EcoFlash

Marché du travail français : perspectives 2021

ECO FLASH  
N°21-09  
6 mai 2021  
MARCHÉ DU TRAVAIL FRANÇAIS : PERSPECTIVES 2021  
Hélène Baudchon  
En 2021, une hausse de l’emploi et du taux de  
TAUX DE CHÔMAGE FRANÇAIS ET AMÉRICAIN  
chômage est attendue mais l’incertitude quant  
à son ampleur est grande. Le risque est que  
cette remontée soit limitée pour l’emploi et  
importante pour le taux de chômage.  
%
5
4
de la population active  
France  
1
1
1
Etats-Unis  
3
1
2
La croissance de l’emploi sera soutenue par  
le plan France Relance. L’ampleur de son  
redressement est néanmoins pour partie liée à  
la vigueur de la reprise.  
1
1
1
0
9
8
7
6
5
4
3
Mais elle restera aussi, et surtout, contrainte  
par l’effet retardé de la chute massive de l’ac-  
tivité en 2020, l’augmentation des défaillances  
d’entreprises, l’hétérogénéité sectorielle, le  
retour en activité des personnes en chômage  
partiel et les efforts de reconstitution des gains  
de productivité et des marges des entreprises.  
97  
99  
01  
03  
05  
07  
09  
11  
13  
15  
17  
19  
21  
SOURCES : INSEE, BLS, BNP PARIBAS  
GRAPHIQUE 1  
1
Après une année 2019 déjà remarquable , les résultats du marché du travail en 2020 l’ont été  
plus encore compte tenu du choc récessif massif qui a frappé l’économie française. Dans un  
premier article, nous avons dressé le bilan de cette année si particulière, caractérisée par un  
S’agissant du taux de chômage, à l’incertitude  
portant sur la dynamique de l’emploi s’ajoute  
celle sur la population active. Se pose  
également la question du profil de la hausse  
du taux de chômage en 2021 : continue ou  
2
impact de la crise Covid-19 sur le marché du travail bien moins marqué que sur le PIB .  
À quoi faut-il s’attendre en 2021 ? Le marché du travail surprendra-t-il encore par sa bonne  
tenue ? On ne peut l’exclure mais, pour l’heure, les perspectives sont mitigées. Si un redressement  
de l’emploi salarié est anticipé, une remontée du taux de chômage est également attendue. En  
outre, l’incertitude est grande quant à l’ampleur de ces évolutions. Plus exactement, la balance  
des risques penche du côté d’une hausse limitée de l’emploi et d’une hausse importante du taux  
de chômage. Cet article fait le point sur les soutiens et les freins à l’œuvre.  
«
en cloche » ? Le scénario le plus probable  
est celui d’une hausse continue, marquée au  
premier semestre et s’atténuant au second.  
REDRESSEMENT DE L’EMPLOISALARIÉ : OUI,MAIS DE QUELLE AMPLEUR?  
S’agissant des perspectives d’emploi, il ne fait guère de doute qu’un redressement s’amorcera  
en 2021. La question porte sur son ampleur. On peut raisonnablement s’attendre à une variation  
positive en glissement annuel fin 2021. Mais le redressement, tout au long de l’année, sera-t-  
il suffisamment important pour que l’emploi retrouve son niveau d’avant-crise à cet horizon ?  
Pour qu’en moyenne la variation soit assortie d’un signe positif ? Ce serait déjà le signe d’une  
Si un retour à meilleure fortune du marché  
du travail français (au sens défini par le  
gouvernement dans le cadre de la réforme de  
l’assurance-chômage) est improbable en 2021, amélioration significative. Pourrait-elle effacer le terrain perdu en 2020 (328 000 destructions  
d’emplois salariés en moyenne) ? Autant il est possible de répondre par l’affirmative aux deux  
premières questions, autant la dernière hypothèse paraît improbable.  
2
022 est un horizon réaliste.  
