Conjoncture

Face au risque de surendettement en Afrique

ECO CONJONCTURE  
N°2  
Février 2021  
FACE AU RISQUE DE SURENDETTEMENT EN AFRIQUE  
François Faure & Perrine Guérin  
Le défaut récent de la Zambie sur sa dette souveraine fait planer l’ombre d’une vague imminente de restructurations en Afrique  
subsaharienne. Le choc de la Covid-19 a sensiblement accru le risque de surendettement dans plusieurs pays africains en exacerbant  
les vulnérabilités accumulées au cours de la dernière décennie. Le soutien à la liquidité, dans le cadre de l’initiative de suspension du  
service de la dette (ISSD) et les lignes de financement d’urgence ont apporté une aide temporaire à de nombreux pays de la région. Les  
problèmes de solvabilité persistent néanmoins et la perspective de restructurations se renforce. Dans ce contexte, la méthodologie  
du FMI et de la Banque mondiale reste l’outil le mieux adapté pour évaluer la soutenabilité des dettes pour les pays à faible revenu. Par  
ailleurs, le cadre commun pour le traitement de la dette a été récemment étendu à l’ensemble des créanciers. Compte tenu de l’ampleur  
de ses engagements financiers dans les pays africains, la participation de la Chine est essentielle. Jusqu’à présent, le pays a fait preuve  
d’un manque de transparence et d’une coopération limitée. Son engagement affiché dans le cadre commun de traitement de la dette  
reste à confirmer.  
2
8
RISQUE CROISSANT  
POUR LA VIABILITÉ DE LA  
DETTE  
PLAIDOYER POUR LA  
RESTRUCTURATION DE LA  
DETTE  
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FACE AU RISQUE DE SURENDETTEMENT EN AFRIQUE  
Le défaut récent de la Zambie sur sa dette souveraine fait planer l’ombre d’une vague imminente de restructurations  
en Afrique subsaharienne. Le choc de la Covid-19 a sensiblement accru le risque de surendettement dans plusieurs  
pays africains en exacerbant les vulnérabilités accumulées au cours de la dernière décennie. Le soutien à la liquidité,  
dans le cadre de l’initiative de suspension du service de la dette (ISSD) et les lignes de financement d’urgence ont  
apporté une aide temporaire à de nombreux pays de la région. Les problèmes de solvabilité persistent néanmoins et  
la perspective de restructurations se renforce. Dans ce contexte, la méthodologie du FMI et de la Banque mondiale  
reste l’outil le mieux adapté pour évaluer la soutenabilité des dettes pour les pays à faible revenu. Par ailleurs, le  
cadre commun pour le traitement de la dette a été récemment étendu à l’ensemble des créanciers. Compte tenu de  
l’ampleur de ses engagements financiers dans les pays africains, la participation de la Chine est essentielle. Jusqu’à  
présent, le pays a fait preuve d’un manque de transparence et d’une coopération limitée. Son engagement affiché  
dans le cadre commun de traitement de la dette reste à confirmer.  
Risque croissant pour la viabilité de la dette  
ACCROISSEMENT DE L’ENDETTEMENT PUBLIC  
Perspectives et dynamiques régionales avant la pandé-  
mie de Covid-19  
Afrique Subsaharienne  
%
PIB  
Marchés émergents et pays développés  
Augmentation du niveau de la dette  
7
0
0
0
0
0
0
À la fin des années 1990, le niveau élevé de la dette publique des pays  
émergents a laissé craindre une incapacité des États à dégager des  
ressources et à poursuivre leurs efforts pour une croissance durable et  
6
5
4
3
2
1
inclusive. Avec un possible surendettement (debt overhang ), les pays  
en développement risquaient, en effet, d’être pris dans un cercle vicieux  
où, à partir d’un certain seuil, la dette décourage l’investissement et la  
consommation, annihilant ainsi la croissance.  
Face à cette situation, l’initiative « pays pauvres très endettés »  
(
PPTE), lancée fin 1996 par le FMI et la Banque mondiale, a permis  
10  
0
un allégement de la dette dans trente-six pays, dont trente en Afrique  
subsaharienne.  
2
000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020p2022p2024p  
À l’époque, huit pays de la région étaient considérés comme  
surendettés2 tandis que sept autres étaient exposés à un risque  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : FMI WEO  
3
élevé de surendettement . Cette initiative, complétée en 2005 par  
l’initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM), impliquait  
la participation d’institutions financières multilatérales, de créanciers  
publics bilatéraux et, dans une bien moindre mesure, de créanciers  
privés. Le Club de Paris, initialement créé pour proposer un traitement  
coordonné de la dette et une résolution prévisible des crises de dette,  
a consenti d’importants efforts dans le cadre de l’initiative PPTE en  
prenant en charge environ 36 % de l’allégement.  
les préserver impliquait de maintenir de faibles niveaux d’endettement  
et des limites dans la dynamique de ré-accumulation de la dette.  
L’absence de disposition relative à cette question a constitué une  
importante lacune.  
Au lendemain de la grande crise financière (2008-2011), on a en effet  
assisté à une forte résurgence de la dette en Afrique subsaharienne.  
Le ratio de la dette publique dans la région a augmenté de 29 % du  
PIB à près de 40 % entre 2008 et 2019. Les plus fortes hausses ont été  
Ces créanciers ont ainsi procédé conjointement à une réduction de  
la valeur nette nominale de la dette (« haircut ») des pays les plus  
vulnérables, et permis un allégement de USD 100 mds en Afrique  
subsaharienne. Grâce à ces initiatives, le ratio de la dette publique des  
pays de la région a été ramené de 66 % du PIB en 2000, en moyenne, à  
près de 24 % en 2008, de sorte que l’allègement du service de la dette a  
permis une augmentation de l’investissement. Résultat : la croissance  
du PIB dans la région s’est accélérée à 5,8 % en moyenne entre 2000 et  
enregistrées en Angola (+77 pp), en Zambie (+72 pp) et au Mozambique  
e
(
+71 pp) au cours de la période. Dans la région, les 2/5 des pays  
dépassaient le ratio prudentiel d’endettement du FMI, fixé à 55 % du  
PIB . De multiples facteurs ont contribué à une faible mobilisation  
4
des ressources financières et nécessité un important financement de  
la part du secteur public. En conséquence, les ratios de dette sont  
pratiquement revenus aux niveaux antérieurs à l’initiative PPTE (la  
dette publique moyenne s’établissait à 60 % du PIB en 2000).  
2
010 (contre 2,5 % au cours de la décennie précédente). Même si les  
effets immédiats de cette initiative ont incontestablement été positifs,  
1
2
3
4
Krugman, Financing vs. Forgiving a debt overhang, Journal of development Economics (1988)  
C’est-à-dire en incapacité de répondre à leurs engagements.  
Selon le cadre conjoint FMI-Banque mondiale de soutenabilité de la dette des pays à faible revenu (CVD PFR). Voir annexe.  
Le seuil de 55 % correspond au point de référence de la dette publique (en valeur actuelle nette), utilisé dans le cadre conjoint FMI-Banque mondiale de soutenabilité de la  
dette. Il correspond à une capacité d’endettement moyenne.  
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Au niveau national, les mesures de relance de la production et du Dans l’ensemble, la part de la dette publique totale détenue par la  
7
développement ont fait grimper les dépenses publiques. Des politiques Chine dans la région est aujourd’hui estimée à 20% . Les prêts assortis  
contra-cycliques ont été mises en œuvre pour compenser la baisse des de conditions préférentielles représenteraient, selon les estimations,  
dépenses privées, due au choc consécutif à la grande crise financière 15% seulement de ce chiffre et ceux consentis aux conditions du  
de 2008-2009. Ces politiques visaient à poursuivre les réformes marché, 60 %. La majeure partie des prêts accordés par la Chine est  
pour atteindre les objectifs de développement et réaliser des projets libellée en USD dont une fraction fait également l’objet d’une garantie  
d’infrastructures, comme en témoigne la hausse des composantes de collatérale, autrement dit, les remboursements de la dette sont garantis  
l’investissement public moyen, en pourcentage du PIB pour la région par les recettes générées par les exportations de matières premières.  
