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Le pari du soutien budgétaire

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Eco Emerging // 1 trimestre 2021  
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MALAISIE  
LE PARI DU SOUTIEN BUDGÉTAIRE  
La Malaisie a été l’un des pays d’Asie émergente les plus touchés par la crise de la Covid-19. La reprise est en  
cours même si le reconfinement instauré devrait la ralentir. Cependant, les finances publiques se sont fortement  
dégradées et le gouvernement ne semble pas engagé sur la voie d’une consolidation budgétaire. Il privilégie la  
relance économique et le soutien aux ménages les plus fragiles. Le ratio de dette du gouvernement devrait continuer  
de se dégrader et l’agence de notation Fitch a abaissé la note du souverain en décembre dernier. Les risques de  
refinancement sont cependant modérés car la structure de la dette reste peu risquée et le marché de la dette locale  
est important. Par ailleurs, la balance courante reste excédentaire et le secteur bancaire est solide.  
CONTRACTION DE 5% EN 2020  
L’économie de la Malaisie a été fortement affectée par l’épidémie  
de coronavirus. D’un point de vue sanitaire, le pays a été beaucoup  
moins touché par la Covid-19 que l’Indonésie ou les Philippines, mais  
davantage que la Thaïlande, la Corée et le Vietnam. Dès le mois de  
mars 2020, le gouvernement a imposé d’importantes restrictions aux  
déplacements des personnes dans tout le pays. Ces restrictions ont  
été allégées à la mi-mai, puis de nouveau renforcées sur une partie  
du quatrième trimestre et depuis la mi-janvier face à une hausse du  
nombre de cas. Hormis la baisse de la demande intérieure induite par  
le confinement de la population, l’économie malaise, très intégrée  
dans le commerce mondial, a été touchée par les perturbations dans  
les processus des chaines de valeurs mondiales, l’effondrement des  
recettes touristiques, et la baisse des prix des matières premières. Ses  
comptes extérieurs sont toutefois restés solides : fin 2020 les réserves  
de change et le ringgit étaient proches des niveaux de fin 2019 et la  
balance courante devait enregistrer un excédent.  
PRÉVISIONS  
2019  
2020e  
2021e  
2022e  
PIB réel, variation annuelle, %  
Inflation, IPC, var. annuelle, %  
Solde budgétaire, % du PIB  
4.3  
0.9  
-5.0  
-1.2  
-6.9  
61.3  
4.0  
7.5  
-0.3  
-5.6  
63.0  
2.0  
3.9  
1.0  
-3.4  
52.5  
3.4  
-4.5  
64.7  
2.1  
Dette du gouvernement % du PIB  
Balance courante, % du PIB  
Dette externe, % du PIB  
62.6  
97  
66.5  
98  
66.0  
98  
65.5  
98  
Réserves de change, mds USD  
Réserves de change, en mois d'imports  
Taux de change USDMYR (fin d'année)  
5.7  
6.2  
5.7  
5.6  
4.1  
4.1  
4.1  
4.1  
e: ESTIMATIONS ET PRÉVISIONS  
TABLEAU 1  
SOURCE : BNP PARIBAS RECHERCHE ECONOMIQUE GROUPE  
Sur les trois premiers trimestres de l’année 2020, la croissance s’est  
contractée de 6,4% par rapport à la même période en 2019. L’activité  
a fortement rebondi entre juin et septembre, en particulier grâce à  
une reprise des exportations, pour ralentir à nouveau en octobre et  
novembre conjointement à un durcissement des règles de déplace-  
ments. En novembre, la production industrielle était inférieure de 2%  
par rapport à la fin 2019. Sur l’ensemble de 2020, la croissance devrait  
afficher un recul de 5% par rapport à 2019.  
PRODUCTION INDUSTRIELLE  
Production industielle totale  
Produits électriques et électroniques  
Manufacturière  
g.a., %  
1
5
0
5
0
5
1
Les perspectives de croissance pour 2021 sont bien orientées, même  
si le reconfinement instauré va ralentir la reprise alors même que la  
vaccination ne commencera pas avant février 2021. Hormis un effet  
de base favorable, la reprise de l’activité domestique sera soutenue  
par une politique budgétaire expansionniste en faveur des ménages les  
plus fragiles et par une hausse des investissements publics. L’activité  
à l’exportation devrait rester dynamique, favorisée par le rebond du  
commerce mondial et du marché de l’électronique.  