1
2
EcoFlash, France : les résultats remarquables du marché du travail en 2019, n°2, 28 février 2020  
EcoFlash, Marché du travail français : bilan 2020, n°6, 30 mars 2021  
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2
Les prévisions du gouvernement illustrent bien les différences entre  
les messages véhiculés par les chiffres selon qu’ils sont présentés en  
ESTIMATIONS DE L’IMPACT SUR L’EMPLOI DES RÉFORMES  
3
glissement ou en moyenne . En 2021, le signal le plus positif est en-  
voyé par la variation de l’emploi en glissement annuel, tandis qu’en  
En milliers (hors prise en compte du financement)  
Mesures fiscales du quinquennat  
2
022 c’est la moyenne annuelle. Le tableau 1 ci-contre reprend ces  
490  
460  
5
00  
00  
00  
prévisions : les plus récentes, établies pour l’édition d’avril 2021 du  
programme de stabilité (PStab), et les précédentes datant d’octobre  
PACTE  
400  
Réforme 100% Santé  
PIC  
4
350  
2
020, pour le budget 2021. Ce tableau donne une autre illustration de  
Assurance chômage*  
Ordonnances travail** 260  
Effet total  
la surprise favorable concernant l’évolution de l’emploi en 2020, les  
destructions observées étant un peu plus de deux fois moindres, en  
glissement annuel, que celles prévues. L’emploi étant tombé moins bas  
en 2020, il rebondit moins haut, en glissement annuel fin 2021, selon  
les nouvelles prévisions du PStab. L’effet d’acquis moins négatif permet  
toutefois à la moyenne annuelle 2021 de s’inscrire en territoire positif,  
mais de peu.  
3
2
00  
100  
0
130  
40  
Si l’on s’attend à un redressement limité de l’emploi en 2021, c’est  
parce que les facteurs de soutien sont moins nombreux que les freins,  
mais aussi moins forts. La liste des vents porteurs comprend, certes,  
le rebond attendu de la croissance. Comptent également les effets  
spécifiques du plan Jeunes et ceux, plus globaux, du plan France  
Relance (+240 000 emplois à l’horizon 2022 et +120 000 à long terme,  
d’après les estimations du gouvernement dans le rapport économique,  
social et financier adossé au budget 2021). S’ajoutent les effets des  
réformes précédemment engagées (cf. graphique 2). L’incertitude reste  
néanmoins grande quant à la vigueur de la reprise comme à l’ampleur  
des effets des mesures de soutien, ainsi que le contenu en emplois de  
la reprise, ce qui constitue un premier bémol. L’enquête 2021 de Pôle  
emploi sur les besoins de main d’œuvre des entreprises, publiée début  
mai, envoie toutefois un signal très encourageant, avec 2,72 millions  
-
100  
2018  
2019  
2020  
2021  
2022  
2025  
2027  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : DG TRÉSOR (PSTAB AVRIL 2021), BNP PARIBAS  
*
L’évaluation ne prend pas en compte le nouveau calendrier de la réforme de  
l’assurance chômage. Elle a été réalisée sur la base des modalités et du calendrier  
initiaux de la réforme.  
*
* Les mesures des ordonnances « travail » évaluées sont celles portant sur la  
protection de l’emploi. Leur effet n’apparaît qu’à long terme. En deçà de 2027, les  
effets sont très incertains, non représentés ici.  
PRÉVISIONS D’EMPLOI SALARIÉ MARCHAND  
NON AGRICOLE DU GOUVERNEMENT  
PStab 2021  
Budget 2021  
4
projets de recrutement, soit 30 000 de plus qu’en 2019 .  
2020  
2021  
2022  
Glissement annuel  
Moyenne annuelle  
Glissement annuel  
Moyenne annuelle  
Glissement annuel  
Moyenne annuelle  
-352 000  
-750 000  
APRÈS UNE BAISSE LIMITÉE, UN REBOND LIMITÉ?  
-258 000  
+100 000  
+15 000  
-395 000  
+325 000  
-125 000  
S’agissant du contenu en emplois de la croissance, il devrait être  
limité par les efforts de redressement des gains de productivité et des  
marges des entreprises. Compte tenu de la détérioration des uns et  
des autres, due à la crise Covid-19, on peut imaginer que les efforts  
de reconstitution seront importants. Or, plus ils le seront, moins le  
redressement de l’emploi sera marqué.  