(
+3 pp entre 2000 et 2015). Dans le même temps, le déficit budgétaire Toutefois, les montants et les conditions exactes des prêts accordés par  
s’est creusé, obligeant le gouvernement à contracter de nouveaux la Chine manquent de transparence. Environ 50 % des prêts octroyés  
emprunts pour financer les projets engagés. La dette peut avoir l’effet par Pékin ne seraient pas officiellement enregistrés et n’apparaîtraient  
8
d’un catalyseur sur l’investissement. Elle permet, en effet, de générer donc pas dans les chiffres du FMI et de la Banque mondiale . Cela rend  
de la croissance à long terme. Mais encore faut-il des facteurs externes l’évaluation des transactions financières bilatérales, ainsi que le suivi  
favorables pour accompagner une telle dynamique, en particulier, pour du risque d’endettement d’autant plus difficiles.  
les pays à faible revenu.  
La Chine ne fait pas partie du système de notification des pays  
créanciers (SNPC), tenu par l’OCDE, qui partage les données et opère  
Accroissement du fardeau de la dette et profils d’endettement  
plus risqués en Afrique subsaharienne  
dans un cadre plus large que celui du Club de Paris. De telles pratiques  
renforcent donc sensiblement la probabilité de mauvaises surprises  
Au-delà de l’augmentation de la dette au niveau régional, la composition  
de cette dernière a connu d’importantes modifications.  
PART DE LA DETTE PUBLIQUE EXTÉRIEURE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE  
La dette publique des pays d’Afrique subsaharienne reste détenue  
(% TOTAL)  
majoritairement par des créanciers extérieurs. L’appel à de nouveaux  
créanciers bilatéraux et le recours aux émissions sur le marché obliga-  
taire ont, néanmoins, remplacé les créanciers multilatéraux. De fait, la  
part des emprunts concessionnels a diminué au profit des créanciers  
privés et des créanciers non membres du Club de Paris.  
Crédits privés  
Bilatéral  
Obligations  
Multilatéral  
Banques commerciales  
Autres privés  
23.2  
23.3  
2
1
3.1  
6.0  
2
1
4.9  
7.6  
25.4  
18.3  
24.1  
25.4  
19.9  
23.9  
2
8.6  
Au lendemain de la crise financière, le recours au marché obligataire,  
caractérisé par les cours très élevés des matières premières et des  
taux d’intérêt durablement bas, a permis aux marchés émergents  
d’Afrique subsaharienne de se développer, offrant des opportunités  
d’investissement à haut rendement. Ce recours au marché a représenté  
une alternative aux prêts concessionnels, ces derniers étant souvent  
conditionnés à la mise en place de réformes et à une allocation ciblée  
des dépenses. Jusqu’en 2006, seule l’Afrique du Sud pouvait procéder  
à des émissions sur le marché obligataire mais, depuis, seize pays ont  
bénéficié d’emprunts obligataires souverains.  
1
7.8  
17.4  
7.5  
18.4  
7.3  
19.5  
7.7  
2
1.2  
8
.0  
7.5  
6
.9  
7
.7  
7
.9  
6.6  
20.5  
2
1.1  
1
9.9  
18.6  
18.2  
20.2  
1
8.1  
16.7  
1
6.7  
2
8.7  
28.1  
28.7  
27.3  
28.3  
29.5  
29.6  
30.5  
2
5.1  
2011  
2012  
2013  
2014  
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
5
Le marché reste néanmoins très concentré , reflétant l’hétérogénéité  
et la sélectivité de son accès. L’une des caractéristiques notables  
des émissions obligataires en Afrique subsaharienne est la relative  
indifférence des investisseurs à l’égard de l’analyse de soutenabilité  
de la dette (ASD) : certains pays (comme le Cameroun en 2015 et  
le Ghana en 2018) ont réussi à accéder au marché à des conditions  
assez favorables bien qu’ils présentaient un risque de surendettement  
d’après l’analyse de soutenabilité de la dette du FMI.  
GRAPHIQUE 2  
SOURCE : BANQUE MONDIALE (IDS)  
MONTANTS DES PRÊTS CHINOIS ACCORDÉS À L’AFRIQUE  
USD Mds  
3
0000  
Par ailleurs, la part des créanciers bilatéraux a diminué et leur  
composition a changé. La part de la dette publique extérieure des pays  
2
5000  
d’Afrique subsaharienne auprès du Club de Paris a chuté entre 2006 et  
6
2
018, passant de 50% à 30% environ du total . La Chine est devenue le  
20000  
premier créancier officiel dans la région. Les pays dont l’endettement  
vis-à-vis de la Chine est le plus élevé sont l’Angola (USD 20 mds, 45%  
de la dette publique extérieure totale), l’Éthiopie (USD 11 mds, 32% du  
total) et le Kenya (USD 7 mds, 22% du total).  
1
5000  
0000  
1
5000  
5
L’Angola, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Kenya, le Nigéria et le Sénégal représentent  
l’essentiel des émissions.  
0
6
7
Groupe de la Banque mondiale, Africa Pulse, volume 17 (avril 2018).  
2
000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018  
C. Calderón & A.G. Zeufack, Borrow with Sorrow? The Changing Risk Profile of Afrique  
subsaharienne’s debt, Policy Research Working Paper 9137, groupe de la Banque mon-  
diale, région Afrique (janvier 2020).  
GRAPHIQUE 3  
SOURCE : UNIVERSITÉ JOHN HOPKINS (CARI)  
8
S. Horn, C.M. Reinhart& C. Trebesh, China’s Overseas Lending, Working Paper 26050,  
NBER (juillet 2019).  
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1
2
concernant la dette. L’actuelle composition de la dette publique en Dans un tel contexte, la liquidité et la solvabilité (voir encadré 2 ) sont  
Afrique subsaharienne nourrit les inquiétudes quant à sa soutenabilité, de plus en plus menacées. Le choc pétrolier de 2015, qui a entraîné une  
dont le seuil s’est réduit.  
baisse des exportations, un creusement des déficits budgétaires et de  
la balance courante, ainsi que la dépréciation des monnaies, n’a fait  
qu’aggraver le problème. La dynamique de la dette s’est encore dégra-  
dée dans la région et, en particulier, dans les économies à forte activité  
Effets des conditions d’emprunt sur la dynamique de la dette  
et les besoins de refinancement extérieur  
1
3
Le cercle vertueux, selon lequel la croissance tirée par l’investissement pétrolière . En 2015, deux pays étaient en situation de surendettement  
entraînerait une stabilisation, voire permettrait une diminution du ratio et six autres présentaient un risque élevé.  
de dette sur PIB (effet de stock) et améliorerait les soldes budgétaires  
et extérieurs (effet de flux), n’a pas produit les résultats escomptés.  
Les déficits budgétaires primaires élevés ont été à l’origine de 40%  
DYNAMIQUE DE LA DETTE PUBLIQUE  
de l’augmentation du ratio de la dette des pays à faible revenu entre  
2
013 et 2019. De plus, alors que les déficits budgétaires et courants se  
sont détériorés, les conditions d’emprunt accordées par les nouvelles  
sources de financement sont moins favorables que celles des bailleurs  
de fonds traditionnels, et ont conduit à une composition plus risquée  
de la dette.  
f
d=d ×(i/(1+g )) - d × (gr/(1+g )) - d ×(π (1+gr )/(1+g ))+ α ×d  
t t-1 t t t-1 t t t-1 t t t t-  
1×  
ε×(1+i )/(1+g)-pb+f  
t t t t t  
Effet du taux d’intérêt :  
d ×(i/(1+g ))  
t-1 t t  
Les prêts et les émissions d’obligations souveraines ont en effet été  
octroyés aux conditions du marché et libellés en devises étrangères ; ils  
ont aussi été assortis de taux d’intérêt plus élevés et d’échéances  
plus courtes que ceux des prêteurs traditionnels. Ces évolutions ont  
pour résultat une dynamique négative de la dette et des risques de  
refinancement plus élevés. Selon nos estimations, les intérêts de la  
dette publique des pays d’Afrique subsaharienne se sont élevés à 5,1 %  
du PIB sur la période 2009-2018 (contre 3,2 % en 2000-2008).  
Effet de la croissance du PIB réel :  
Effet de l’inflation :  
-d ×(gr/(1+g))  
t-1 t t  
-d ×(π (1+gr )/(1+g))  
t-1  
t
t
t
f
α×d ×ε×((1+i )/(1+g))  
t-1 t t t  
Effet du taux de change :  
Avec comme variables :  
d
i
Stock de dette publique  
Taux d’intérêt nominal moyen  
Taux de croissance du PIB  
Taux d’intérêt réel  
De ce fait, la structure de la dette a mécaniquement entraîné une  
dynamique d’accumulation. Cette dernière est une fonction du solde  
budgétaire primaire, de la croissance du PIB réel, mais aussi des taux  
d’intérêt réels et du taux de change (voir encadré 1). Dans le cas  
présent, ces derniers ont significativement contribué à la dynamique  
d’accroissement de la dette publique.  
g
r
π
α
ε
Inflation  
Part de la dette libellée en devise étrangère  
Variation du taux de change (monnaie locale vs. USD)  
En raison d’une part élevée de la dette libellée en devises étrangères,  
les États d’Afrique subsaharienne sont exposés au risque de change.  
