Conjoncture

Vers un système de retraite plus austère

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Conjoncture // Avril 2020  
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Au cours des prochaines décennies, les pays européens seront confrontés à une augmentation des coûts liés au vieillissement de la  
population. D’après les simulations réalisées par le Comité de politique économique de l’Union européenne - à partir d’hypothèses très  
optimistes - ces coûts seront supportables. Il est néanmoins peu probable que les personnes qui entrent aujourd’hui sur le marché du  
travail partent à la retraite dans les mêmes conditions qu’actuellement. La transition vers des régimes de retraite publics plus austères  
requiert des mesures d’accompagnement, pour notamment encourager le maintien sur le marché du travail, et des incitations à mieux  
préparer sa retraite. Les autorités pourraient, en particulier, informer régulièrement les salariés du montant de leurs droits et les  
encourager à augmenter leur épargne-retraite.  
Au cours de la décennie passée, les régimes de retraite européens ont Le graphique 1 illustre l’importance des régimes publics de retraite en  
atteint leurs objectifs sociaux. La situation relative des revenus des Europe. Dans nombre de pays européens, les systèmes publics de  
retraités s’est nettement améliorée. Entre 2005 et 2018, le taux de retraite constituent quasiment la seule source de revenus pour les  
risque de pauvreté des plus de 65 ans a reculé de sept points au sein personnes âgées. En revanche, dans les pays anglophones et aux  
de l’Union européenne (UE) ; il est même bien inférieur à celui de la Pays-Bas, ils constituent seulement une pension de base que viennent  
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population totale dans plusieurs États membres . En 2018, le Danemark compléter des régimes privés obligatoires ou facultatifs.  
et la France affichaient ainsi les taux de pauvreté des personnes âgées  
le plus bas, à 9,6 % et 9,9 % respectivement.  
Sources de revenus des 66+, en % du revenu disponible  
Cependant, le vieillissement de la population constitue un enjeu majeur  
pour la pérennité des systèmes publics de retraite en Europe. Le  
financement des retraites publiques reposant sur le principe de la  
répartition, la charge croissante des pensions pèsent sur des cohortes  
moins nombreuses d’actifs.  
Travail  
Transferts professionnels  
Capital (y compris pensions privées)  
Transferts publics  
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Nous avons axé notre étude sur l’adéquation des pensions des futurs  
retraités. Suite aux réformes, déjà réalisées ou à venir, les prestations  
des régimes publics seront probablement moins généreuses. Or de  
nombreux actifs ignorent que leurs conditions de départ à la retraite  
pourraient être moins favorables que pour ceux qui quittent aujourd’hui  
la vie active. Ils doivent être mieux informés pour pouvoir adapter leur  
épargne à la pension de retraite attendue.  
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%
HUN BEL AUT CZE FRA ITA ESP POL DEU OECD SWE JPN DNK NLD GBR USA  
Graphique 1  
Source : OCDE  
Taux de risque de pauvreté : personnes âgées de 65 ans ou plus  
45%  
40%  
35%  
30%  
25%  
20%  
2018  
1995 ou le plus tôt disponible  
Les régimes publics européens de retraite sont basés sur un système  
par répartition. Il s’agit d’un pacte intergénérationnel aux termes duquel  
les actifs cotisent pour les retraités. S’ils souscrivent à ce pacte, c’est  
qu’ils s’attendent à ce que les générations futures en fassent autant  
pour eux, lorsqu’ils prendront à leur tour leur retraite. Ce pacte lie non  
seulement les générations actuelles de retraités et d’actifs, mais  
également les générations qui ne sont pas encore en âge de travailler,  
voire celles qui ne sont même pas nées.  
15%  
0%  
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5%  
%
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DNK FRA NLD AUT SWE CZE BEL ESP POL EU DEU ITA GBR  
Graphique 2  
Source : Eurostat  
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Le taux de risque de pauvreté mesure la proportion d’individus dans des ménages  
dont le revenu est inférieur au seuil de pauvreté, fixé à 60 % du revenu disponible  
équivalent médian national, c’est-à-dire prenant en compte les différences dans la  
taille et la composition des ménages.  
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Les systèmes publics de retraite sont parvenus à réduire sensiblement Les projections sont neutres du point de vue des politiques adoptées ;  
la pauvreté parmi les personnes âgées au sein de l’UE (graphique 2). autrement dit, toutes les politiques votées ont été intégrées. Pour tenir  
Dans certains pays, principalement ceux de l’UE des Quinze, le revenu compte des circonstances propres à chaque pays, les projections de  
des personnes âgées est même meilleur que celui de la population pensions ont été établies par les États membres à l’aide de leurs  
d’actifs âgée de 25 à 54 ans (graphique 3). La situation s’est également propres modèles nationaux.  
améliorée en Europe centrale et orientale. En conséquence, les  
Dans le scénario de base, les dépenses liées à l’âge – régimes publics  
personnes âgées sont plus indépendantes et nombre d’entre elles  
de retraite, soins de santé et dépendance  devraient augmenter  
bénéficient d’un confort raisonnable à la retraite.  