+145 000  
+220 000  
Le contenu en emplois devrait être également limité par l’effet du  
«
retour des chômages partiels ». Le dispositif s’est montré efficace  
pour contenir les destructions d’emplois face au choc récessif massif.  
Cette efficacité est une bonne nouvelle mais elle n’est pas sans poser  
questions. On peut, en effet, se demander à quel point, en limitant les  
destructions d’emplois pendant la crise, elle limite aussi les créations  
pendant la reprise, et si cet arbitrage est préférable à son opposé,  
observé notamment aux États-Unis (marché du travail livré à lui-  
même et au jeu de la flexibilité, se traduisant par plus de destructions  
suivies de plus de créations).  
TABLE AU 1  
SOURCES : GOUVERNEMENT, BNP PARIBAS  
De plus, le laissez-faire américain a ses limites. Les créations d’emplois  
depuis mai 2020 sont certes impressionnantes (14 millions), mais le  
choc de la crise a été tel que le déficit d’emplois reste conséquent  
(
8 millions d’emplois manquent en mars 2021 par rapport au niveau  
d’avant-crise, le terrain perdu est rattrapé à 63%), sans parler du  
retour à la trajectoire d’avant-crise. Le taux de chômage américain  
se situe encore près de 3 points au-dessus de son niveau d’avant-  
crise (cf. graphiques 1 et 2). Le taux d’activité a également baissé. En  
France, pour rappel et comparaison, environ 300 000 emplois salariés  
manquent au T4 2020 par rapport au T4 2019, 60% du terrain perdu a  
été rattrapé et le taux de chômage est 0,1 point inférieur à son niveau  
d’avant-crise.  
S’agissant de la France, la réponse est, sans trop d’hésitations,  
positive : cet arbitrage, qui préserve le capital humain, est préférable  
compte tenu du mode de fonctionnement et de la rigidité du marché  
du travail français. Pour le FMI (2021), quel que soit le pays, l’efficacité  
des dispositifs de rétention de main d’œuvre ne fait pas de doutes,  
y compris pour atténuer le choc de la crise de la Covid-19 et ses  
5
séquelles sur l’emploi .  
5
FMI, “Recessions and Recoveries in Labor Markets: Patterns, Policies, and Responses to the Covid-19 Shock”, World Economic Outlook, Chapter 3, avril 2021  
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3
Pour amortir le choc de la crise sur les revenus des ménages, faute  
aussi de disposer des mêmes stabilisateurs automatiques, la réponse  
budgétaire américaine a été de nature différente : de ce côté-ci de  
l’Atlantique, la préservation des revenus des ménages est, notamment,  
passée par celle de l’emploi via le recours massif à l’activité partielle ;  
de l’autre côté, elle est passée par l’augmentation importante des  
indemnités chômage ainsi que par la distribution directe de chèques6  
Si l’importance des moyens engagés côté américain peut légitimement  
impressionner, elle soulève la question des résultats : sont-ils à la  
hauteur des sommes injectées ? S’agissant du premier train de mesures,  
Cohen-Setton et Pisani-Ferry (2020) répondent par la négative : en  
termes d’efficacité des mesures, la comparaison tourne à l’avantage  
EMPLOI SALARIÉ NON AGRICOLE EN FRANCE ET AUX ÉTATS-UNIS  
Millions  
5.4  
2
155  
50  
France (é.g.)  
Etats-Unis (é.d.)  
.
25.2  
25.0  
1
145  
140  
135  
130  
125  
2
4.8  
4.6  
4.4  
4.2  
4.0  
23.8  
2
2
7
de la France .  