ENCADRÉ 1  
SOURCE : BNP PARIBAS  
9
Cette vulnérabilité découle du « péché originel » (endettement en  
devises) : les systèmes financiers domestiques peu profonds limitent  
les opportunités d’investissement en monnaie locale. Même si la part  
de la dette publique en monnaie nationale a quelque peu augmenté ces  
dernières années, la proportion moyenne de la dette publique libellée  
en monnaie étrangère reste prédominante . Les marchés nationaux  
restent peu développés dans la mesure où ils offrent des conditions  
Les conséquences de la crise liée à la pandémie  
La crise actuelle exacerbe les vulnérabilités de la dette en Afrique sub-  
saharienne. L’épidémie de coronavirus a, jusqu’à présent, relativement  
épargné la région mais son impact économique est considérable.  
1
0
d’émission moins favorables que les marchés internationaux. La Les perspectives de l’Afrique subsaharienne se sont dégradées sous  
dépréciation du taux de change réel (soit l’effet du taux de change l’effet de fortes pressions budgétaires et du financement extérieur.  
moins l’effet de l’inflation dans l’encadré 1) a contribué à environ 20 % Compte tenu d’une marge de manœuvre déjà très limitée dans la  
1
1
de la hausse du ratio de la dette des pays à faible revenu entre 2013 région, la soutenabilité de la dette s’est nettement détériorée.  
et 2019.  
Ralentissement de la croissance et érosion des perspectives  
budgétaires  
Les structures de dette complexes et/ou garanties par un collatéral  
compliquent également le suivi et la prévention du risque. Lorsque la  
L’Afrique subsaharienne subit les effets de la crise, comme en témoigne  
la forte contraction du PIB observée dans presque tous les pays de la  
région. Le continent devrait enregistrer sa première récession depuis  
vingt-cinq ans : d’après les prévisions du FMI, l’activité économique se  
contracterait, en moyenne, de -3 % en 2020 (contre +3,2 % en 2019).  
Le choc est sans précédent, et bien plus significatif qu’en 2009 et  
dette est garantie par un collatéral, les créanciers acquièrent la pro-  
priété des infrastructures ou des ressources naturelles en cas de dé-  
faillance du pays emprunteur (la Chine impose couramment ce type de  
garantie). Ces garanties ont des conséquences considérables en cas de  
crise car elles entraînent une diminution des recettes publiques. Cela  
va également à l’encontre du partage équitable du fardeau, principe  
centrale de l’approche des créanciers du G20.  
2
015. Les prévisions illustrent également la gravité du choc : le PIB ne  
9
1
B.Eichengreen, R. Hausmann & U.Panizza, The Pain of Original Sin (2003);  
0 C.Calderón & A.G. Zeufack, Borrow with Sorrow? The Changing Risk Profile of Subsaharan Africa’s debt, Policy Research Working Paper 9137, groupe de la Banque mondiale,  
région Afrique (janvier 2020).  
1
1
1 Ce chiffre comprend les pays non subsahariens.  
2 Cet aperçu reprend, en grande partie, les définitions et développements figurant dans un article de Charles Wyplosz sur la soutenabilité de la dette (“Debt sustainability  
assessment: Mission impossibleReview of Economic Institutions (2011).  
1
3 Angola, Nigéria, Cameroun, Congo, Guinée équatoriale, Tchad, Gabon, Soudan du Sud.  
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devrait pas retrouver les niveaux pré-pandémie d’ici 2022 et la reprise tourisme ont ainsi été privées d’une source importante de recettes  
économique des plus grandes économies de la région pourrait prendre budgétaires, de réserves de change ainsi que d’un grand nombre  
plus de temps encore (2024/2025).  
d’emplois. Les questions de sécurité et d’instabilité politique pourraient  
par ailleurs entraver la reprise du tourisme à court terme et affecter  
l’activité économique.  
Les canaux de transmission de la crise aux économies d’Afrique  
subsaharienne sont multiples. Sur le plan intérieur, l’activité des  
pays de la région a été, tout d’abord, pénalisée par l’effet négatif La chute des prix des matières premières a aussi lourdement frap les  
du confinement et des mesures de distanciation sociale. Même si la économies les plus dépendantes. Avec un prix du baril de Brent estimé  
plupart des mesures de restriction ont été levées, l’environnement à USD 43 cette année (plus de 30 % de baisse par rapport à 2019), les  
extérieur a continué de peser sur l’activité économique. L’effondrement économies à forte activité pétrolière d’Afrique subsaharienne ont été  
de la demande mondiale et la rupture des chaînes d’approvisionnement particulièrement affectées par cette dynamique : la contraction du PIB  
dans les pays développés ont freiné la production locale.  
devrait atteindre -4 % dans ces pays.  
Dans les pays à faible revenu, le secteur des services – notamment le Par son impact sur les recettes des gouvernements, le choc de  
tourisme et l’hôtellerie-restauration – a été particulièrement affecté. croissance a mis à mal le financement public. D’après les estimations,  
Avec la résurgence du virus dans les pays en développement et une les recettes publiques des pays d’Afrique subsaharienne ont chuté,  
mobilité internationale bien inférieure à son niveau habituel, les flux dans l’ensemble, de 17,5 % en valeur nominale par rapport à 2019. En  
touristiques sont restés très limités. Les économies dépendantes du parallèle, des dépenses exceptionnelles au titre des mesures sanitaires  
SERVICE DE LA DETTE EXTÉRIEURE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE  
PANDÉMIE DE COVID-19 : RÉCESSION INÉDITE  
Amortissement  
Interêt  
Encours de dette extérieure (é.d.)  
% PIB  
100  
Croissance,  
g.a., %  
Afrique Subsaharienne  
Marchés émergents et pays développés  
Monde  
%
PIB  
8
8
7
6
5
4
3
2
1
0
90  
80  
70  
60  
7
6
5
4
3
2
1
0
50  
40  
30  
20  
10  
0
-
1
2015/18  
2
008/09  
-2  
-3  
Choc pétrolier  
Grande crise  
financière  
2019/20  
Covid19  
-
-
4
5
2
010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019e2020p2021p  
0
7 08 09 10 11 12 14 14 15 16 17 18 19e 20p 21p 22p 23p 24p  
GRAPHIQUE 4  
SOURCE : FMI WEO  
GRAPHIQUE 6  
SOURCES : FMI WEO, BNP PARIBAS  
AFRIQUE SUBSAHARIENNE : VULNÉRABILITÉ EXTÉRIEURE ACCRUE  
PAYS AFRICAINS (ASS) LES PLUS ENDETTÉS  
USD Mds  
Dette externe totale (é.d.)  
Compte financier  
Compte courant  
Réserve de change  
% PIB  
50  
% PIB  
140  
Points de %  
Ratio de dette publique  
Variation 2019/20 (é.d.)  
45  
40  
35  
30  
25  
100  
1
20  
00  
80  
60  
40  
20  
0
40  
1
30  
20  
80  
20  
15  
10  
5
0
10  
60  
0
4
0
0
0
-
-
-
-
20  
40  
60  
80  
-10  
-20  
-30  
-40  
-50  
2
-
100  
0
8
09 10 11 12 13 14 15 15 17 18 19e 20p 21p  
GRAPHIQUE 5  
SOURCES : FMI WEO, BNP PARIBAS  
GRAPHIQUE 7  
SOURCES : FMI, BNP PARIBAS  
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et de protection sociale ont été engagées pour atténuer la crise. Le Ce choc sans précédent augmente en effet le coût du service de la dette  
choc sur les finances publiques a été par conséquent significatif et extérieure, exposant les pays à un risque significatif de surendettement.  
les vulnérabilités budgétaires, déjà présentes depuis 2008, se sont Le service de la dette extérieure a représenté environ 37 % des  
exacerbées.  
exportations en 2020 (contre un plafond fixé à 23 % par le FMI).  