légèrement de 19,6 % du PIB, en 2016, à 21,4 % du PIB en 2070, en  
L’une des principales menaces qui pèsent sur le système des retraites grande partie sous l’effet de la hausse des dépenses de santé et de  
est l’augmentation du ratio de dépendance des personnes âgées au dépendance. Les dépenses au titre des régimes publics de retraite au  
cours des trente à quarante prochaines années. Selon les projections sein de l’UE, axe principal du présent article, devraient connaître  
démographiques à long terme d’Eurostat, le nombre d’actif par l’évolution suivante : de 11,2 % du PIB en 2016, elles atteindront un  
pensionné sera divisé par deux à l’horizon 2050, passant de 3,5 à 1,8 point culminant vers 2040 à 12 %, avant de redescendre à 11 % en  
au niveau de l’UE. L’effet démographique des baby-boomers de l’après- 2070. De ce point de vue, les conséquences financières du  
guerre commencera à diminuer autour de 2030 pour disparaître, au vieillissement de la population semblent supportables. C’est le cas non  
plus tôt, vers le milieu du siècle.  
seulement pour l’UE dans son ensemble, mais aussi pour les États  
membres.  
Taux de risque de pauvreté : 65+ et entre 25 et 54 ans  
Cependant, cette trajectoire centrale s’accompagne de risques  
importants. Il suffirait de légères déviations par rapport aux hypothèses  
retenues pour entraîner une grave dérive des finances publiques sur le  
long terme. L’une des hypothèses, d’une importance cruciale, est celle  
liée aux gains de productivité. Les scénarios européens supposent que  
la croissance de la productivité totale des facteurs passera de 0,5 %, au  
cours de la période 2016-2020, à 1 % à partir de 2040.  
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2
2
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5%  
0%  
5%  
0%  
5%  
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65+  
Entre 25 et 54  
Aucune explication n’a été fournie concernant ce choix d’un taux de  
productivité élevé relatif maintenu sur une période de 50 ans. Il est  
discutable si l’on se réfère aux performances passées en la matière. En  
cas d’accroissement de l’incertitude, il aurait été opportun de retenir une  
hypothèse de productivité plus prudente. Nous n’avons certainement  
pas exploité tous les avantages liés à la numérisation de l’économie,  
mais certains auteurs n’en soulignent pas moins que le vieillissement  
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%
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DNK FRA NLD AUT SWE CZE BEL ESP POL EU DEU ITA GBR  
Graphique 3  
Source : Eurostat  
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de la population pourrait peser sur la croissance de la productivité .  
Ce type de pacte intergénérationnel est fragile : la perspective pour les  
actifs de percevoir un niveau de pension modeste, en contrepartie de  
leurs cotisations, pourrait suffire à le briser. Les générations actives  
pourraient, dès lors, refuser de verser des cotisations aussi élevées,  
faisant ainsi s’effondrer le système des retraites. Le législateur doit donc  
veiller à assurer la pérennité du système des retraites sur le long terme.  
Cependant, devant la résistance de la population aux réformes de  
retraite, les gouvernements hésitent, en général, à s’engager dans un  
tel projet. En fait, dans un système par répartition, les gouvernements  
ne tirent aucun avantage de ces réformes. Ils sont, au contraire, tentés  
de multiplier les promesses dans ce domaine dans la mesure où cela  
ne coûte rien à court terme.  
Dautres facteurs pourraient aussi affecter celle-ci : le changement  
climatique et son impact sur les perspectives de croissance mondiale  
dans les prochaines décennies ; l’introduction de réglementations  
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environnementales plus strictes , entraînant une diminution des gains  
de productivité ; enfin, les effets négatifs du changement climatique sur  
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la croissance et leur répercussion sur la progression de la productivité .  
Afin de tester la sensibilité des résultats à cette hypothèse cruciale, des  
simulations ont également été faites sur la base d’un taux légèrement  
inférieur de croissance de la productivité totale des facteurs (0,8 %).  
Dans ce scénario, le coût total des pensions pourrait augmenter à  
hauteur de 0,8 point du PIB. De plus, même si seules les réformes  
adoptées ont été intégrées dans les simulations, ces politiques  
pourraient avoir, dans certains pays, des résultats socialement  
Le rapport 2018 du Comité de politique économique de l’UE sur le  
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vieillissement (voir tableau 1, page 17) fournit un éclairage sur les  
conséquences économiques de l’évolution démographique. Ce rapport  
présente différents scénarios sur la base des projections et  
d’hypothèses démographiques d’Eurostat relatives à un ensemble de  
variables macroéconomiques exogènes couvrant la population active, la  
productivité de la main-d’œuvre et les taux d’intérêt réels.  
3
Maestas, Nicole, Kathleen J. Mullen, and David Powell. The effect of population  
aging on economic growth, the labor force and productivity. No. WP 22452. National  
Bureau of Economic Research, 2016.  
4
Kozluk, Tomasz, and Vera Zipperer. "Environmental policies and productivity  
growth." OECD Journal: Economic Studies 2014.1 (2015): 155-185.  
5
Kahn, M. E., Mohaddes, K., Ng, R. N., Pesaran, M. H., Raissi, M., & Yang, J. C.  
2
Rapport 2018 sur le vieillissement : projections économiques et budgétaires pour  
(2019). Long-term macroeconomic effects of climate change: A cross-country  
les États membres de l’UE (2016-2070).  
analysis (No. WP 26167). National Bureau of Economic Research.  
