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EcoPerspectives // 1 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Allemagne  
Retournement de conjoncture  
La croissance économique a nettement décéléré depuis le deuxième trimestre 2018, et, d’après les enquêtes auprès des chefs  
d’entreprise, la situation ne devrait guère évoluer dans les mois à venir. Le secteur manufacturier exportateur est sérieusement  
affecté par le ralentissement du commerce mondial. Grâce à une politique budgétaire expansionniste, l’économie nationale devrait  
être le principal moteur de la croissance dans les trimestres à venir. Des mesures de relance supplémentaires pourraient être  
adoptées en cas de poursuite du ralentissement économique. Cela devrait aussi accroître les chances des partis de la coalition lors  
des prochaines élections fédérales prévues pour 2021.  
L’économie marque le pas  
1- Croissance et inflation  
La croissance a nettement ralenti depuis le deuxième trimestre  
018. Suite aux problèmes rencontrés après l’introduction de  
Croissance du PIB (%)  
 Inflation (%)  
Prévision  
2
Prévision  
nouvelles normes européennes d’émission, l’industrie automobile a  
accusé de sérieuses pertes de production. De plus, l’interdiction des  
vieux véhicules diesel dans les centres-villes a également pénalisé  
les ventes dans ce segment. En novembre, la production  
automobile était en repli de 12 % par rapport à l’année précédente.  
Cependant, les problèmes ne concernent pas la seule industrie  
automobile. La demande à l’exportation a baissé de manière  
générale suite au fléchissement du commerce mondial. On observe,  
par ailleurs, un tassement de la consommation privée, malgré des  
évolutions favorables sur le marché du travail. Le taux d’épargne  
des ménages a, par conséquent, évolué à la hausse. Seule  
exception à la morosité ambiante : la construction de logements,  
portée par la pénurie et des prix en forte hausse. Selon les  
estimations de Destatis, le PIB a, dans l’ensemble, augmenté de  
2
,5  
2
,2  
2,2  
1,8  
18  
1
,7  
1
,6  
1,6  
20  
1
,5  
1
,3  
0
,4  
1
6
17  
18  
19  
20  
16  
17  
19  
Sources : Comptes nationaux, BNP Paribas  
2
- Pénurie de main-d’œuvre  
%
des entreprises rapportant un manque de main-d’œuvre  
Secteur manufacturier  Construction  
▪▪ Chômeurs par offre d'emploi (é.d.)  
1
,5 % en 2018, en repli d’un point entier de pourcentage par rapport  
à 2017.  
La demande s’essouffle alors que le taux de chômage a poursuivi  
sa décrue à 3,3 % en novembre, le taux le plus bas de la zone euro,  
et que les goulets d’étranglement sur le marché du travail ont  
encore augmenté. Dans le secteur manufacturier, environ un  
employeur sur quatre évoque des difficultés à recruter. Dans le  
bâtiment, 10 % des entreprises estiment même qu’il s’agit là du  
principal facteur limitatif de leur activité. L’économie allemande fait  
de plus en plus appel à de la main-d’œuvre étrangère. Pendant les  
douze mois se terminant en octobre 2018, l’économie a créé  
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00 000 emplois, dont 54 % étaient occupés par des étrangers. Le  
Parlement allemand a récemment adopté une loi sur l’immigration  
destinée à faciliter l’accès au marché du travail pour les travailleurs  
originaires de pays non-membres de l’UE.  
Sources : IFO, IAB; BNP Paribas  
Sous l’effet conjugué d’une situation économique favorable et de  
pénuries grandissantes de main-d’œuvre, les accords salariaux ont  
abouti à une revalorisation des rémunérations. Au quatrième  
trimestre 2018, le salaire de base était en hausse de 3,2 % sur un  
an. Dans le secteur manufacturier, le salaire horaire a progressé de  
sortirait assez bien. Les finances publiques sont en parfaite santé :  
au titre de 2018, les comptes publics dégagent de nouveau un  
excédent, estimé à 2 % du PIB. De plus, la dette publique a reculé  
aux environs de 60 % du PIB, pour la première fois depuis 2002.  
3
,5 %. Toutefois, ces augmentations salariales ne se sont pas  
encore soldées par une remontée de l’inflation.  
De nombreux électeurs sont, néanmoins, mécontents de la coalition  
comme le montrent les sondages et les résultats de plusieurs  
élections dans les Länder. Suite aux mauvais résultats de la  
CDU/CSU aux élections régionales d’octobre dernier, Angela  
Merkel a annoncé qu’elle renoncerait à la direction de son parti en  
Marge d’assouplissement budgétaire  
Au vu des seuls résultats économiques, la Grande coalition actuelle  
entre conservateurs (CDU/CSU) et sociaux-démocrates (SPD) s’en  
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décembre et que son mandat de chancelière, qui se termine en  
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- Des tensions croissantes sur les salaires  
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021, serait son dernier. La CDU a élu à sa tête Annegret Kramp-  
Karrenbauer (AKK). Ce choix confirme la volonté de la CDU de  
rester un parti de rassemblement populaire. La CDU/CSU recueille  
actuellement environ 31 % de voix dans les sondages, soit  
légèrement moins que lors des élections fédérales de l’année  
dernière (32,9 %).  