2
Pour en revenir aux vents contraires, entrent également en ligne de  
compte l’effet retardé du choc récessif massif de 2020, les surcoûts  
liés à la crise et, parmi ses séquelles, l’impact du surcroît attendu  
de défaillances. Celui-ci est estimé par l’OFCE (2020a) à 180 000  
2
2
007  
2009  
2011  
2013  
2015  
2017  
2019  
2021  
8
destructions d’emplois salariés en 2021 , un résultat qui corrobore  
GRAPHIQUE 3  
SOURCES : INSEE, BLS, BNP PARIBAS  
celui avancé par Banerjee et al. (2020), pour l’ensemble des pays  
développés. Selon les auteurs, l’impact d’une crise sur le marché  
du travail est plus important lorsque cette crise s’accompagne  
DÉCOMPOSITION FACTORIELLE DES VARIATIONS  
DE L’EMPLOI SALARIÉ (EN MILLIERS, GLISSEMENT FIN D’ANNÉE)  
9
de faillites d’entreprises d’une ampleur similaire . Banerjee et al.  
trouvent également qu’une récession dite déséquilibrée (les faillites  
d’entreprises sont concentrées dans certains secteurs en particulier)  
tend à être plus longue et profonde, et à impacter plus négativement le  
marché du travail. Or, ce schéma correspond à la crise de la Covid-19,  
dont l’hétérogénéité de l’impact sectoriel est un marqueur fort.  
Fin 2020  
Fin 2021  
Emploi salarié – effet net total  
Effet d’activité  
-790  
-3  
-2 502  
-199  
1 587  
35  
La reprise de l’emploi salarié devrait être également freinée par le fait  
que les secteurs tertiaires les plus affectés par la crise (hébergement-  
restauration, services récréatifs, transports) sont d’importants  
employeurs (15% de l’emploi total en 2019 pour 10% de la VAB). Dès  
que les contraintes sanitaires seront durablement levées, on peut  
certes imaginer que l’activité y reparte vite et les embauches avec.  
Encore faut-il que les défaillances d’entreprises dans ces secteurs  
restent contenues (et/ou que de nouvelles entreprises remplacent  
rapidement les anciennes) et que les entreprises retrouvent facilement  
la main d’œuvre nécessaire. Ce qui n’est pas acquis.  
Effet de structure sectorielle  
Effet des mesures prophylactiques  
Effet des mesures pour l’emploi  
Activité partielle  
200  
-150  
-1 341  
-1 390  
49  
1 719  
1 636  
Autres (emplois aidés, garantie jeunes, service  
civique, alternance, prime à l’embauche)  
8
3
0
S’ajoute, enfin, la question, plus globale, de la remise en cause, dans  
le monde post-crise marqué notamment par l’enjeu climatique,  
de certains business models. Les crises sont certes des occasions  
de renouveau, de destruction créatrice, avec un effet net positif sur  
l’emploi in fine. Mais il faut pour cela que le processus de réallocation  
du capital humain et les procédures de reconversion professionnelle  
fonctionnent vite et bien, un autre point souligné par Banerjee et al..  
Des efforts déployés par le gouvernement français vont dans ce sens.  
Effet des faillites  
-180  
45  
Emplois non marchands  
-8  
TABLE AU 2  
SOURCES : OFCE (2020B), BNP PARIBAS  
d’emplois salariés par rapport au T4 2019 versus -790 000). Avec un  
point de départ moins négatif, même si l’effet net reste nul, le point  
d’arrivée passe, symboliquement, en territoire positif. L’estimation des  
effets des mesures pour l’emploi en 2021 est probablement aussi trop  
2
021 est un horizon trop court pour pouvoir juger s’ils seront suffisants  
et efficaces. Les effets se jouent à long terme mais il faudra veiller à ce  
qu’ils soient au rendez-vous.  
En résumé, le tableau 2 reprend les estimations de l’OFCE (2020b) de basse. Le facteur « activi partielle » ne jouera pas aussi négativement  
1
0
l’effet combiné sur l’emploi de la plupart des facteurs susmentionnés . (voire positivement) compte tenu de la prolongation du dispositif et de  
Le message n’est pas très optimiste au regard de l’effet net nul attendu à la préservation des emplois qui en découle. Le soutien des « autres  
l’horizon de la fin 2021. On le relativisera en notant que les estimations facteurs » pourrait aussi être plus important, certaines des mesures  
datent de la fin 2020 et n’intègrent donc pas des chiffres pour le T4 estimées ayant été depuis renforcées et d’autres mesures favorables à  
2
020, nettement moins négatifs qu’estimés (-284 000 destructions  
l’emploi peuvent s’y ajouter.  