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indésirables, laissant entrevoir une modification probable à l’avenir des L’approche économique traditionnelle est celle de la théorie du cycle de  
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règles.  
vie de la consommation, développée par Franco Modigliani . Selon  
cette théorie, des agents économiques prévoyants, opérant sur des  
marchés parfaits, planifieront de façon rationnelle leur consommation  
sur leur durée de vie en vue d’optimiser l’utilité de cette dernière.  
Pendant leurs années d’activité, ils constitueront une épargne suffisante,  
qui, ajoutée à la pension perçue, leur permettra de maintenir leur niveau  
de consommation une fois à la retraite.  
Ainsi, certains pays de l’UE ont lié l’âge de départ à la retraite à  
l’espérance de vie. En conséquence, l’âge légal de départ à la retraite  
pour ceux qui entrent à 20 ans dans la vie active sera d’environ 70 ans  
au Danemark, aux Pays-Bas et en Italie. Il est peu probable que cela  
puisse devenir une règle générale.  
Certains pays réalisent, par ailleurs, des économies en creusant l’écart  
entre la pension moyenne et le salaire moyen, appelé « ratio de  
prestation ». Ce ratio est fonction du cadre juridique relatif au calcul des  
pensions, ou taux de remplacement, et des règles d’indexation. En  
moyenne, le ratio de prestation diminuerait les dépenses brutes au titre  
des retraites publiques à hauteur de 3,3 points du PIB. En France, le  
ratio de prestation pourrait même baisser de près de 5 points entre  
Le modèle du cycle de vie de Modigliani établit un lien entre l’épargne  
des ménages et la pyramide des âges. Au niveau macroéconomique, il  
existe de nombreux exemples montrant que les pays à la population  
plus âgée, qui ont un faible taux d’épargne voire puisent dans leurs  
épargnes pour couvrir leurs dépenses, ont tendance à afficher des taux  
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d’épargne plus faibles .  
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016 et 2070 en raison de l’indexation des prestations de retraite sur Cependant, d’après des données microéconomiques, le comportement  
l’inflation et non sur les salaires. La diminution relative des prestations d’épargne selon l’âge semble en contradiction avec les prévisions du  
servies par rapport au salaire moyen va entraîner, à terme, une modèle du cycle de vie. Poterba montre ainsi que le taux d’épargne des  
augmentation des risques de pauvreté des retraités par rapport à la particuliers selon l’âge, dans les pays du G7, est positif pour toutes les  
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situation actuelle. La détérioration des revenus des personnes âgées tranches d’âge . Le taux d’épargne des plus de 64 ans est supérieur à  
correspond aux calculs de l’OCDE, relatifs aux taux de remplacement 15 %, un taux que seuls les 50-64 ans dépassent. Les ménages ne  
actuel et futur (graphique 4).  
semblent pas désépargner une fois à la retraite. De plus, de nombreux  
actifs à l’approche de la retraite ne disposent pas d’une épargne  
substantielle et les prestations servies par les régimes publics de  
retraite sont leur principale source de revenus.  
Taux de remplacement brut des régimes obligatoires (salarié entré sur  
le marché du travail à 20 ans et ayant effectué une carrière complète)  
Cohorte née en 1956 et prenant sa retraite aujourd'hui  
Cohorte née en 1996 et prenant sa retraite vers 2061 dont : ▐  
public  
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Ses résultats ont été précédemment confirmés aux Pays-Bas . Cette  
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privé  
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étude montre que la plupart des ménages ne disposent que d’une  
épargne de précaution limitée. La consommation est entièrement  
financée par la protection sociale et les revenus générés par les  
systèmes de retraite obligatoire. S’agissant des ménages dotés d’une  
épargne substantielle, il existe peu d’éléments indiquant une  
désaccumulation de patrimoine. Ce type de comportement des  
ménages aisés semble être dicté par le motif de transmission.  
David Miles suggère que le taux d’épargne élevé rapporté dans ces  
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micro-études pourrait être en partie lié à son mode de calcul  
.
Normalement, le taux d’épargne est calculé en rapportant l’épargne au  
revenu.  
GBR POL DEU CZE BEL SWE HUN FRA ESP AUT ITA DNK NLD  
Graphique 4  
Source : OCDE  
Supposons qu’un retraité possède deux sources de revenus, un revenu  
de pension, soit une annuité constante à un niveau P et un revenu  
provenant d’autres sources Yt.  
Dans l’hypothèse de la consommation d’une partie du revenu, l’on peut  
écrire l’équation suivante :  
Les projections européennes montrent que les conséquences  
financières du vieillissement de la population sont supportables, mais  
que la situation du revenu des personnes âgées va probablement se  
détériorer du fait des réformes des retraites prévues ou anticipées.  
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Pour un bon aperçu, voir Deaton “Franco Modigliani and the life-cycle theory of  
consumption”, BNL Quarterly Review, vol. LVIII, nos 233-234, juin-septembre 2005,  
pp. 91-107.  
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Voir, par exemple, Wong, B., & Tang, K. K. (2013). Do ageing economies save  
Dès lors, une question importante se pose : comment les actifs  
réagiront-ils à l’évolution de la générosité des retraites ? Vont-ils  
travailler plus longtemps ou préféreront-ils accroître leur épargne et  
quitter la vie active le plus tôt possible ?  
less? Evidence from OECD data. International Journal of Social Economics.  