Parmi les pays les plus endettés figurent le Cap-Vert, le Mozambique, Dans plusieurs pays, la dynamique de la dette pourrait s’infléchir. Dans  
l’Angola et la Zambie. Dans l’ensemble, les ratios de la dette devraient d’autres, le retour à une trajectoire viable semble plus incertain. Devant  
augmenter d’environ 14 points de pourcentage par rapport à 2019. Le l’impossibilité de faire face aux remboursements de la dette et/ou de  
niveau de dette du Mozambique, du Togo, du Burundi sont ceux qui refinancer cette dernière, les États ne pourraient avoir d’autre option  
augmentent le plus par rapport à l’année passée. Par conséquent, la que de faire défaut. Dans son analyse de la soutenabilité de la dette,  
situation pourrait devenir insoutenable et les mesures de la dette font le FMI identifie actuellement six pays en situation de surendettement  
ressortir à la fois des problèmes de liquidité et de solvabilité.  
(République du Congo, Mozambique, Somalie, Soudan, Zimbabwe  
et Zambie). Dans onze autres pays, les pressions subies ont porté  
le risque de surendettement à des niveaux élevés (Angola, Éthiopie,  
Kenya, Sierra Leone, Cameroun, Soudan du Sud, Burundi, Gambie, Cap-  
Vert, Ghana et Tchad).  
La charge d’intérêts devrait représenter en moyenne 32,2 % des  
recettes en 2020, voire même dépasser 76 % des recettes pour les pays  
exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne.  
Besoins de financement extérieur en hausse  
Pays en situation de surendettement  
Alors que la balance des comptes courants n’est pas près de retrouver  
son niveau antérieur au choc pétrolier, les pays d’Afrique subsaharienne  
font face à un accroissement notable de leurs besoins de financement  
extérieurs. De plus, le choc lié à la pandémie a entraîné un tarissement  
des financements extérieurs, les pays d’Afrique subsaharienne étant  
dans l’ensemble très dépendants des flux financiers en provenance de  
pays largement touchés par l’épidémie de coronavirus.  
Une analyse plus approfondie permet de différencier les pays  
susmentionnés pour mieux mesurer les enjeux. Les indicateurs de  
liquidité et de solvabilité permettent d’identifier plus précisément  
les pays exposés à un risque élevé de surendettement : les deux  
problématiques - liquidité et solvabilité - peuvent être liées mais elles  
se distinguent aussi l’une de l’autre dans certains cas.  
Les recettes de la balance courante ont diminué sous l’effet de la  
forte contraction des volumes d’échange à l’échelle mondiale. Au  
premier semestre 2020, la demande mondiale était au point mort et  
les chaînes de valeur ont été nettement perturbées. Sur l’année 2020,  
les échanges globaux auraient enregistré une contraction de l’ordre de  
PAYS AFRICAINS AVEC UN RISQUE ÉLEVÉ DE SURENDETTEMENT (2020)  
250  
225  
Zambie*  
9
,5%. Certes, la baisse des prix des matières premières a permis aux  
Ethiopie  
pays importateurs de compenser la chute des exportations. Cependant,  
dans les économies dépendantes du pétrole, les déficits de la balance  
courante se sont creusés et devraient avoir atteint en moyenne -3,8 %  
en 2020 et rester négatifs en 2021. De plus, les transferts de fonds  
des migrants ont également diminué (-20 %, selon les estimations  
en 2020), en raison d’une faible croissance économique et de niveaux  
d’emploi plus faibles dans les pays hôtes.  
2
1
1
00  
75  
50  
Problèmes de  
solvabilité  
Burundi  
Gambie  
125  
100  
Sierra Leone  
Cameroun  
Ghana  
Tchad  
7
5
Angola  
Les flux d’investissement directs étrangers (IDE), dont la tendance était  
à la baisse avant la crise, ont également connu un arrêt brutal. Même  
si le tarissement de cette source de financement pourrait n’être que  
temporaire, les IDE nets en Afrique subsaharienne devraient accuser  
un recul d’environ -20 % cette année.  
50  
Cap-Vert  
Kenya  
2
5
Sud Soudan  
0
0
3
6
9
12 15 18 21 24 27 30 33 36 39  
Service de la dette extérieure (% des exportations)  
*
en situation de surendettement  
Les perspectives des balances de base (balances courante+IDE) se sont  
donc nettement dégradées, à tel point que le déficit de financement  
extérieur dans la région devrait rester significatif ; il est estimé à  
USD 290 mds sur la période 2020-2023. Compte tenu du niveau déjà  
élevé de la dette extérieure et des réserves de change limitées (4,1 mois  
d’importations en moyenne), la marge de manœuvre pour amortir le  
choc et s’y adapter est extrêmement limitée.  
GRAPHIQUE 8  
SOURCES : FMI WEO, BNP PARIBAS  
La Zambie en est une bonne illustration : le pays conjugue en effet un  
ratio de service de la dette extérieure (en % des exportations) et des  
besoins de financement extérieur (en % des réserves de change) élevés.  
Ce pays présente à la fois un problème de liquidité et un problème de  
solvabilité. Le besoin de financement extérieur se traduit par de fortes  
pressions sur la liquidité car les réserves ne sont pas suffisantes pour  
combler l’écart entre les ressources et les besoins de financement. Le  
niveau élevé du service de la dette extérieure rapporté aux exportations  
reflète l’augmentation structurelle du fardeau de la dette extérieure.  
Le manque de liquidité de la Zambie s’est récemment matérialisé, le  
pays ayant fait défaut sur le paiement de deux coupons d’Eurobond  
en novembre 2020 et janvier 2021. Son insolvabilité nécessite une  
restructuration de la dette pour en alléger durablement le service.  
Émission de dette et refinancement  
Avec la nécessité de combler leurs déficits budgétaire et extérieur,  
les pays de la région devraient avoir à contracter de nouveaux  
emprunts pour se financer. La projection de la dette, qui s’établissait  
avant la pandémie à 56,4 % du PIB en 2020, atteindrait alors 65,6 %.  
L’amortissement de la dette extérieure représenterait globalement plus  
de 50 % des besoins de financement extérieur (estimés à USD 900 mds  
en 2020/2023) de la région.  
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Dans certains pays, le fardeau de la dette est inférieur au seuil  
indicatif fixé par le FMI (ratio du service de la dette extérieure sur  
les exportations fixé à 23 %). Cependant, même s’ils sont en capacité  
de supporter leur dette, ils ne disposent pas de réserves suffisantes  
en cas de choc. Comme indiqué plus haut, la chute des entrées de  
devises (tourisme, exportations de matières premières, etc.) ainsi  
que les pressions inflationnistes ont fortement entamé les réserves  
de change. Dans ce cas (partie supérieure du graphique 8), les lignes  
de financement d’urgence, accordées par les institutions financières  
internationales, et le rééchelonnement du remboursement de la dette  
dans le cadre de l’initiative de suspension du service de la dette (ISSD)  
permettent à ces pays de couvrir leurs besoins financiers.  
LIQUIDITÉ, SOLVABILITÉ ET SOUTENABILITÉ  
La définition la plus simple de la solvabilité est la capacité des agents  
économiques (un État, une entreprise, un ménage) à générer des  
ressources pour rembourser sa dette sur l’ensemble de la durée du  
prêt (on parle également de capacité ou aptitude à rembourser sa  
dette). Elle se distingue de la liquidité qui est la capacité, à un moment  
donné, des agents économiques à avoir ou à réunir les ressources  
nécessaires pour acquitter le service de la dette.  
On fait habituellement cette distinction pour différencier les agents  
économiques insolvables de ceux qui peuvent être confrontés  
à des contraintes de liquidité à court terme pour des raisons  
particulières (insuffisance de trésorerie temporaire et/ou difficultés  
de refinancement) mais qui conservent de bonnes capacités de  
remboursement. Cette distinction classique a été introduite pour la  
première fois par Bagehot (dans Lombard Street, a description of the  
money market).  
Dans certains pays, en revanche, le service élevé de la dette extérieure  
traduit un problème plus profond de solvabilité (partie droite du  
graphique), comme l’illustre le cas de la Zambie. Cela vaut également  
pour le Cameroun, l’Éthiopie et le Kenya (en bas à droite sur le  
graphique). Pour ces pays, l’allègement temporaire du service de la  
dette pourrait ne pas suffire pour surmonter la crise.  
