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Espagne : plan de relance national, une montée en puissance contrariée.

10/11/2022

Avec près de EUR 19 mds débloqués entre le début de l’année 2022 et la mi-septembre, un tiers de plus qu’à la même époque en 2021, le plan de relance et de résilience national en Espagne monte en puissance. Certains obstacles à sa mise en œuvre sur le terrain demeurent néanmoins.

Transcription

Le gouvernement espagnol publie chaque semaine un court bulletin résumant les dernières avancées du plan de relance et de résilience national, ainsi que les montants engagés. Au total, près de 19 mds d’euros ont été débloqués entre le début de l’année 2022 et la mi-septembre pour ce programme. Cela représente une hausse d’un tiers par rapport à la même période l’an passé.

Au total, les fonds alloués pour l’année 2022 devraient s’élever à 28 mds, contre 22,1 mds en 2021. De ce point de vue, on constate une montée en puissance qui devrait se poursuivre en 2023. Pour rappel, le plan de relance espagnol prévoit le déploiement de 70 mds d’euros entre 2021 et 2026. Il comprend trois grands axes économiques : la transformation verte, la transformation digitale, la cohésion sociale et territoriale.

Les sommes du plan de relance provenant pour la quasi-totalité du fonds Next Generation EU, elles se sont accrues en ligne avec ce dernier. L’Espagne a en effet déjà reçu 31 mds d’euros en subventions directes de la part de l’Union européenne, soit plus de 40% de la somme totale allouée d’ici à 2026.

Une somme importante donc. L’Espagne est d’ailleurs le pays qui a reçu, à ce jour, le plus de subventions via ce mécanisme européen, loin devant l’Italie notamment. Nadia Calvino, ministre de l’Économie et première vice-présidente du gouvernement, officialisera très prochainement la demande de l’Espagne auprès de la Commission européenne pour l’obtention d’une nouvelle tranche de EUR 6 mds, qui devrait ainsi être versée d’ici à la fin de l’année.

Dans le même temps, le gouvernement a finalisé sa stratégie en dévoilant, en mai dernier, les deux derniers volets du programme PERTE, qui est une partie structurante du plan de relance. Ce programme, qui désigne un partenariat entre le public et le privé, vise à investir massivement dans 11 secteurs considérés comme stratégiques et capables de générer de la croissance à moyen et long terme. Cela inclut notamment des investissements importants dans le développement d’une filière de semiconducteurs, de véhicules électriques, ou encore de l‘hydrogène.

Malgré une feuille de route clairement établie désormais, le plus dur reste à venir. Des problèmes dans l’utilisation de ces fonds émergent régulièrement notamment. Derniers problèmes en date, le projet de construction d’une grande usine de batterie dans la région de Valence qui est actuellement chahuté, le gouvernement n’étant pas parvenu jusqu’ici à rassembler tous les financements attendus lors de la signature de l’accord en mai dernier.

Jusqu’ici les effets de ce plan sur l’investissement au niveau agrégé sont peu visibles. La formation brute de capital fixe a certes progressé cette année mais elle accuse encore un déficit important par rapport à son niveau d’avant-Covid.

Si le plan de relance peut jouer un rôle contracyclique face au choc économique actuel, il n’a pour l‘heure pas permis d’enclencher une véritable dynamique de hausse de l’investissement. Le renforcement attendu des fonds du plan de relance en 2023 donnera des indications plus précises sur l’impact réel de ce programme sur le terrain. 

LES ÉCONOMISTES EXPERTS AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE
Guillaume DERRIEN
Equipe : Economies OCDE