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Poterba, J. M. (Ed.). (2007). International comparisons of household saving.  
University of Chicago Press.  
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Alessie, R., Lusardi, A., & Kapteyn, A. (1995). Saving and wealth holdings of the  
elderly. Ricerche Economiche, 49(3), 293-314.  
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Miles, David. "Modelling the impact of demographic change upon the economy."  
The Economic Journal 109.452 (1999): 1-36.  
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푪 = 휶(푷 + 풀 )  
conséquences macroéconomiques du vieillissement de la population.  
Dans ce cas, les modèles à générations imbriquées, introduits pour la  
première fois par Auerbach et Kotlikoff, constituent une alternative plus  
Dans ce cas, le taux d’épargne est égal à 1 - α.  
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Le montant de l’annuité versée est calculé au moyen d’une table de prometteuse pour l’analyse des politiques . Ils permettent en effet, en  
mortalité sur la base de l’épuisement total des actifs au moment du retenant des valeurs plausibles pour les paramètres, d’analyser les  
décès de la personne concernée. Le véritable taux d’épargne de Miles canaux de transmission des politiques portant sur le vieillissement de la  
tient compte de la diminution (notionnelle) des actifs de la personne population et de tester la robustesse des résultats.  
jusqu’à sa mort. Prenons des valeurs plausibles (α = 0,85, taux d’intérêt  
Oliveira Martin et al. utilisent des modèles simples à générations  
r = 0,04) et supposons que la personne a une espérance de vie d’à  
imbriquées pour quelques pays de l’OCDE, dont l’Allemagne et la  
peine dix ans ; le taux d’épargne classique est alors de 0,15.  
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France . Le scénario de base prend pour hypothèse l’absence de  
réforme. Pour maintenir le système des retraites à l’équilibre, les  
cotisations de retraite doivent être augmentées. En France, le taux de  
remplacement reste fixé à 64 % et le taux de cotisation est multiplié par  
Cependant, lorsque l’on suppose l’épuisement complet des actifs au  
décès de la personne, le taux d’épargne corrigé est de -28 %. Plus une  
personne se rapproche de la date de son décès, plus la  
désaccumulation patrimoniale est élevée et le taux d’épargne, faible.  
Cinq ans avant son décès, le taux d’épargne corrigé s’établit à -44 %.  
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deux aux environs de 40 % à l’horizon 2050 .  
Le scénario de base sert de référence pour les deux scénarios de  
réforme alternatifs. Dans le premier scénario de réforme, l’âge de  
départ à la retraite augmente progressivement, plus ou moins en ligne  
avec l’allongement de la longévité. Les taux de remplacement restent  
les mêmes et les taux de cotisation sont adaptés de manière à  
maintenir les régimes de retraite à l’équilibre. Dans ce scénario, le taux  
de cotisation doit continuer à progresser, mais dans une moindre  
mesure. En France, le taux de cotisation est appelé à augmenter  
d’environ 6 points, à 28 % du revenu imposable. En pourcentage, cela  
représente une augmentation considérable. En Allemagne, les taux de  
cotisation se maintiennent autour du même niveau, reflétant un régime  
de retraite moins généreux. En raison du relèvement de l’âge de départ  
à la retraite, le taux d’activité croît, entraînant une baisse du ratio  
capital-travail.  
Miles étudie la question du point de vue des actifs dans le cadre des  
retraites par capitalisation. Dans la plupart des pays européens, le  
financement des régimes de retraite repose sur le principe de la  
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répartition. L’analyse ne change pas fondamentalement pour autant.  
La valeur des actifs de retraite dans un régime par capitalisation peut  
être considérée comme correspondante à la valeur actualisée du flux  
de revenus, généré par les actifs et les contributions à venir. Il est  
évident que cette valeur varie en fonction des anticipations de taux  
d’intérêt, des indices boursiers, etc. Les pensions publiques servies par  
un système par répartition peuvent, de la même façon, être considérées  
comme la valeur actualisée des prestations de retraite. La valeur  
actualisée des pensions servies par un système par répartition varie  
également, quoique moins que dans un régime par capitalisation.  
Cependant, dans la mesure où un système par répartition est financé  
par l’endettement, l’effet des fluctuations des taux d’intérêts est éliminé : Dans le deuxième scénario de réforme, les taux de cotisation sont gelés  
quand les taux diminuent, la valeur actuelle nette (VAN) des prestations et les taux de remplacement diminuent progressivement pour les  
augmente, mais les coûts d’emprunt diminuent, permettant au secteur nouveaux retraités. En France comme en Allemagne, le taux de  
public de faire face à l’augmentation de la VAN. Selon les règles remplacement reculerait de plus de 20 points sur le long terme par  
d’indexation, l’évolution des salaires et des prix pourrait, par ailleurs, rapport au scénario de base, aux environs de 37 % et de 30 %,  
jouer un rôle. La possibilité d’une modification des règles par le respectivement. Dans un souci de prévoyance, les actifs accroissent  
gouvernement, en particulier pour des raisons budgétaires, constitue, leur épargne pour maintenir leur niveau de consommation à l’âge de la  
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enfin, une incertitude majeure .  
retraite. Résultat, les taux d’intérêt à long terme continuent de baisser.  