Avec l’augmentation de la charge de la dette et la dépréciation du taux  
de change, le risque de refinancement pourrait se matérialiser, même si  
les conditions de financement se normalisaient. Les montants à payer  
sur les coupons sur des emprunts obligataires des États africains sont  
significatifs, avec un paiement moyen annuel estimé à USD 4 mds. Qui  
plus est, l’émission d’obligations souveraines sur les marchés pourrait  
se révéler difficile car l’enthousiasme pour les marchés émergents  
est désormais retombé. Même si les rendements souverains d’Afrique  
subsaharienne ont récemment diminué après avoir atteint un pic en mai  
Selon une définition générale plus officielle, une dette est jugée  
solvable lorsque la valeur actuelle attendue des excédents primaires  
est suffisamment élevée pour rembourser le montant de la dette,  
principal et intérêts (ou, selon une définition plus technique, lorsque la  
dette actuelle et la valeur présente actualisée de toutes les dépenses  
n’excèdent pas la valeur présente actualisée de toutes les recettes).  
Cette définition de la notion de solvabilité est donc plus précise mais  
sa dimension prospective complique sa mise en œuvre.  
En revanche, la notion de soutenabilité de la dette n’est pas aussi  
clairement définie. Selon Charles Wyplosz, elle vise à répondre à une  
question simple : à quel moment considère-t-on que la dette d’un pays  
est devenue si élevée que son service ne pourra pas être entièrement  
assuré ? En fait, lorsqu’on essaie de répondre à cette question, on se  
heurte, selon Wyplosz, à des problèmes de méthodologie et de mesure  
qui rendent l’exercice impossible (le « principe d’impossibilité »).  
2
020, ils restent en moyenne supérieurs de 17 % à leur niveau moyen  
14  
de 2019 . Certes, récemment, la Côte d’Ivoire est parvenue à émettre  
une obligation de USD 1,2 md, assortie d’une échéance de 12 ans et de  
conditions historiquement favorables. Cependant, l’économie affiche  
des fondamentaux assez solides par rapport à la moyenne régionale  
Le recours au marché pourrait, par conséquent, ne pas être une solution  
pour les pays les plus pauvres et prendra probablement du temps.  
Dans l’impossibilité de refinancer leur dette, ils pourraient considérer  
que la seule option envisageable est la restructuration. La nature  
des créanciers est, à cet égard, cruciale étant donné que leur profil  
détermine la durée et les conditions d’une éventuelle restructuration.  
Comme pour la définition de la solvabilité, celle de la soutenabilité est  
fondamentalement prospective. Elle renvoie aussi à l’idée qu’il existe  
un seuil de la dette. Enfin, la soutenabilité signifie également que  
l’État est en mesure d’assurer le service de sa dette sans demander  
un ajustement irréaliste (d’un point de vue social et politique). Cela  
renvoie à la définition donnée par le FMI, selon laquelle « une dette est  
soutenable si elle satisfait à la condition de solvabilité sans ajustement  
majeur » et aussi « compte tenu du coût de financement ».  
Le Club de Paris répond à une approche coordonnée, équitable,  
transparente et efficace du traitement de la dette entre des catégories  
définies de créanciers bilatéraux. Dans ce cadre, les opérations de  
restructuration sont menées en étroite coopération avec le FMI et  
elles s’accompagnent de programmes de réformes. Compte tenu de  
l’existence du cadre de traitement de la dette et de son bilan plutôt  
positif (voir l’initiative PPTE), on peut raisonnablement s’attendre à  
ce qu’il puisse s’appliquer dans le contexte actuel, en particulier pour  
les pays dont la dette est principalement détenue par des créanciers  
multilatéraux et bilatéraux : Burundi, Tchad, République centrafricaine,  
Cap-Vert, Gambie et Sierra Leone.  
En pratique et en première analyse, on considère que la dette est sou-  
tenable si les ratios d’endettement sont stables ou en baisse.  
La nature prospective de la soutenabilité implique une méthodologie  
très élaborée dite « analyse de soutenabilité de la dette » (ASD), outil  
le plus complet utilisé par le FMI et la Banque mondiale pour évaluer  
la capacité d’endettement des pays à faible revenu (même si le FMI/  
Banques mondiales n’ont apporté qu’une réponse partielle au principe  
d’impossibilité de C. Wyplosz). Basé sur le cadre macroéconomique  
actuel de chaque pays, l’ASD compare les indicateurs du fardeau de  
la dette selon un scénario de base et des scénarios alternatifs pour  
déterminer le risque de surendettement (voir encadré 3).  
Les négociations sur les restructurations pourraient, néanmoins,  
s’avérer plus difficiles pour les pays dont l’essentiel de la dette en 2021  
est détenu par la Chine, des créanciers non officiels et obligataires.  
Concernant les créanciers obligataires, d’après l’échéancier de l’Afrique  
subsaharienne, d’importants engagements arrivent à maturité à partir  
de 2024. En revanche, les paiements au titre du remboursement de la  
ENCADRÉ 2  
1
5
dette à la Chine représentent un montant significatif en 2020 et 2021 .  
1
1
4 Indice S&P des obligations souveraines africaines libellées en devises.  
5 Les engagements de prêt, qui ont atteint un point culminant en 2013, étaient en général assortis d’un délai de grâce de cinq à dix ans indiquant que les pays africains sont à  
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8
Compte tenu du manque de transparence des pratiques de la Chine, Le cadre sera basé sur une analyse de la soutenabilité de la dette (ASD),  
les accords de traitement de la dette pourraient se heurter à des effectuée conjointement par le FMI et la Banque mondiale, comme  
difficultés, comme le montre l’exemple de la Zambie : faute d’approche c’est déjà le cas actuellement. Le FMI adoptera une approche au cas  
coordonnée et transparente, les détenteurs privés d’obligations par cas pour décider quels pays nécessitent une restructuration, en  
ont refusé d’accorder un allégement de la dette. Devant l’absence tenant compte de l’analyse de soutenabilité de la dette et du maintien  
d’informations, les investisseurs n’ont pu évaluer le risque lié à de la disponibilité des financements nécessaires à leur croissance et  
l’opération et ont donc rejeté la demande de reprofilage de la dette leur développement à long terme.  
de la Zambie afin de ne pas supporter unilatéralement le risque. La  
De la théorie du debt overhang à l’analyse de la soutenabilité  
situation du pays est donc soumise à une forte incertitude, d’autant  
de la dette  
plus qu’aucun programme de prêt ne sera accordé par le FMI tant que  
la dette publique sera jugée non soutenable. C’est pourquoi le cadre de Le raisonnement qui sous-tend la restructuration, voire l’annulation de  
restructuration de la dette nécessite une approche adaptative.  
la dette, n’est pas nouveau. Il a été élaboré dans un cadre théorique,  
19  
désigné par l’« approche du debt overhang » . Selon celle-ci, il existe,  
dans un processus de négociation entre un débiteur et un créancier, un  
niveau de dette au-delà duquel le débiteur n’a pas intérêt à rembourser  
sa dette malgré les sanctions financières encourues (soit la théorie de  
la courbe de Laffer appliquée à la dette). Dans ce cas, mieux vaut pour  
les créanciers proposer une réduction de la dette afin d’optimiser les  
remboursements.  
Plaidoyer pour la restructuration de la dette  
Une action urgente s’impose et implique l’identification des problèmes  
liés au cadre actuel de restructuration de la dette et à la participation  
de la Chine.  
L’importance de l’analyse de soutenabilité de la dette  
La difficulté consiste ici à fixer des seuils au-delà desquels il serait  
rationnel de restructurer ou d’annuler la dette, et qui pourraient servir  
de points de référence pour tous les pays ou des groupes limités de  
pays, quel que soit le contexte économique et social.  
Cadre de restructuration de la dette  
En novembre dernier, les créanciers du G20 et du Club de Paris ont  
convenu d’un cadre permettant le traitement de la dette souveraine  
non viable (le « cadre commun pour les traitements de dette »), au-  
delà de l’initiative de suspension du service de la dette (ISSD). La mise  
en place de ce cadre répond au principe selon lequel « mieux vaut  
prévenir que guérir ».  