6
7
8
9
Cf. Jean-Luc Proutat, « Etats-Unis : Le plan de relance américain va-t-il trop loin ? » EcoFlash 21-05, mars 2021  
Jérémie Cohen-Setton et Jean Pisani-Ferry, “When More Delivers Less: Comparing the US and French Covid-19 Crisis Responses”, PIIE policy brief n°20-9, juin 2020  
Eric Heyer, 2020(a) « Défaillances d’entreprises et destructions d’emplois – Une estimation de la relation sur données macro-sectorielles », Revue de l’OFCE n°168, octobre  
Deux ans après la crise, la hausse du taux de chômage est alors trois fois plus importante (Ryan Banerjee, Enisse Kharroubi et Ulf Lewrick, « Bankruptcies, unemployment and  
reallocation from Covid-19 », bulletin de la BRI, n°31, 9 octobre 2020).  
1
0 OFCE, 2020(b), Evaluation au 11 décembre 2020 de l’impact économique de la pandémie de Covid-19 en France et perspectives pour 2021, policy brief n°81, 11 décembre ;  
Bruno Ducoudré et Eric Heyer, 2020(c), Quel rebond de l’emploi en 2021 ?, le blog de l’OFCE, 18 décembre  
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4
À QUELLE HAUSSE DU CHÔMAGE FAUT-IL S’ATTENDRE ?  
LES DEUX NOUVELLES JAUGES POUR ÉVALUER LA SANTÉ  
DU MARCHÉ DU TRAVAIL FRANÇAIS  
S’agissant du taux de chômage, l’incertitude sur l’ampleur de sa  
remontée en 2021 est double : elle porte à la fois sur l’ampleur du  
redressement de l’emploi et de la population active. Le risque est  
que le taux de chômage augmente fortement, sous l’effet combiné  
d’un redressement limité de l’emploi et d’un autre important de la  
population active. Le rebond de cette dernière pourrait, en effet, être  
marqué, porté par le retour sur le marché du travail des personnes  
découragées et de celles qui avaient été empêchées de chercher un  
emploi pendant la crise et les périodes de confinement en particulier.  
Les deux écarts se lisent dans le même sens :  
un écart positif (négatif) est bon (mauvais) signe  
0
.6  
.4  
.2  
.0  
-0.2  
0
0
0
-
-
0.4  
0.6  
Les rangs des chômeurs (comme ceux des entreprises défaillantes)  
risquent également de grossir lorsqu’ils seront privés de l’effet  
amortisseur des mesures d’urgence et, en particulier, de celui de  
l’activité partielle. On peut toutefois espérer que la hausse restera  
contenue dès lors que la perfusion des aides ne sera interrompue  
que lorsque les conditions économiques le permettront. En d’autres  
termes, si retrait il y a, c’est que la situation économique le permet. Le  
risque d’une forte montée du chômage (et des défaillances) s’en trouve  
amoindri. De plus, le retrait des aides sera progressif. Et il ne sera  
pas total grâce au relais du nouveau dispositif d’activité partielle de  
Ecart entre les déclarations d'embauche de plus d'1 mois  
(cumul sur 4 mois, millions) et la jauge de 2.7 millions  
-0.8  
-
-
1.0  
1.2  
Ecart entre la jauge de -130k et la variation sur 6 mois du  
nombre des demandeurs d'emploi en catégorie A (millions)  
06  
07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21  
GRAPHIQUE 4  
SOURCES : ACOSS, PÔLE EMPLOI, BNP PARIBAS  
longue durée (cf. tableau et encadré ci-après pour un récapitulatif des 1/ le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A qui doit avoir  
changements apportés au dispositif d’activité partielle et une synthèse diminué d’au moins 130 000 sur 6 mois ; 2/ les déclarations d’embauche  
des autres mesures en faveur du marché du travail).  
de plus d’1 mois (hors intérim) qui doivent dépasser les 2,7 millions  
sur 4 mois glissants. Le graphique 4 représente ces deux indicateurs en  
écart à leur jauge de référence. Les deux écarts se lisent dans le même  
sens : un chiffre positif (ou négatif) est bon (ou mauvais) signe.  