En termes de PIB, le scénario de base, qui est celui de l’absence de  
réforme, est le pire de tous. En raison de l’augmentation des taux de  
cotisation, en particulier en France, en Allemagne et au Japon, les actifs  
de ces pays privilégient les loisirs au travail. Conséquence, le PIB par  
habitant diminue dans ces pays par rapport à celui observé aux États-  
Unis. Les deux scénarios de réforme montrent que les politiques visant  
à relever l’âge de départ à la retraite ou à améliorer l’épargne-retraite  
réussissent mieux à atténuer l’impact du vieillissement sur la croissance.  
Les micro-données constituent une mine considérable d’informations  
pour l’étude de l’épargne et du patrimoine des groupes d’âge.  
Cependant, comme elles ne sont disponibles que pour des périodes  
relativement courtes, elles sont d’un usage limité dans l’analyse des  
1
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Kotlikoff, L. J., & Auerbach, A. (1987). Dynamic Fiscal Policy. Cambridge  
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1
Actuellement, la plupart des régimes privés par capitalisation sont des régimes à  
University Press. Pour une application en France voir, Raymond Van der Putten,  
cotisations définies. La future pension qui sera versée dépendra du montant investi  
dans le fonds et de la performance d'investissement de celui-ci. En revanche, les  
systèmes publics par répartition sont des régimes à prestations définies : le fonds  
assure une prestation liée au salaire touché.  
« Épargner pour la retraite », BNP Paribas Conjoncture, juillet-août 2014.  
Martins, J. O., Gonand, F., Antolin, P., & Maisonneuve, C. de la, Yoo, K.-Y.(2005).  
The impact of ageing on demand, factor markets and growth (No. 420). OECD  
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Economics Department Working Paper.  
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En Grèce, les pensions versées par les régimes publics de retraite ont été  
Contrairement au rapport de l’UE sur le vieillissement, l’étude de l’OCDE laisse les  
sensiblement amputées à titre de condition préalable d’octroi de l’aide de la  
paramètres des régimes de retraite à leurs valeurs actuelles et ne tient pas compte  
Commission européenne, la BCE et le FMI.  
des réformes déjà votées.  
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Dans ce dernier cas, cela peut être attribué à l'impact positif de la Les modèles de cycle de vie font souvent l'hypothèse simplifiée de  
baisse des taux d'intérêt à long terme sur la croissance.  
maintenir la consommation constante à la retraite. Cependant, un tel  
comportement n’est peut-être pas un choix optimal pour les retraités.  
Comme le montrent certains chercheurs, la consommation en début de  
retraite a tendance à dépasser le niveau de consommation durable pour  
baisser ensuite rapidement. Le faible niveau des taux d’intérêt (réels)  
est un facteur important pouvant expliquer ce comportement. Il implique,  
en effet, que la rémunération de la patience par le marché, c’est-à-dire  
le taux d’intérêt réel, est nulle, voire négative. Comme presque tout le  
monde préfère consommer aujourd’hui plutôt que demain, la  
consommation va suivre une courbe descendante au fil du temps.  
Quels sont nos besoins une fois à la retraite ? C’est là une question  
centrale. S’agissant des États-Unis, les estimations du taux de  
remplacement varient entre 65 % et 85 %. Une étude récente de  
Ghilarducci, Papadopoulos et Webb prend pour hypothèse un taux de  
remplacement cible de 85 % pour un revenu d’activité inférieur à  
USD 40 000, de 75 % pour un revenu d’activité compris entre  
USD 40 000 et USD 115 000, et de 65 % pour un revenu d’activité  
Il existe aussi un deuxième facteur : le risque de mortalité et de graves  
problèmes de santé. De nombreux modèles de cycle de vie ne tiennent  
pas compte de ces risques et supposent que les agents procèdent à  
une diminution de leur patrimoine jusqu’à la fin de leur vie. En réalité,  
les risques de mortalité et de problèmes de santé augmentent avec  
l’âge. La fin de vie étant incertaine et certains types de consommation,  
comme les vacances, pourraient être limités à l'avenir pour des raisons  
médicales, les retraités pourraient être tentés d’avancer leur  
consommation dans le temps, accentuant ainsi la pente négative de  
leur consommation.  
1
6
supérieur à USD 115 000.  
Le système de protection sociale américain assure un taux de  
remplacement d’environ 43 % lorsque le revenu d’activité est inférieur à  
la médiane ; autrement dit, les actifs se situant dans cette tranche de  
revenus doivent générer à partir de leur épargne-retraite un  
complément de 42 % pour arriver au taux de cible de 85% mentionné  
dans Ghilarducci et al. Pour ceux sans plan de retraite (50 % d’entre  
eux environ), le risque de basculer dans la pauvreté est élevé. Même  
pour ceux qui en ont souscrit un, ce dernier ne remplace que 14 % du  
revenu d’activité uniquement dans le cas des régimes de retraite à  
cotisations déterminées et 24 % dans celui des régimes de retraite à  
prestations définies. Cela ne suffit pas pour atteindre le taux de  
remplacement cible de 85 % dans cette catégorie de revenus.  