-
-10  
-
-
15  
20  
-25  
2017  
2018  
2019  
2020  
À moyen terme, si le gouvernement veut atteindre son objectif de de-  
venir un pays à hauts revenus d’ici 2023, il lui faudra impérativement  
poursuivre ses réformes structurelles afin de relever le niveau de crois-  
sance de la productivité, en baisse depuis de nombreuses années. Pour  
ce faire, il devra augmenter le niveau de formation et d’éducation des  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : CEIC  
DÉGRADATION DES FINANCES PUBLIQUES : QUELS RISQUES ?  
travailleurs et améliorer l’environnement des affaires afin de le rendre Les finances publiques ont commencé à se dégrader avant la crise de la  
plus propice aux investissements privés, domestiques et étrangers, en Covid-19. Dès 2018, les recettes du gouvernement (hors dividendes ex-  
baisse depuis 2018. Néanmoins, le gouvernement ne dispose que d’une ceptionnels) ont baissé (avec la suppression de la taxe sur les biens et  
fragile majorité au parlement ce qui n’est pas favorable à l’adoption de services par le gouvernement nouvellement élu) et la dépendance du  
réformes. De plus, de nouvelles élections devraient avoir lieu dès que gouvernement aux recettes pétrolières a augmenté sensiblement. En  
la situation sanitaire le permettra.  
2019, 39% des recettes provenaient du pétrole. Par ailleurs, la stratégie  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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budgétaire du nouveau gouvernement est devenue beaucoup plus ex-  
pansionniste. Alors que sur la période 2013-2017 les dépenses avaient  
baissé de 5,3 points de PIB, elles ont augmenté de 1,6 point de PIB au  
cours des deux années qui ont suivi, pour atteindre 20,9% du PIB. Cette  
hausse reflète principalement l’augmentation des dépenses sociales.  
LES EXPORTATIONS SOUTIENNENT LA REPRISE  
mm3m, %  
Exportations  
Importations  
4
0
0
Sur les onze premiers mois de l’année 2020, les recettes du  
gouvernement se sont contractées de 21,6% conjointement à la baisse  
de l’activité économique et à la contraction des recettes pétrolières.  
Les dépenses ont été réduites de 10,1% grâce à des coupes dans les  
dépenses d’investissement au profit des dépenses sociales. L’essentiel  
du plan de soutien aux ménages et aux PME a été supporté par la  
banque centrale. Fin novembre 2020, le déficit budgétaire affichait  
une hausse de plus de 65,6% par rapport à la même époque l’année  
dernière. Sur l’ensemble de l’année il pourrait ainsi atteindre près de  
3
20  
10  
0
-
-
10  
20  
7
% du PIB (contre 3,4% du PIB en 2019).  
-30  
2017  
GRAPHIQUE 2  
2018  
2019  
2020  
Dans le même temps, la dette du gouvernement fédéral rapportée au PIB  
devrait augmenter de près de 9 points de pourcentage et excéder 61%.  
En intégrant l’ensemble des garanties couvertes par le gouvernement  
ainsi que la dette liée à 1MDB, la dette publique s’élèverait ainsi à près  
de 88% du PIB fin 2020 (contre 77,4% du PIB en 2019).  
SOURCE : CEIC  
Pourtant, les entreprises, déjà fortement endettées, ont été touchées  
de plein fouet par la crise de la Covid-19 alors qu’elles avaient été  
préalablement fragilisées par le ralentissement économique de 2019.  