SEUIL ET CRITÈRES DE NIVEAU D’ENDETTEMENT DANS LE CADRE DE  
L’INITIATIVE PPTE  
Il existe en effet un large consensus sur le coût des défauts souverains  
en termes de pertes de production, directement ou indirectement, par  
le biais de divers canaux (commerce, investissement, crédit, coûts  
d’emprunt, exclusion des marchés financiers) . Étant donné la gravité  
de l’impact économique de la pandémie, d’éminents économistes ont  
non seulement appelé à suspendre le service de la dette, au moins  
pendant la durée de la pandémie (c’est l’objet de l’initiative de  
suspension du service de la dette, ISSD), mais ils ont aussi admis que  
Valeur actuelle de la dette  
publique extérieure en %  
Service de la dette extérieure  
en % (seuils indicatifs)  
1
6
Exportations  
Recettes  
Exportations  
PPTE initial  
200-250  
150  
280  
250  
20-25  
15-20  
«
la dette de nombreux pays devra être restructurée ; il n’existera  
PPTE renforcé  
17  
aucune alternative au défaut partiel négocié » . En octobre 2020,  
Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, a vivement encouragé  
les créanciers et les débiteurs à initier, dès que possible, les processus  
de restructuration, en invoquant une étude universitaire récente selon  
laquelle la restructuration après un défaut entraîne des pertes de  
PIB plus élevées (conjuguée à d’autres variables macroéconomiques)  
SEUIL ET CRITÈRES DE NIVEAU D’ENDETTEMENT DANS LE CADRE DE L’AVD  
Valeur actuelle de  
la dette publique  
extérieure en %  
Service de la dette  
extérieure  
en %  
Valeur actuelle de  
la dette publique  
totale en %  
1
8
qu’une restructuration préventive .  
Le cadre commun pour les traitements de dette a été adopté par  
les pays du G20. Il a pour objet d’assurer : 1/une large participation  
des créanciers officiels, qui ne faisaient pas auparavant partie  
du processus établi par le Club de Paris, mais aussi des créanciers  
privés ; 2/un partage équitable du fardeau entre tous les créanciers  
Soutenabili1  
PIB  
Exportations Exportations Recettes  
PIB  
Faible  
30  
40  
50  
140  
180  
240  
10  
15  
21  
14  
18  
23  
35  
55  
70  
(
en d’autres termes, les pays débiteurs devront rechercher auprès des  
Intermédiaire  
Élevée  
autres créanciers, y compris ceux du secteur privé, un traitement de la  
dette à des conditions comparables, voire plus favorables). La récente  
demande de restructuration de la dette émise par le Tchad et l’Éthiopie  
sera soumise à ce cadre commun et permettra de tester l’efficacité de  
ce processus de réduction de la dette.  
1
TABLEAU 1  
dépend de la capacité d’endettement du pays concerné  
présent confrontés à des charges de remboursement significatives (CARI, estimations de John Hopkins).  
1
1
1
1
6 Enquête de U. Das, M. Papaioannou et C. Trebesh, Sovereign debt restructurings 1950-2010 (2012)  
7 Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, Suspendre la dette des pays émergents et en voie de développement, Project Syndicate (avril 2020)  
8 Asonuma, Chamon, Erce, Sasahara, Costs of sovereign defaults: restructuring strategies and the credit investment channel (avril 2020)  
9 Eaton et Gersovitz (1981), Eaton & al (1986), Cohen & Sachs (1986), cités dans Raffinot, La dette des tiers mondes (2008)  
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9
Les méthodes d’évaluation de la soutenabilité de la dette se fondent Selon notre analyse, ces critiques et ces méthodologies alternatives  
essentiellement sur l’utilisation de seuils. Il existe un très grand nombre ne remettent pas en question l’ASD, en particulier pour les pays à  
d’études appliquées, fondées sur différentes méthodologies (arbres faible revenu. Pour ces derniers, en effet, l’intérêt des méthodes  
de décision basés sur des indicateurs macroéconomiques, signaux stochastiques est discutable. Il est plus utile selon nous de tenir compte  
d’alerte précoces, estimations économétriques) visant à sélectionner des spécificités d’un pays et de la définition élargie de la soutenabilité  
des indicateurs de risque de défaut ainsi que les seuils correspondants. (socialement acceptable) que de simuler la dynamique de la dette à  
Ces études ont fait ressortir un assez grand nombre d’indicateurs de l’aide d’un spectre des différents états de l’économie.  
risque et, dans certains cas, des valeurs de seuil différentes pour un  
Le cadre d’analyse de soutenabilité de la dette va au-delà de  
seul et même indicateur.20  
«
l’utilisation mécanique » des seuils. L’ASD donne, il est vrai, une  
Dans la pratique, les seuils de dette ont été introduits pour la première notation finale du risque de surendettement (faible, modéré, élevé) qui  
fois dans le cadre de l’initiative PPTE (voir tableau 1). Les seuils se fonde sur la comparaison des indicateurs de solvabilité avec les  
officiels actuels sont ceux utilisés par le cadre conjoint (FMI, Banque points de référence indicatifs. Cependant, le cadre inclut des tests de  
mondiale) de soutenabilité de la dette, une méthodologie d’analyse résistance, l’exercice du jugement à différents niveaux du processus  
plus flexible qui offre une granularité des seuils en fonction de la de décision et, dans une certaine mesure, les spécificités des pays  
capacité d’endettement moyenne du pays. Cependant, pour les pays concernés (voir encadré 3). De plus, le processus de notation permet  
les plus pauvres, le seuil relatif au ratio dette extérieure/PIB est resté une certaine flexibilité et il a été amélioré avec le temps aux fins  
plus ou moins le même (150 % pour l’initiative PPTE, 140 % pour l’ASD). d’affiner l’analyse.  
De même, la fourchette du ratio service de la dette/exportations n’a  
pas changé.  
Il ne fait guère de doute que pour un nombre croissant de pays  
subsahariens, la soutenabilité de la dette est menacée comme le montre  
La méthodologie ASD du FMI et de la Banque mondiale est la plus le graphique 9 (pays à risque élevé et en surendettement). L’initiative  
aboutie (cf. encadré 3). Elle a cependant fait l’objet de critiques. ISSD apportera un soulagement temporaire, mais la question de la  
Outre la difficulté à fixer des plafonds de dette appropriés, cette restructuration de la dette pourrait s’avérer nécessaire dans certains  
2
1
méthode se heurte au principe d’impossibilité . L’ASD est, en effet, cas. À cet égard, la participation de la Chine soulève des interrogations.  
une méthodologie prospective, avec un horizon très lointain. Les  
Participation de la Chine : avancées et écueils  
hypothèses macroéconomiques (croissance, inflation, solde budgétaire  
primaire, taux d’intérêt) sont non seulement incertaines par définition, Le rôle-clé de la Chine dans les circonstances actuelles rend  
mais les projections relatives à la dette publique sont très sensibles à sa participation à la restructuration de la dette subsaharienne  
ces hypothèses.  
indispensable. Cependant, l’expérience passée montre que la Chine a  
opté pour des méthodes d’allégement de la dette qui diffèrent de celles  
utilisées par le FMI ou le Club de Paris. Ces dernières se caractérisent  
par les principes de solidarité du créancier, de conditionnalité, de  
partage de l’information et de comparabilité de traitement.  
La version améliorée de l’analyse de soutenabilité de la dette répond  
en partie à la critique, en référence au principe d’impossibilité, avec  
l’introduction d’outils stochastiques (fan charts) qui fournissent « un  
spectre de résultats possibles, basés sur les propriétés stochastiques  
2
2
des données propres à un pays » . De plus, « les fan charts intègrent En revanche, le manque de transparence de la part de la Chine  
les boucles de rétroaction entre les variables macroéconomiques qui complique l’ambition d’accorder un soutien à la solvabilité des pays  
déterminent la dynamique de la dette » permettant d’apprécier la subsahariens. La difficulté à apprécier l’ampleur des prêts accordés  
persistance des chocs.  
par la Chine rend difficile l’instauration de la confiance nécessaire à  
une action collective.  
Jusqu’à présent, les fan charts ont été élaborés uniquement pour  
l’analyse de soutenabilité de la dette des pays ayant accès au marché, Les pratiques de la Chine ne répondent pas non plus au principe de  
c’est-à-dire les pays dits avancés et émergents. Plus récemment, une solidarité entre créanciers et de traitement comparable. Les accords de  
2
3
méthodologie complémentaire a été proposée . Comme la méthode traitement de la dette par Pékin sont souvent soumis à des conditions  
basée sur les fan charts, elle se fonde sur une approche stochastique de non-divulgation. Les négociations sont, la plupart du temps,  
de la dynamique de la dette mais, contrairement aux fan charts, elle menées à huis clos et sur une base bilatérale. Les clauses de garantie  
permet d’exclure, au moyen de tests de résistance, des prévisions impliquent également que les créanciers chinois pourraient bénéficier  
inhabituelles concernant des variables entourées d’une forte d’un traitement préférentiel, faussant ainsi les règles sur la séniorité  
incertitude. L’objet de cette méthodologie n’est pas de déterminer le de la dette dans l’ordre de paiement des créanciers. Les programmes  
spectre de la trajectoire de la dette (comme c’est le cas pour les fan de restructuration de la Chine sont souvent conclus parallèlement  
charts) mais de définir la distribution des probabilités de défaut pour aux programmes d’aide du FMI. Cependant, les études montrent que  
1
/ un spectre de scénarios macroéconomiques réalisables sur le plan les conditions de restructuration sont souvent plus strictes que celles  
accordées par le G20 et semblent ne pas correspondre aux critères de  
surendettement établis par le FMI.  
social et politique et 2/ un niveau donné d’endettement.  