La rente viagère et le prêt hypothécaire inversé offrent des solutions  
possibles pour parer au risque de décès avant épuisement des actifs  
financiers. Cependant, la souscription à une rente viagère est très  
coûteuse pour des raisons d’antisélection. Dans le calcul du prix de la  
rente, l'assureur, qui prend le risque de longévité, considère que les  
acheteurs sont en relativement bonne santé et que leur espérance de  
vie moyenne est supérieure à la moyenne de leur tranche d'âge. De  
plus, le versement de l’annuité, un montant constant jusqu’au décès du  
titulaire, ne correspond pas nécessairement au modèle de  
consommation optimale d’un retraité. Plus la personne vieillit, plus la  
consommation personnelle peut être limitée par des problèmes de  
santé, tandis que les frais médicaux sont en général couverts par  
l’assurance.  
L’hypothèse classique sur laquelle reposent ces études est la volonté  
de chacun de maintenir un niveau constant de consommation. Dans  
une étude très intéressante, Scott, Shoven et Slavov questionnent cette  
hypothèse 17 . Dans une étude antérieure, ces mêmes auteurs  
soutenaient déjà que le taux de remplacement cible doit être ajusté en  
réponse à la faiblesse des rendements et de la croissance salariale. Ils  
soutiennent qu’une chute du taux de rendement des actifs peu risqués  
implique une érosion notable de l’accumulation de la richesse. L’effet de  
richesse induit une baisse de la consommation optimale pendant le  
reste de la carrière comme à la retraite. En supposant que les  
préférences temporelles personnelles demeurent inchangées, la  
consommation future devient plus onéreuse relativement à la  
consommation actuelle. En effet, il faut plus d'actifs financiers  
aujourd'hui avec un taux sans risque plus faible pour pouvoir financer  
les dépenses futures. Une telle évolution encouragerait une  
consommation anticipée, entraînant une baisse de l’épargne. Cette  
conclusion va à l’encontre de l’argument souvent invoqué selon lequel  
les actifs devraient épargner davantage pour maintenir leur niveau de  
vie à la retraite.  
Enfin, la faiblesse de l’épargne-retraite peut être imputée à la  
générosité du système de protection sociale. Hubbard et al. estiment  
qu’en cas d’incertitude, les programmes d’aide sociale soumis à des  
conditions de ressources et fondés sur les actifs ont un effet modérateur  
18  
sur l’épargne, et ce, pour deux raisons distinctes . Tout d’abord, en  
levant l’incertitude face à des événements indésirables comme le  
paiement d’importants frais médicaux, les programmes sociaux  
diminuent la nécessité, pour les ménages, d’accroître l’épargne de  
précaution. Ensuite, les ménages dont les ressources sont suffisantes  
ne sont pas éligibles à ces programmes et, en cas d'événement  
adverse, doivent payer eux-mêmes le coût de ces dépenses. Cela peut  
être perçu comme une taxe lourde sur leur richesse.  
1
6
Ghilarducci, T., Papadopoulos, M., & Webb, A. (2017). Inadequate épargne-  
retraite for actifs nearing retirement. Schwartz Center for Economic Policy Analysis  
and Department of Economics, The New School for Social Research, Policy Note  
Series  
1
7
Scott, J. S., Shoven, J. B., Slavov, S. N., & Watson, J. G. (2020). Can Low  
1
8
Retirement Savings Be Rationalized? (No. WP 26784). National Bureau of Economic  
Research.  
Hubbard, R. G., Skinner, J., & Zeldes, S. P. (1995). Precautionary saving and  
social insurance. Journal of Political Economy, 103(2), 360-399.  
1
5
Conjoncture // Avril 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
L’augmentation totale ne se matérialise pas immédiatement, car ces  
jeunes actifs doivent au préalable recueillir des informations sur le  
meilleur moyen d’accroître leur épargne. En outre, les chercheurs n’ont  
pas mis en évidence le fait que l’augmentation de l’épargne-retraite  
privée exerçait un effet d’éviction sur les autres formes d’épargne.  
Il est intéressant de se demander dans quelle mesure la population  
active est préparée aux changements en cours et à ceux qui le seront  
ultérieurement. Combien de jeunes qui entrent aujourd’hui dans la vie  
active sont conscients du fait que leur pension pourrait être moins Aux États-Unis, la recherche confirme qu’une meilleure information sur  
généreuse que celle des générations précédentes ?  
le revenu perçu à la retraite est un bon moyen de doper l’épargne-  
retraite. Esther Duflo et Emmanuel Saez ont, à ce sujet, réalisé une  
Selon l’enquête AVIVA 2016 sur les attitudes des consommateurs,  
menée dans plusieurs pays européens, la moitié des actifs sont inquiets  
à l’idée d’avoir des revenus insuffisants une fois à la retraite. Cependant,  
seul un tiers d’entre eux prend des mesures pour y remédier. Parmi les  
stratégies citées figurent l’épargne régulière et le recours à des régimes  
de retraite privés, ces derniers étant en particulier privilégiés en Irlande  
et au Royaume-Uni. De plus, nombre de personnes interrogées –  
environ 30 % en Italie, en France et en Espagne  envisagent d’utiliser  
leur résidence comme source de revenus à la retraite, bien que ce type  
de bien soit moins liquide. Par ailleurs, un nombre croissant de  
personnes âgées travaillent au-delà de l’âge légal de départ à la retraite.  
Plus de la moitié des personnes interrogées dans l’enquête AVIVA  
déclarent avoir continué à travailler, car elles avaient besoin d’un  
complément de revenu. Résultat, après avoir baissé pendant plusieurs  
décennies, l’âge de départ effectif à la retraite est reparti à la hausse  
dans les pays de l’OCDE (graphique 5).  