Le gouvernement ne semble pas décidé à consolider significativement  
sa situation budgétaire en 2021. La reprise de l’activité et le soutien  
aux plus défavorisés restent ses priorités. Ainsi, dans le budget 2021  
voté par le parlement en décembre dernier, le gouvernement a comme Au T2 2020, leur dette s’élevait à 108,1% du PIB. Néanmoins, leurs  
objectif de réduire le déficit budgétaire de seulement 0,6 point de pour- profits, bien qu’en baisse, couvraient encore 3,7 fois leurs charges  
centage à 5,4% du PIB (contre 6% du PIB dans son budget révisé pour d’intérêts mi-2020 (contre 4,8 fois fin 2019).  
l’année 2020). Ses dépenses devraient rester élevées (20,5% du PIB) et  
La situation des ménages s’est elle aussi dégradée. Leur dette a at-  
les recettes budgétaires – toujours fortement dépendantes du pétrole  
teint 87,5% du PIB au T2 2020 mais elle est largement compensée par  
ne devraient pas excéder 15,1% du PIB, en dépit d’une croissance pré-  
leurs actifs financiers dont la valeur s’élevait toujours à 190% du PIB  
au T2 2020. Leurs actifs liquides couvraient toujours 1,4 fois leur dette  
mi-2020.  
vue entre 6,5% et 7,5%. Même à l’horizon 2022-2023, le gouvernement  
ne prévoit pas de réduire le déficit budgétaire au niveau qui prévalait  
avant la crise de la Covid-19. Il serait de l’ordre de 4,5% du PIB.  
Comme dans de nombreux autres pays émergents, les ménages et  
les entreprises ont bénéficié d’un moratoire sur le remboursement de  
leurs prêts, pour une durée de six mois (d’avril à septembre 2020).  
De plus, les ménages les plus fragiles et les PME ont pu demander  
un réaménagement de leur dette fin septembre, pour une durée de  
six mois. Pour faire face à la hausse attendue des risques de crédit,  
les banques ont fortement augmenté leurs provisions, pesant sur leur  
Ces projections paraissent peu conciliables avec l’objectif de réduire  
la dette fédérale sous le seuil de 55% du PIB d’ici 2023. Le ratio de la  
dette fédérale rapportée au PIB pourrait en effet excéder 65% du PIB  
d’ici 2023. Bien qu’en hausse, comme l’illustre la dégradation de la  
note souveraine par Fitch à BBB-, les risques de refinancement restent  
modérés.  
En 2019, la charge d’intérêts sur la dette du gouvernement ne profitabilité. Leurs ROA et ROE, bien qu’en baisse, atteignaient toujours  
représentait que 12,5% des recettes du gouvernement et bien 1,2% et 10,1% au T3 2020. Selon la banque centrale, 60% des défauts  
qu’en hausse, elle devrait rester contenue à 15,1% en 2021 selon le de paiement des ménages auront lieu au deuxième semestre 2021 et  
gouvernement. Le coût de financement reste faible. En décembre 2020, le ratio de créances douteuses pourrait s’élever à 4,1% fin 2021 contre  
le taux à dix ans sur les obligations d’État était de seulement 2,7% 1,4% au T3 2020. Fin octobre, les banques disposaient de suffisamment  
(
contre 3,3% un an plus tôt). Par ailleurs, la dette du gouvernement de capitaux pour y faire face. Leur ratio de solvabilité s’élevait à 18,4%.  
est libellée à près de 97% en monnaie locale et reste principalement Par ailleurs, leur liquidité restait abondante (leur ratio de liquidité  
détenue par les résidents (les étrangers détenaient 21,8% de la dette s’élevait à 153% fin octobre).  
au T3 2020). La Malaisie possède un avantage important par rapport  
Achevé de rédiger le 11 janvier 2021  
à d’autres pays, comme l’Indonésie : ses marchés financiers sont très  
développés et permettent au gouvernement d’émettre facilement de la  
dette domestique.  
Johanna MELKA  
johanna.melka@bnpparibas.com  
UN SECTEUR BANCAIRE ET FINANCIER SUFFISAMMENT SOLIDE  
Le secteur bancaire et financier est solide. Il est en mesure de faire face  
à la dégradation de la situation financière des agents économiques, du  
retournement du marché immobilier et de la hausse des risques de  
crédit provoquées par la crise de la Covid-19.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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