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EcoPerspectives // 1er trimestre 2019  
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economic-research.bnpparibas.com  
Royaume-Uni  
Actualité du Brexit  
Le 15 janvier 2019, les députés britanniques ont rejeté le projet d’accord sur le Brexit auquel les Chefs d’Etat de l’Union européenne  
étaient parvenus deux mois auparavant. Avec 432 voix contre sur 634 suffrages exprimés, ce vote fragilise nettement la première  
ministre, Theresa May, en vue de ses prochaines discussions avec l’Union européenne et les membres de son Parlement. Tout paraît  
aujourd’hui possible, à commencer par un report de la date officielle de retrait, prévue le 29 mars.  
Un mois de tractations supplémentaire  les députés britanniques  
devaient initialement s’exprimer le 11 décembre 2018 - n’aura donc  
pas suffit à la première ministre britannique, Theresa May, pour  
obtenir le soutien de sa propre majorité, ni l’engagement de l’UE sur  
1- Croissance et inflation  
Croissance du PIB (%)  
 Inflation (%)  
Prévision  
Prévision  
1
une durée limitée du « backstop » , voire son évitement. Ce dernier  
2,7  
2,5  
constitue en effet le principal point d’achoppement du projet  
d’accord pour la sortie du Royaume-Uni de l’UE, mais pas le seul  
puisque les voix en faveur d’un second referendum se font de plus  
en plus pressantes, remettant en cause le principe même du Brexit.  
Ce dernier scenario a été alimenté par l’avis de la Cour de Justice  
de l’UE du 10 décembre 2018, selon lequel le Royaume-Uni est  
2
,0 2,0  
1
,8 1,8  
1,8  
1
,6  
1,3  
0,7  
«
libre de révoquer unilatéralement (…) son intention de se retirer  
de l’Union européenne ». L’issue d’un second referendum serait  
toutefois hautement incertaine, compte tenu des sondages.  
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Sources : Comptes nationaux, BNP Paribas  
À défaut d’être annulé, le Brexit pourrait être reporté si le  
gouvernement britannique le demande. L’UE y réfléchirait, tout en  
étant contrainte par les élections législatives européennes prévues  
entre le 23 et le 26 mai 2019 puisque le Parlement européen doit lui  
aussi entériner l’accord de retrait – si accord il y a. Les députés  
européens actuellement en fonction sont censés tenir leur dernière  
session plénière du 16 au 18 avril 2019, tandis que le parlement  
prochainement élu, sans représentant britannique, prendra ses  
fonctions tout début juillet 2019. Dans ces conditions, l’UE pourrait  
reculer l’échéance de l’Article 50 au-delà du 29 mars afin de laisser  
du temps au Royaume-Uni pour que ses députés adoptent un texte,  
convoquer des élections législatives nationales, ou encore  
soumettre à nouveau le sujet à l’avis de sa population. Reste à  
savoir quel délai sera accordé et s’il sera suffisant pour trouver une  
solution au dénouement de ce Brexit.  
européens en vigueur jusque-là. À cet égard, l’adoption du projet  
d’accord sur le Brexit par les députés britanniques ce 15 janvier  
n’aurait pas eu d’autre effet que de retarder la perte de ces  
passeports à la fin de la période de transition prévue puisque l’UE  
refuse de les répliquer au bénéfice du Royaume-Uni après son  
retrait. Or le régime des équivalences est nettement moins  
avantageux et stable que celui des passeports. Soumis à  
acceptation par les autorités européennes, il peut être accordé pour  
une durée limitée et porte sur des champs géographiques et  
d’activités moins larges. Autant de restrictions qui risquent  
d’entraver l’accès des sociétés européennes à la place de Londres  
et réciproquement pour les sociétés britanniques. Ce changement  
de régime requérrait également une modification de statut des  
sociétés britanniques et européennes désireuses de poursuivre  
leurs activités dans l’EEE pour les premières, et au Royaume-Uni  
pour les secondes.  
Poursuite des activités financières  
Ceci étant, le secteur financier passe pour être l’un des mieux  
préparé, y compris à une sortie sans accord. Dans cette perspective,  
la Commission européenne estime cependant qu’un arrêt brutal de  
l’accès des sociétés européennes aux chambres de compensation  
londoniennes pourrait affecter la stabilité financière de l’UE. C’est  
pourquoi elle est prête à autoriser cet accès durant les 12 mois  
suivants une éventuelle sortie sans accord pour laisser le temps aux  
sociétés européennes de s’adapter et aux chambres de  
compensation londoniennes d’obtenir les équivalences nécessaires  
à la poursuite de leurs activités avec l’EEE.  
En cas de Brexit, avec ou sans accord, le Royaume-Uni deviendra  
un pays tiers et sera a priori soumis au régime des équivalences  
s’agissant de ses échanges de services financiers avec l’Espace  
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économique européen (EEE) en lieu et place des passeports  
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Afin d’éviter la réintroduction d’une frontière physique entre les deux Irlande,  
un filet de sécurité (backstop) prévoit de maintenir le Royaume-Uni et l’Union  
européenne dans une union douanière au-delà de la période de transition  
s’achevant le 31 décembre 2020, ceci en cas de progrès insuffisant concernant  
le cadre des relations futures.  
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Suite à l’accord de 1992, l’EEE comprend l’UE et trois des pays de l’AELE :  
l’Islande, la Norvège et le Lichtenstein, la Suisse ayant refusé par referendum  
d’y adhérer.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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