2
0
expérience dans une grande université . Cette université propose un  
plan d’épargne retraite complémentaire à impôt différé (Tax Deferred  
Account plan ou TDA). Pour encourager la participation de ses  
employés, l’établissement organise un salon annuel. Il est évident que  
les personnes qui s’y rendent sont également celles qui sont le plus  
susceptibles de souscrire à un tel régime ou de modifier leurs choix de  
prestation. E. Duflo et E. Saez ont sélectionné un échantillon aléatoire  
d’employés n’ayant pas encore adhéré au plan TDA et leur ont envoyé  
une lettre d’invitation promettant une récompense d’USD 20 à tous ceux  
qui se rendraient au salon. Il s’est avéré que ces personnes ont été trois  
fois plus nombreuses à y participer que celles du groupe témoin. De  
plus, les personnes du groupe témoin qui travaillaient dans les mêmes  
départements que celles ayant reçu la lettre d’invitation ont été deux  
fois plus nombreuses à assister au salon que celles d’autres  
départements, alors même qu’elles n’avaient pas reçu la récompense  
de USD 20. Cela montre l’importance de l’influence des pairs.  
Age effectif moyen de sortie du marché du travail  
De nombreuses entreprises américaines proposent des plans  
d’épargne retraite à leurs salariés. Pour y adhérer, il fallait autrefois une  
inscription en bonne et due forme. Malgré les avantages considérables  
dont bénéficiaient les adhérents en termes de déductions fiscales,  
beaucoup n’y adhéraient pas en raison des démarches administratives  
qui consistaient, en général, à compléter un court formulaire. Devenue  
aujourd’hui la règle, l’inscription automatique est un vrai succès.  
Concernant l’un de ces plans étudiés par Madrian et Shea, les taux de  
participation des actifs nouvellement éligibles sont passés de 49 % à  
70  
69  
68  
67  
66  
65  
64  
63  
62  
61  
60  
Homme  
21  
8
6 % . Cependant, la plupart des nouveaux adhérents ont opté pour un  
taux d’épargne modeste, d’environ 3 % de leur revenu, qui n’est pas  
ensuite ajusté. En conséquence, nombre de salariés perçoivent à la  
retraite des pensions insuffisantes.  
Femme  
1
970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015  
Richard Thaler et Shlomo Benartzi ont conçu un dispositif, appelé Save  
More Tomorrow (Épargnez davantage demain), qui prévoit un  
ajustement automatique du taux d’épargne . Dans ce type de plan, les  
participants s’engagent à l’avance à placer une partie des  
augmentations futures de salaires sur un compte d’épargne-retraite. Il  
s’agit d’une application judicieuse de la finance comportementale.  
Graphique 5  
Source : OCDE  
2
2
Plusieurs études indiquent que l’information et la formation financière  
pourraient contribuer à une nette augmentation de l’épargne-retraite.  
Ainsi, en Allemagne, l’administration des régimes publics de retraite  
envoie chaque année, depuis 2005, un courrier aux personnes de plus  
de 27 ans pour les informer de leurs prestations de pension  
prévisionnelles. Un groupe de chercheurs a étudié la réaction des  
salariés à la réception de ce courrier en analysant, en particulier,  
l’évolution des comportements d’épargne entre 26 et 27 ans . Après  
avoir reçu ce courrier, les salariés de plus 27 ans ont davantage  
épargné.  
1
9
20  
Duflo, E., & Saez, E. (2003). The role of information and social interactions in  
retirement plan decisions: Evidence from a randomized experiment. The Quarterly  
Journal of Economics, 118(3), 815-842.  
2
1
Madrian, B. C., & Shea, D. F. (2001). The power of suggestion: Inertia in 401 (k)  
participation and savings behavior. The Quarterly Journal of Economics, 116(4),  
1149-1187.  
22  
Thaler, R. H., & Benartzi, S. (2004). Save more tomorrow™: Using behavioral  
1
9
Dolls, M., Doerrenberg, P., Peichl, A., & Stichnoth, H. (2018). Do  
retirement savings increase in response to information about retirement  
and expected pensions?. Journal of Public Economics, 158, 168-179.  
economics to increase employee saving. Journal of Political Economy, 112(S1),  
S164-S187.  
1
6
Conjoncture // Avril 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
Le programme a largement contribué à augmenter l’épargne-retraite. Enfin, dans les pays où existent des régimes de retraite personnels, les  
Grâce à Save More Tomorrow, environ quinze millions d’Américains ont salariés devraient être incités à s’y affilier. Dans certains pays, les  
pu considérablement accroître leur taux d’épargne.  
employeurs proposent déjà à leurs salariés un régime de pension par  
défaut. Si les salariés souhaitent y renoncer, ils doivent en faire la  
démarche. Cependant, comme les cotisations à ces régimes sont assez  
faibles, il conviendrait d’inviter les salariés à relever régulièrement leur  
montant. L’Europe pourrait, à cet égard, s’inspirer utilement du plan de  
Selon le rapport 2018 de l’Union européenne, les conséquences retraite Save More Tomorrow, qui a fait ses preuves aux États-Unis.  
financières du vieillissement de la population sont supportables. Les  
dépenses au titre des régimes publics de retraite devraient passer de  
11,2 % du PIB, en 2016, à 12 %, à leur point culminant, vers 2040.  
