoins  
graphique) — les entreprises et les ménages — comme par le secteur posée. Dans de nombreux pays, les finances publiques se sont  
public. Concernant ce dernier, cela implique un accroissement des considérablement dégradées sous l’effet de la pandémie de Covid-19.  
pressions sur les finances publiques, et pose la question d’un éventuel  
effet d’éviction dû à un programme public massif d’investissement vert.  
L’augmentation du besoin de financement du secteur public pourrait,  
en effet, se traduire par des tensions sur les taux d’intérêt2 qui  
freineraient les investissements du secteur privé. Cependant, un  
tel risque semble peu probable à court terme. La croissance du PIB  
devrait accélérer au second semestre de cette année et stimuler la  
propension des entreprises à investir. Cela permettrait de compenser  
l’effet défavorable d’une légère hausse des taux d’intérêt. De plus, les  
achats d’actifs en cours, par la BCE, limiteraient aussi la probabilité  
d’une hausse significative des rendements obligataires.  
ACCORD SUR LE CLIMAT DANS L'UE : SOURCES DE FINANCEMENT  
en EUR mds  
Budget de l'UE  
5
0
InvestEU  
Cofinancement national  
EU ETS  
Investissement total :  
EUR 267 mds  
2
1
8
Il existe d’ailleurs un contre-argument très valable selon lequel  
l’accroissement de l’investissement public dans la lutte contre le  
changement climatique et dans la transition énergétique pourrait avoir  
1
60  
1
3
15  
Mécanisme de transition  
équitable  
3
un effet d’entraînement en stimulant l’investissement privé . Cet effet  
Secteur privé  
pourrait résulter de la réduction du risque climatique — les entreprises  
étant dès lors plus confiantes dans la réalisation de leurs objectifs à  
1
Commission européenne, Plan d’investissement pour une Europe durable - Plan d’inves-  
tissement du pacte vert pour l’Europe, Bruxelles, le 14.1.2020 COM(2020) 21 final.  
Le raisonnement est le suivant : l’augmentation des investissements publics implique  
InvestEU : ce programme réunira au sein d’une même structure le Fonds européen pour les  
investissements stratégiques (Plan Juncker) et 13 autres instruments financiers de l’UE.  
2
EU ETS : système communautaire d’échange de quotas d’émission.  
une incitation sous forme de hausse des taux d’intérêt pour renforcer l’effort d’épargne et  
assurer ainsi le financement.  
SOURCES : COMMISSION EUROPÉENNE, BNP PARIBAS  
3
Pour une analyse des effets d’éviction et d’entraînement, voir Macroeconomic rates of  
return of public and private investment. Crowding-in and crowding-out effects, Document  
de travail de la BCE n°864, 2008.  
Une communication claire des gouvernements sur la nature des  
investissements réalisés sera nécessaire pour réduire le risque que les  
marchés financiers se focalisent sur la hausse de l’endettement public.  
Ils devront en particulier insister sur le fait que le rendement sur  
investissement devrait correspondre à un multiple du coût d’emprunt.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
Eco week 21-16 // 26 avril 2021  
economic-research.bnpparibas.com  
3
La réduction structurelle des déficits publics devra être progressive  
pour ne pas anéantir la reprise. Si l’on ajoute à cela la nécessité  
d’effectuer d’importants investissements verts, l’endettement public  
risque même de continuer à augmenter. En fin de compte, cela pourrait  
conduire à une réévaluation du risque souverain et, par conséquent, à  
une hausse des rendements obligataires. Pour autant, cela ne devrait  
pas empêcher les États de procéder aux investissements nécessaires.  
Si les efforts collectifs s’avéraient insuffisants, cela aurait  
inévitablement des conséquences économiques négatives par la suite.  
4
Pour reprendre la terminologie relative à la soutenabilité de la dette ,  
la croissance attendue du PIB nominal à long terme (g) baisserait, ce  
qui pourrait entraîner une augmentation du taux d’intérêt nominal  
moyen (r) via l’effet lié à la prime de risque souverain. À l’inverse,  
la réalisation des investissements nécessaires permettrait de  
préserver g. Il reste à établir dans quelle mesure les coûts d’emprunt  
augmenteraient en conséquence. L’émission d’obligations vertes –  
dont le rendement est, en général, plus faible que celui des obligations  
conventionnelles – serait un bon moyen de réduire une telle probabilité.  
Une communication claire en direction du marché, sur la manière dont  
le produit de l’émission obligataire sera affecté, pourrait y contribuer  
aussi. Les investissements publics verts devraient avoir un rendement  
correspondant à un multiple du coût d’emprunt, surtout si on tient  
compte des effets indirects, de sorte que, pour la société dans son  
ensemble, ils soient créateurs de valeur, ce à quoi les investisseurs  
obligataires devraient être sensibles.  
William De Vijlder  
4
La soutenabilité de la dette publique s’analyse traditionnellement en termes de solde  
primaire (déficit budgétaire hors charges d’intérêt), de croissance attendue à long terme du  
PIB nominal (g) et de taux d’intérêt nominal moyen (r).  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2735 articles et 723 vidéos