Cette méthodologie permet ensuite d’évaluer, pour un niveau  
d’endettement donné, la taille appropriée de l’allégement de la dette L’allongement de la durée de remboursement de la dette est largement  
correspondant à une probabilité maximale de défaut. La soutenabilité utilisé, mais d’autres méthodes de restructuration comme la réduction  
de la dette est définie par le niveau d’allégement de la dette nécessaire de la valeur nominale de la dette (haircut), la diminution des taux  
ou la probabilité maximale équivalente de défaut.  
d’intérêt ou le refinancement ne font pas partie des pratiques courantes  
de la Chine. Cela a donc suscité des doutes sur les motivations réelles  
2
2
2
2
0 Voir l’enquête de U. Das, M. Papaioannou et C. Trebesh, Sovereign debt restructurings 1950-2010 (2012)  
1 Wyplosz, Debt Sustainability Assessment : Mission Impossible (2011)  
2 Voir note d’orientation du FMI sur le cadre d’analyse de soutenabilité de la dette des pays à faible revenu  
3 Guzman & Lombardi, « Assessing the Appropriate Size of Relief in Sovereign Debt restructuring » (2017), International Monetary Fund SPRDP Seminar  
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ÉVOLUTION DU RISQUE DE SURENDETTEMENT  
EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE  
PAYS ÉLIGIBLES À L’ISSD : PART DES CRÉANCIERS, 2021 (% TOTAL)  
Obligataires  
Total officiel bilatéral*  
Total officiel multilatéral  
Total non officiel*  
Chine  
Bas  
Modéré  
Haut  
Surendettement  
2
6
3
7
2
4
2
6
2
5
6
9
6
100  
90  
7
9
7
9
5
6
6
4
7
7
8
0
70  
60  
50  
40  
11  
7
1
7
1
4
1
3
1
1
4
6
10  
2
1
1
9
30  
1
0
1
5
20  
10  
0
14  
5
1
5
1
6
1
2
12  
12  
12  
1
1
9
9
6
6
5
4
2
2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020  
GRAPHIQUE 9  
SOURCES : FMI, DONNÉES DSA LIC  
GRAPHIQUE 10  
SOURCES : BANQUE MONDIALE (IDS), BNP PARIBAS  
AFRIQUE SUBSAHARIENNE : ÉCHÉANCES DES OBLIGATIONS SOUVERAINES  
PART DES CRÉANCIERS CHINOIS (% CRÉANCES TOTALES EN AFRIQUE)  
USD Mds  
Angola  
Zambie  
Seychelles  
Ethiopie  
Namibie  
Kenya  
Rwanda  
Mozambique  
Cameroun  
Autres  
13.4  
140000  
120000  
100000  
Crédits  
fournisseurs  
6
.4  
80000  
60000  
40000  
20000  
0
Eximbank  
5.3  
5
CDB  
24.8  
2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029  
GRAPHIQUE 11  
SOURCES : BLOOMBERG, BNP PARIBAS  
GRAPHIQUE 12  
SOURCES : UNIVERSITÉ JOHN HOPKINS (CARI), BNP PARIBAS  
des prêteurs chinois et alimenté les reproches quant à l’absence d’accords bilatéraux avec onze pays africains et de l’annulation des  
de soutien durable. C’est ainsi qu’est né le concept de « diplomatie prêts sans intérêt de quinze pays africains, arrivant à échéance en 2020.  
du piège de la dette »24 selon lequel la Chine utiliserait son pouvoir Pékin a, en particulier, accordé à l’Angola un moratoire de trois ans au  
financier pour accabler les pays africains sous le poids de la dette et titre du remboursement de la dette, ce qui représente un allégement  
renforcer ainsi son influence.  
considérable. Cependant, l’allégement reste temporaire et il est neutre  
en valeur nette présente (pas de réduction de la valeur faciale de la  
dette). Les pressions financières vont probablement réapparaître  
lorsque le moratoire prendra fin. Cela pose, par conséquent, la question  
de l’efficacité de l’initiative actuelle et de son adéquation aux défis  
liés à la dette en Afrique subsaharienne aujourd’hui. Même si le cadre  
commun pour le traitement de la dette a été étendu, sa capacité à  
permettre une gestion ordonnée de la crise reste à démontrer.  
L’exposition de la Chine est telle qu’il est crucial pour elle de partager  
avec les autres créanciers le principe de traitement comparable. Avec  
la crise, l’attitude la Chine évolue. Le pays semble peu à peu s’orienter  
vers un plus grand multilatéralisme, comme le montre sa participation  
à l’initiative de suspension du service de la dette du G20 en avril 2020.  
Malgré tout, la Chine reste prudente dans ses engagements. Elle ne  
classe pas, en effet, ses banques publiques – en particulier EximBank  
et CDB (qui détiennent 80 % du total des prêts en Afrique) – parmi ses  
créanciers officiels, qui sont donc exemptées des mesures de moratoire.  
Le pays négocie par ailleurs jusqu’à présent le reprofilage des prêts  
sur une base bilatérale : les déclarations officielles récentes font état  
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4 B.Chellaney, China’s Debt Trap Diplomacy (2017)  
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**  
La crise met en évidence le risque de soutenabilité de la dette dans un  
certain nombre de pays d’Afrique subsaharienne. Dans les cas où les  
pressions sur la liquidité sont les plus marquantes, la suspension du  
service de la dette et les lignes de financement d’urgence pourraient  
empêcher la concrétisation du risque de surendettement. En revanche,  
pour les pays exposés à des problèmes de solvabilité, la restructuration  
de la dette pourrait s’avérer inévitable. La dette publique doit, en effet,  
être ramenée à des niveaux soutenables pour ne pas compromettre la  
croissance à long terme. Ainsi, une restructuration préventive serait  
préférable à une action curative.  
La décision de restructurer une dette repose sur des analyses de  
soutenabilité (ASD) menée conjointement par le FMI et la Banque  
Mondiale. La méthodologie soulève des questions théoriques et  
pratiques. Elle repose fondamentalement sur le dépassement de seuils  
d’alerte dans différents scénarios, et il existe toujours un risque de  
conclure à tort à la non éligibilité de certains pays à la restructuration.  
De plus, de par sa nature prospective, l’évaluation de la soutenabilité  
de la dette est rendue très difficile compte tenu de l’incertitude actuelle  
sans précédent. L’ASD reste néanmoins l’outil le plus abouti car il prend  
en compte des spécificités des pays.  
Au-delà de l’ASD, le cadre de restructuration de la dette pourrait se  
heurter à des défauts pratiques. L’histoire montre, jusqu’à présent, qu’il  
est possible de mobiliser les créanciers avec succès. Actuellement,  
la participation de la Chine à ce processus est sans précédent et  
essentielle pour certains pays d’Afrique subsaharienne afin qu’ils  
évitent de faire défaut sur la dette.  
Jusqu’à présent, la Chine faisait preuve de peu de transparence sur ses  
engagements et les restructurations qu’elle a accordées ne répondaient  
pas au principe de solidarité entre créanciers et de comparabilité de  
traitement. Avec la crise, elle fait preuve d’une meilleure volonté de  
coopération. Les premières demandes de restructuration présentées  
par le Tchad et l’Éthiopie, qui seront traitées dans le nouveau cadre  
commun pour le traitement de la dette, constitueront un test pour  
juger de l’efficacité du cadre commun et de la coopération effective de  
l’ensemble des créanciers.  
Achevé de rédiger le 11 février 2021  
françois.faure@bnpparibas.com  
perrine.guerin@bnpparibas.com  
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ANALYSE DE LA SOUTENABILITÉ DE LA DETTE DES PAYS À FAIBLE REVENU  
Le cadre de soutenabilité de la dette (CSD) des pays à faible revenu, élaboré conjointement par le FMI et la Banque mondiale, a pour objectif d’appuyer  
les efforts de ces pays pour atteindre leurs objectifs de développement tout en réduisant le plus possible le risque de surendettement. L’analyse de la  
soutenabilité de la dette (ASD) est l’outil sur lequel s’appuie le CSD pour évaluer le risque de surendettement en tenant compte de la capacité d’un  
pays à supporter son niveau d’endettement et le fardeau de sa dette, sur la base de projections d’un scénario de référence et de scénarios alternatifs. Il  
est centré sur la dette extérieure publique et publiquement garantie (PPG). L’ASD donne une notation finale du risque de surendettement, basée sur une  
méthodologie très rigoureuse, pouvant être adaptée et calibrée en fonction de l’expérience de chaque pays.  