Cependant, les hypothèses macroéconomiques retenues semblent  
plutôt optimistes. Les scénarios supposent, en particulier, une  
croissance de la productivité totale des facteurs d’environ 1 % sur le  
long terme. En appliquant des hypothèses plus prudentes, le coût du  
vieillissement de la population pourrait sensiblement augmenter en  
pourcentage du PIB.  
raymond.vanderputten@bnpparibas.com  
Achevé de rédiger le 29 avril 2020  
Le scénario européen suppose, en outre, des réformes draconiennes,  
qui ont déjà été votées, mais qui ne seront probablement pas mises en  
œuvre dans leur intégralité. En particulier, dans certains pays, l’âge  
légal de départ à la retraite pourrait être relevé aux environs de 70 ans.  
Le scénario intègre également une baisse substantielle du niveau relatif  
de la pension moyenne par rapport au salaire moyen. Dans certains  
pays, le risque de pauvreté parmi les retraités, c’est-à-dire avec un  
revenu inférieur de 60 % au revenu disponible équivalent médian  
national, pourrait sensiblement augmenter en l’absence de mesures  
supplémentaires.  
Quoi qu’il en soit, même si les mesures déjà votées ne peuvent pas être  
entièrement appliquées, on peut présumer que les prestations des  
régimes publics de retraite des futurs retraités seront nettement  
inférieures à celles d’aujourd’hui.  
Pour éviter une augmentation importante du risque de pauvreté parmi  
les retraités, il convient de mieux accompagner cette transition. Tout  
d’abord, il est important que les seniors soient incités à rester actifs plus  
longtemps. Les entreprises européennes pourraient, à cet égard, tirer  
les leçons de l’expérience d’autres pays de l’OCDE, comme le Japon  
ou les États-Unis. Ensuite, les salariés doivent être encouragés à mieux  
préparer leur retraite. Les autorités pourraient, en particulier, les  
informer régulièrement de leurs droits à pension. En Allemagne, les  
organismes de retraite envoient, chaque année, cette information à tous  
les salariés de 27 ans. Plus les salariés sont informés tôt, plus ils  
disposent de temps pour constituer leur épargne-retraite.  
1
7
Conjoncture // Avril 2020  
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Rapport 2018 sur le veillissement dans l’Union européenne : scénario de base  
Pensions publiques % du PIB  
Ratio de prestation (*)  
Âge effectif de la retraite  
Pays  
AUT  
BEL  
BGR  
CYP  
CZE  
DEU  
DNK  
ESP  
EST  
FIN  
2020  
13,9  
12,6  
9,1  
2070  
14,3  
15,0  
10,9  
12,4  
10,9  
12,5  
8,1  
2020  
50,5  
42,3  
29,6  
58,2  
38,0  
42,0  
40,6  
55,1  
34,6  
53,1  
49,6  
28,4  
64,2  
31,2  
37,1  
26,3  
60,7  
33,1  
53,8  
22,8  
47,6  
32,9  
44,8  
57,9  
31,9  
44,4  
30,1  
36,2  
42,0  
43,0  
2070  
38,9  
40,4  
30,1  
40,8  
37,3  
35,5  
34,5  
37,6  
19,9  
46,1  
35,9  
28,5  
41,6  
17,8  
32,7  
26,8  
46,3  
19,3  
52,4  
12,1  
39,3  
34,0  
22,9  
34,0  
26,0  
38,4  
31,0  
22,1  
32,9  
33,5  
2020  
62,6  
63,4  
63,4  
64,1  
62,3  
64,5  
65,6  
65,3  
64,6  
63,6  
62,6  
64,7  
62,9  
61,8  
62,8  
65,2  
66,2  
62,5  
60,3  
63,6  
61,8  
65,2  
62,9  
65,4  
63,2  
61,8  
62,6  
65,0  
64,2  
64,4  
2070  
63,7  
64,3  
64,4  
67,7  
63,5  
65,5  
68,0  
66,4  
65,0  
67,8  
64,5  
65,8  
68,1  
63,9  
65,1  
66,0  
68,4  
64,0  
60,3  
65,2  
63,3  
68,3  
62,9  
66,4  
63,3  
67,2  
62,6  
65,0  
65,6  
66,0  
10,2  
8,1  
10,3  
9,3  
12,3  
7,8  
10,7  
6,4  
13,8  
15,0  
7,7  
13,9  
11,8  
9,5  
FRA  
GBR  
GRC  
HUN  
HUN  
IRL  
13,4  
10,4  
9,0  
10,6  
6,8  
11,2  
6,6  
5,1  
ITA  
15,6  
7,0  
13,9  
5,2  
LTU  
LUX  
LVA  
MLT  
NLD  
POL  
PRT  
ROU  
SVK  
SVN  
SWE  
EU  
9,0  
17,9  
4,7  
6,8  
7,8  
10,9  
7,9  
7,0  
11,1  
13,6  
7,3  
10,2  
11,4  
8,7  
8,3  
9,8  
11,0  
7,6  
14,9  
7,0  
11,1  
12,3  
11,0  
11,9  
EA  
*
Pension moyenne en % du salaire brut moyen  
Tableau 1  
Source : Commission européenne