Quelques chiffres viennent illustrer notre propos. Mi-avril, nous  
prévoyions que le taux de chômage remonterait à 9,4% au T4 2021 et  
à 9,1% en moyenne annuelle, ce qui constitue une hausse relativement  
importante (+1,4 point par rapport au T4 2020, +1,1 point par rapport à Sur la période disponible, il apparaît clairement que le gouvernement  
020). Cette prévision se situait en dessous de la moyenne du consensus a fixé la barre très haut : les deux critères n’ont jamais été satisfaits  
2
1
1
d’avril 2021 (9,4% ; fourchette haute : 10,7% ; fourchette basse : 8,4% ) concomitamment. Le point d’octobre 2020 ne compte pas car le signal  
mais légèrement au-dessus, par exemple, de la prévision de mars 2021 positif renvoyé alors était purement factice et éphémère puisque  
de la Banque de France (8,9% en moyenne) ou d’avril 2021 du FMI reposant sur un effet de base favorable. La situation du marché du  
(
+0,9 point attendu en moyenne).  
travail à l’époque n’est pas bonne, elle reste plombée par la crise de  
la Covid-19. Début 2020, avant le choc, la barre a certes été frôlée et,  
La question de l’ampleur de la remontée du taux de chômage en 2021  
se double d’une question concernant son profil : la hausse sera-t-elle  
continue tout au long de l’année ou « en cloche » ? Un profil en cloche  
semble préférable puisqu’il indique une amorce de décrue du taux de  
chômage à l’horizon de la fin de l’année. Cela dépend néanmoins de  
la forme même de la bosse : aplatie ou pointue selon le pic du taux de  
chômage. Ce qui ramène à la question de l’ampleur de sa hausse. Ce  
sont autant de questions sans réponses pour le moment . Le scénario  
le plus probable est celui d’une hausse continue, marquée sur le  
premier semestre et s’atténuant sur le second.  
1
3
n’eût été ce choc , il est très probable que la situation aurait continué  
de s’améliorer et que la barre aurait été franchie. Mais la crise de la  
Covid-19 est passée par là, rebattant totalement les cartes. À quel  
horizon peut-on désormais espérer voir activée la clause de retour  
à meilleure fortune du marché du travail français ? Cela nous paraît  
improbable en 2021 mais envisageable en 2022.  
1
2
*
****  
Pour conclure, les perspectives mitigées du marché du travail font de  
021 une année de transition, marquant une amélioration certaine par  
2
rapport à 2020 en termes d’emploi mais pas en termes de taux de  
chômage, avant l’amélioration franche attendue sur ces deux fronts  
en 2022. Pour juger du retour à meilleure fortune du marché du travail  
français, on pourra s’appuyer sur les deux indicateurs retenus par le  
gouvernement dans le cadre de la réforme de l’assurance-chômage :  
1
1 Les prévisions du Consensus sont celles du taux de chômage en France métropolitaine. Elles sont ici rehaussées de l’écart historique moyen avec la mesure pour la France  
entière, à savoir 0,3 point.  
1
2 Nous ne rentrons pas ici dans le débat sur la hausse du taux de chômage structurel français suite à la crise Covid. L’ampleur du choc récessif pousse en ce sens. Mais nous  
sommes d’avis qu’il est trop tôt pour en juger en 2021, sachant que l’absence de hausse est aussi du domaine du possible, grâce aux mesures d’urgence et de relance et à l’effet  
des réformes passées.  
1
3 Et en l’absence de tout autre choc, ce qui ne va pas forcément de soi compte tenu des risques baissiers qui pesaient sur la croissance mondiale à l’époque.  