%, glissement annuel  
 Salaires et traitements  Salaires négociés  
4.0  
3.5  
3.0  
2.5  
Le SPD est dans une situation bien plus difficile encore. Le parti  
n’obtient que 15 % d’opinions favorables dans les sondages, contre  
2
1 % lors des élections fédérales. De nombreux membres du SPD  
2.0  
souhaiteraient que le parti quitte le gouvernement, lorsque le  
moment sera venu, pour se reconstruire dans l’opposition.  
1.5  
1.0  
0.5  
0.0  
Le parti des Verts bénéficie d’une très bonne dynamique. Selon les  
derniers sondages, il obtiendrait 19 % des suffrages, soit une  
progression de 10 points par rapport aux élections fédérales de  
2
010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018  
2
017. Dans onze Länder sur seize, les Verts sont déjà au  
Sources : Deutsche Bundesbank, Destatis, BNP Paribas  
gouvernement, dans la plupart des cas en position d’allié minoritaire.  
LAfD (droite populiste) fait à peine mieux que lors des dernières  
élections fédérales. Le prochain scrutin aura lieu en mai pour le  
Parlement européen. À l’automne 2019, plusieurs élections  
régionales se dérouleront dans l’est du pays.  
La demande intérieure, en revanche, devrait rester robuste grâce à  
une politique budgétaire expansionniste, de nature à soutenir la  
consommation des ménages dans les prochains trimestres. De plus,  
suite aux problèmes du secteur automobile, les ménages ont  
reporté l’achat d’une voiture à une date ultérieure. Conséquence, le  
taux d’épargne des ménages a grimpé, en 2018, à 10,7 %, un  
niveau inédit depuis la fin 2005. Les dépenses pourraient bénéficier  
de ce coup de pouce supplémentaire, en particulier, au premier  
semestre de cette année.  
Aux termes de l’accord de coalition, la politique budgétaire devrait  
être légèrement accommodante dans les années à venir. Côté  
dépenses, les transferts de revenus au niveau fédéral comme au  
niveau régional vont être augmentés. Cette hausse des transferts  
sera en partie compensée par la baisse des paiements d’intérêts, le  
gouvernement continuant à emprunter à des taux extrêmement bas.  
Côté recettes, des réductions d’impôts vont être introduites, sachant  
toutefois que, d’après les estimations, la pression fiscale va à peine  
diminuer. Invoquant la bonne santé des finances publiques, la  
nouvelle présidente de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer, a  
d’ores et déjà annoncé davantage de baisses d’impôts face au  
ralentissement économique. Le SPD préfère, en revanche, accroître  
les dépenses en faveur de l’éducation, des transferts de revenus et  
des technologies numériques. Le ministre des Finances, Olaf  
Scholz (SPD), reste prudent, soulignant que le temps des aubaines  
fiscales est probablement révolu.  
La croissance des investissements publics va probablement  
dépasser celle du PIB sur la période 2019-2020, à en juger par les  
programmes de dépenses en infrastructures de transport, garderies  
et écoles. Cependant, les engorgements administratifs, l’absence  
de terrains constructibles et les contraintes de capacités pourraient  
limiter l’exécution de ces programmes.  
La pénurie de main-d’œuvre qualifiée devrait aussi, probablement,  
peser sur l’investissement résidentiel. Mais le secteur du bâtiment  
devrait également pâtir d’autres facteurs, tels que la démographie  
déclinante de l’Allemagne et l’augmentation des taux d’intérêt  
hypothécaires.  
Croissance morose en 2019-2020  
Les risques baissiers selon nos projections sont principalement liés  
au contexte international, comme l’absence de lisibilité de la  
politique commerciale américaine et la possibilité d’un Brexit sans  
accord. Par ailleurs, les risques internes sont orientés à la hausse.  
À cet égard, fortes d’une situation budgétaire plutôt saine, les  
autorités allemandes disposent d’une certaine marge de manœuvre  
pour mettre en œuvre une orientation budgétaire plus  
expansionniste. De quoi conforter les chances de la coalition au  
pouvoir lors des prochaines élections fédérales en 2021.  
La croissance devrait rester faible aux prochains trimestres. Les  
dernières données d’enquête sont conformes à ce scénario de  
poursuite du ralentissement. L’indice IFO du climat des affaires  
recule depuis septembre. Il est ressorti à 101, en décembre, juste  
au-dessus de la moyenne enregistrée sur la période 2015-2016.  
C’est dans le secteur manufacturier que ce ralentissement de  
l’activité est le plus évident. Les problèmes liés aux nouvelles  
normes européennes d’émission ne seront probablement que  
temporaires et il faut s’attendre à un effet de rattrapage dans les  
prochains mois. La principale difficulté pour le secteur réside dans  
la faiblesse de la croissance sur les marchés mondiaux. En 2019 et  
en 2020, le PIB mondial devrait croître d’environ 3,3 %, soit un  
niveau inférieur de 0,5 point de pourcentage à celui de 2017-2018.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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