Composantes : scénarios macroéconomiques, indicateurs de la dette et du service de la dette, et seuils  
La méthodologie de l’ASD se fonde sur un scénario de référence macroéconomique prospectif, vérifié par des outils de réalisme (realism tools). Le scénario  
de référence est complété par de nombreux tests de résistance : ces scénarios alternatifs sont normalisés, adaptés ou même entièrement personnalisés  
pour les pays sur lesquels on ne dispose pas de données ou présentant des risques très spécifiques comme une guerre ou une crise sanitaire. Le  
classement des pays s’effectue tout d’abord à partir du scénario de référence pour évaluer leur capacité d’endettement moyenne sur la base du niveau  
de la dette publique et du service de la dette. En particulier, les données historiques (plus de cinq ans) et les prévisions (plus de cinq ans) de certaines  
variables du cadre macroéconomique permettent d’attribuer une note, qui, à son tour, définit les seuils des indicateurs de la dette et du service de la  
dette.  
Outils : construction de signaux de surendettement intermédiaire  
Dans le scénario de référence et les scénarios alternatifs, la comparaison entre les indicateurs d’endettement extérieur futur estimé (projection de dix  
à vingt ans) et les seuils fournit un signal de base sur le risque de surendettement. Pour les scénarios alternatifs, la méthodologie privilégie le scénario  
de la prévision la plus pessimiste.  
Un premier signal de base sur le risque de surendettement extérieur est déterminé en fonction des règles de décision suivantes :  
Faible si aucun indicateur d’endettement ne dépasse le seuil fixé dans le scénario de référence et dans les scénarios alternatifs (même les plus  
extrêmes),  
Modéré si aucun indicateur ne dépasse son seuil dans le scénario de référence mais qu’au moins un indicateur dépasse son seuil dans les tests de  
résistance,  
Élevé dès qu’un indicateur dépasse son seuil dans le scénario de référence.  
Un deuxième signal de base sur le risque de surendettement global est calculé en conjuguant le premier signal découlant des indicateurs de la dette  
extérieure et une règle de décision pour la dette PPG totale. Pour les pays ayant accès aux financements de marché, le signal de risque de base est  
complété par un signal qui reflète les tensions du marché financier, telles que mesurées par les besoins de financement public anticipés (en pourcentage  
du PIB) et par la prime de risque souverain. Ces deux indicateurs sont mesurés par l’écart par rapport aux valeurs de référence.  
Affinement des résultats : recours au jugement expert  
Des ajustements experts sont apportés pour compléter l’analyse basée sur des signaux et affiner l’évaluation à l’aide de facteurs qui ne sont pas néces-  
sairement retenus dans le modèle. Cela permet :  
de ne pas tenir compte des dépassements temporaires et marginaux des seuils,  
une évaluation supplémentaire de la capacité de remboursement en devises en cas de risque élevé de surendettement en vue d’identifier un éven-  
tuel conflit entre l’austérité budgétaire, imposée par la maîtrise de l’endettement et le remboursement de la dette extérieure ou si la part de la dette  
des non-résidents peut représenter une source potentielle d’érosion des réserves de change,  
une évaluation supplémentaire du risque potentiel découlant des pressions sur les financements de marché, des obligations contingentes et de la  
liquidité des actifs,  
de tenir compte du coût potentiel de facteurs spécifiques ne figurant pas dans la méthodologie (ex : violence endémique, guerre, mise en commun  
de réserves de change, etc.) et de contraintes à long terme pouvant justifier un dépassement persistant du seuil (ex : épuisement des ressources  
naturelles, vieillissement de la population, etc.).  
Finalisation : notation finale  
L’évaluation finale du risque de surendettement est présentée sous forme de classement final : faible, modéré, élevé, matérialisation du surendettement  
(
ex : restructuration de la dette, arriérés). De plus, un test de résistance final est réalisé pour déterminer la marge de manœuvre dont dispose le pays  
pour absorber un choc sans dépassement des seuils.  
Verdict : évaluation de la soutenabilité de la dette  
La non-soutenabilité de la dette implique que, dans le scénario de référence, un ou plusieurs indicateurs dépassent leurs seuils respectifs dès le début de  
la période de projection et sont susceptibles de continuer à se dégrader. Dans les cas où les indicateurs s’amélioreraient, l’exercice du jugement expert  
permet d’examiner la période, la gravité, la durée et la nature (liquidité vs insolvabilité) du dépassement ainsi que le degré de confiance dans le scénario  
macroéconomique.  
En général, l’évaluation de la non-soutenabilité de la dette doit être plus large que l’analyse technique de la soutenabilité ; la soutenabilité implique que  
les mesures de politique économique visant à stabiliser la dette dans le scénario de référence sont politiquement faisables, socialement acceptables et  
compatibles avec la préservation de la croissance à un rythme satisfaisant, tout en permettant des progrès vers les objectifs de développement durable  
(
ODD). À l’inverse, lorsqu’un pays est en situation de matérialisation du surendettement et que les autorités ont élaboré un plan d’ajustement et/ou décidé  
de restructurer leur dette, les critères techniques de l’ASD doivent être respectés conformément au cadre de traitement de la dette.  
ENCADRÉ 3  
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RECHERCHE ÉCONOMIQUE GROUPE  
William De Vijlder  
Chef économiste  
+
33 1 55 77 47 31  
william.devijlder@bnpparibas.com  
ECONOMIES AVANCEES ET STATISTIQUES  
Hélène Baudchon  
France - Marché du travail  
Jean-Luc Proutat  
Responsable - Etats-Unis  
+
+
+
+
+
+
+
+
33 1 58 16 73 32  
33 1 58 16 03 63  
33 1 57 43 02 91  
33 1 43 16 95 52  
33 1 43 16 95 52  
33 1 55 77 71 89  
33 1 42 98 53 99  
33 1 43 16 95 56  
jeanluc.proutat@bnpparibas.com  
helene.baudchon@bnpparibas.com  
louis.boisset@bnpparibas.com  
Louis Boisset  
Banque centrale européenne, synthèses conjoncturelles zone euro, Japon  
Frédérique Cerisier  
Zone euro (gouvernance européenne et finances publiques)  
frederique.cerisier@bnpparibas.com  
hubert.debarochez@bnpparibas.com  
guillaume.a.derrien@bnpparibas.com  
raymond.vanderputten@bnpparibas.com  
tarik.rharrab@bnpparibas.com  
Hubert de Barochez  
Royaume-Uni, pays nordiques  
Guillaume Derrien  
Espagne, Portugal  
Raymond Van Der Putten  
Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Suisse - Energie, climat - Projections  
Tarik Rharrab  
Statistiques  
ECONOMIE BANCAIRE  
Laurent Quignon  
Responsable  
+
33 1 42 98 56 54  
laurent.quignon@bnpparibas.com  
Laure Baquero  
Céline Choulet  
Thomas Humblot  
+33 1 43 16 95 50  
+33 1 43 16 95 54  
+33 1 40 14 30 77  
laure.baquero@bnpparibas.com  
celine.choulet@bnpparibas.com  
thomas.humblot@bnpparibas.com  
ECONOMIES EMERGENTES ET RISQUE PAYS  
François Faure  
Responsable, Argentine  
+
+
+
+
+
+
+
+
+
33 1 42 98 79 82  
33 1 42 98 56 27  
33 1 42 98 02 04  
33 1 42 98 26 77  
33 1 42 98 43 86  
33 1 43 16 95 51  
33 1 42 98 33 00  
33 1 42 98 74 26  
33 1 58 16 05 84  
francois.faure@bnpparibas.com  
christine.peltier@bnpparibas.com  
stephane.alby@bnpparibas.com  
stephane.colliac@bnpparibas.com  
perrine.guerin@bnpparibas.com  
pascal.devaux@bnpparibas.com  
helene.drouot@bnpparibas.com  
salim.hammad@bnpparibas.com  
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Adjointe – Grande Chine, Vietnam, Afrique du Sud  
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Afrique francophone  
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Turquie, Ukraine, Europe centrale  
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Afrique lusophone et anglophone  
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Moyen-Orient, Balkans  
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