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5
LES MESURES DE PRÉSERVATION ET DE SOUTIEN DE L’EMPLOI  
Indemnité du salarié (en % du salaire brut)  
Allocation à l’employeur (en % de l’indemnité versée au salarié)  
Durée  
Activité partielle avant crise  
Avant le 1er juin 2020  
70% ; plancher au Smic net  
70% ; plancher au Smic net  
Forfaitaire  
6 mois renouvelables  
12 mois renouvelables  
100% ; limite de 4,5 Smic ; plancher à 8,03€  
Entreprises fermées  
administrativement ou avec  
une perte de 80% du CA et  
secteurs protégés  
Après le 1er juin  
020  
70%** ; plancher au Smic net  
70%** ; plancher au Smic net  
100% ; limite de 4,5 Smic, plancher à 8,03€  
12 mois renouvelables  
12 mois renouvelables  
12 mois renouvelables  
2
Secteurs non protégés  
85% ; limite de 4,5 Smic, plancher à 8,03€  
Entreprises fermées  
administrativement ou avec  
une perte de 80% du CA  
100% ; limite de 70% de 4,5 Smic, plancher à 8,11€  
7
0% ; limite de 70% de 4,5 Smic ; plancher au  
Après le 1er avril  
021  
Smic net  
2
Secteurs protégés  
85% ; limite de 60% de 4,5 Smic, plancher à 8,11€  
60% ; limite de 36% de 4,5 Smic, plancher à 7,30€  
6
0% ; limite de 60% de 4,5 Smic ; plancher au  
Smic net  
Secteurs non protégés  
Entreprises fermées  
administrativement ou avec  
une perte de 80% du CA  
7
0% ; limite de 70% de 4,5 Smic ; plancher au  
Smic net  
100% ; limite 70% de 4,5 Smic, plancher à 8,11€  
Après le 1er mai  
021  
2
Secteurs protégés et non  
protégés  
60% ; limite 60% de 4,5 Smic ; plancher  
au Smic net  
6
0% ; limite de 36% de 4,5 Smic, plancher 7,30€  
À partir du 1er juillet 2021  
60% ; limite 60% de 4,5 Smic ; plancher  
au Smic net  
3 mois renouvelables  
(6 mois max. sur 12 mois)  
60% ; limite de 36% de 4,5 Smic, plancher à 7,30€  
Secteurs protégés et  
connexes  
70 % ; limite de 70% de 4,5 Smic ; plancher  
au Smic net  
1
00% ; limite 70% de 4,5 Smic, plancher à 8,11€  
À partir du 1er  
juillet 2020  
6 mois renouvelables  
(2 ans max. sur 36 mois)  
70 % ; limite de 70% de 4,5 Smic ; plancher  
au Smic net  
Autres secteurs  
85% ; limite 60% de 4,5 Smic, plancher à 8,11€  
100% ; limite 70% de 4,5 Smic, plancher à 8,11€  
Entreprises fermées  
administrativement ou avec  
une perte de 80% du CA  
70 % ; limite de 70% de 4,5 Smic ; plancher  
au Smic net  
Après le 1er avril  
6 mois renouvelables  
2 ans max. sur 36 mois)  
(
Secteurs protégés  
85% ; limite 60% de 4,5 Smic, plancher à 8,11€  
85% ; limite 60% de 4,5 Smic, plancher à 7,30€  
Secteurs non protégés  
Entreprises fermées  
administrativement ou avec  
une perte de 80% du CA  
70 % ; limite de 70% de 4,5 Smic ; plancher  
au Smic net  
100% ; limite 70% de 4,5 Smic, plancher à 8,11€  
Après le 1er mai  
6 mois renouvelables  
(
2 ans max. sur 36 mois)  
Secteurs protégés et non  
protégés  
85% ; limite 60% de 4,5 Smic, plancher à 7,30€  
À partir du 1er juillet 2021  
70 % ; limite de 70% de 4,5 Smic ; plancher  
au Smic net  
6 mois renouvelables  
(2 ans max. sur 36 mois)  
85% ; limite 60% de 4,5 Smic, plancher à 7,30€  
De nombreuses mesures ont été adoptées pour limiter l’impact du choc de la Covid-19 sur l’économie en général et le marché du travail en particulier.  
Le renforcement du dispositif d’activité partielle est la plus importante d’entre elles. Le tableau présente les différents changements apportés et rend bien  
compte de l’augmentation de la prise en charge par l’État et de l’extension des conditions d’indemnisation. Afin de répondre à la baisse d’activité prolongée de  
certains secteurs, un dispositif d’activité partielle de longue durée (APLD) a également été instauré, conditionné à la conclusion d’un accord collectif.  
En plus de ces outils de rétention de la main d’œuvre à des fins de sauvegarde de l’emploi et de préservation du capital humain, des mesures directes de soutien  
er  
à l’insertion professionnelle des jeunes ont été prises (plan « 1 jeune, 1 solution »). Depuis le 1 août 2020, toute entreprise recrutant un jeune de moins de  
2
6 ans sur un contrat de plus de 3 mois bénéficie d’une compensation de charge de 4 000 euros. Cette aide, qui devait initialement expirer le 31 mars de cette  
année, a été prolongée de deux mois (dans la limite de 1,6 et non plus 2 SMIC). Le soutien aux contrats d’apprentissage et de professionnalisation passe par des  
primes importantes (5 000 euros pour un jeune de moins de 18 ans, 8 000 euros pour les alternants plus âgés). Entrées en vigueur en juillet 2020, ces primes  
courent jusqu’au 31 décembre 2021. De nouvelles formations sont ouvertes afin d’orienter et former 200 000 jeunes vers les secteurs et métiers d’avenir. Pour  
les jeunes les plus éloignés de l’emploi, 300 000 parcours d’insertion sur mesure sont prévus.  
Le soutien à l’emploi est au cœur du plan France Relance : en plus des mesures directes du plan « 1 jeune, 1 solution » (volet « cohésion »), des retombées  
positives sont à attendre du soutien à la compétitivité des entreprises et à la transition énergétique et, plus globalement, du surcroît de croissance générée  
par ce plan.  
Le soutien aux travailleurs précaires a pris la forme d’une aide financière mensuelle exceptionnelle de 900 euros. Cette aide, en vigueur depuis novembre 2020  
et jusqu’à mai 2021, est soumise à une condition de revenu (moins de 900 euros brut par mois) et d’activité (avoir travaillé au moins 138 jours en 2019 dont  
plus de 70% dans le cadre de contrats courts).  
Concernant l’assurance-chômage, le soutien est passé par une prolongation des droits des chômeurs arrivant à échéance durant les périodes de confinement  
et ce jusqu’au 30 juin 2021. L’entrée en vigueur des durcissements des conditions d’indemnisation prévus par la réforme de 2019 a été modifiée. Alors qu’il était  
initialement prévu d’augmenter la durée d’affiliation de 4 à 6 mois sur une période de 24 mois, les conditions ont été assouplies en instaurant un intervalle  
de référence allongé de la durée de confinement. La mesure de dégressivité de l’allocation de 30% au bout de 6 mois pour les chômeurs de moins de 57 ans  
er  
et gagnant plus de 4 500 euros brut a été revue pour intervenir au bout de 8 mois à compter du 1 avril 2021. Ces deux mesures seront durcies selon les  
modalités prévues en 2019 lorsque deux conditions seront concomitamment réunies : 1/ le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A devra avoir diminué  
de 130 000 sur 6 mois, 2/ les déclarations d’embauche de plus d’1 mois (hors intérim) devront avoir dépassé les 2,7 millions sur 4 mois glissants. Au regard  
du graphique 4, cette clause de retour à meilleure fortune du marché du travail ne sera pas facile à satisfaire. Le nouveau calcul de l’indemnisation (qui vise à  
er  
ce que celle-ci soit la même pour un même nombre d’heures de travail) s’appliquera à compter du 1 juillet, dans une version assouplie pour éviter une trop  
forte diminution pour les plus précaires. L’entrée en vigueur du système de bonus-malus sur les cotisations chômage employeurs, pour lutter contre le recours  
abusif aux contrats courts, a été reportée à 2022.  
*
Les informations de cet encadré sont celles disponibles au 25 mars 2021. Sources : presse quotidienne, Gouvernement, BNP Paribas. Encadré rédigé par Julie Bouvry  
(
stagiaire).  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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