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Inflation en France et en Allemagne : un écart inhabituel

01/02/2022

Habituellement proches, les inflations française et allemande, mesurées sur une base comparable (indice des prix à la consommation harmonisé d’Eurostat, IPCH), se sont fortement écartées depuis début 2021.

L’inflation outre-Rhin dépasse très nettement l’inflation hexagonale. En novembre 2021, l’écart a atteint +2,6 points contre une moyenne de +0,2 point depuis 1991. Cet écart important est à mettre, en partie, sur le compte d’un effet TVA : la baisse des taux allemands au second semestre 2020 a d’abord tiré vers le bas l’inflation allemande avant de jouer dans l’autre sens en 2021 avec leur retour à leur niveau antérieur. En janvier 2022, avec la disparition de cet effet, l’inflation allemande a assez nettement reflué (à 5,1% en glissement annuel selon l’estimation flash d’Eurostat depuis 5,7% en décembre) mais elle reste très élevée. L’inflation française est environ 2 points moins élevée (3,3% en janvier après 3,4% en décembre) ; son caractère plus contenu devrait être renforcé en février avec les effets du bouclier tarifaire mis en place pour limiter la hausse des prix de l’électricité et du gaz.

Inflation en France et en Allemagne

Autres points intéressants derrière ces écarts d’inflation, par le prisme des principaux postes de l’IPCH : fin 2021, l’inflation française était plus énergétique que l’inflation allemande (la composante « énergie » expliquant la moitié de l’inflation en France contre 34% en Allemagne). Elle était également légèrement plus tertiaire (contribution des services de 28% contre 25%) tandis qu’elle était un peu plus industrielle et alimentaire outre-Rhin (contribution de 24% et 16%, respectivement) que de ce côté-ci (16% et 8%)[1].

Un autre écart existe, dû cette fois aux pondérations issues des conventions comptables propres à chaque pays : celui entre la mesure nationale de l’inflation et la mesure harmonisée. La principale différence de pondération porte, en France, sur le poste « santé » (11% dans l’IPC, 4% dans l’IPCH) et, en Allemagne, sur le poste « logement » (32% dans l’IPC, 22% dans l’IPCH[2]). Cet écart oscille sensiblement. Il est en moyenne, depuis 1992, légèrement négatif en France (inflation nationale inférieure de 0,1 point à l’inflation harmonisée) et nul en Allemagne. Sur les derniers mois, il s’est toutefois creusé, jusqu’à -0,8 point en Allemagne en novembre et -0,6 point en France (avant de se réduire, en janvier, à -0,2 et -0,4 point, respectivement). La lisibilité des chiffres d’inflation se trouve quelque peu réduite par ces différences, sans que l’on puisse dire laquelle des mesures est la plus juste.

[1] En 2021, la composante énergie pesait pour 9% dans l’IPCH français et 11% dans l’IPCH allemand, les services pour 43% et 44%, les produits manufacturés pour 25% et 28% et l’alimentaire pour 23% et 17%. Ces pondérations sont le reflet de la structure des dépenses de consommation des ménages.

[2] Données pour 2015, dernier point disponible pour les pondérations DESTATIS. En 2021, le poids dans l’IPCH du poste logement avait augmenté à 25%.

LES ÉCONOMISTES EXPERTS AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE
Hélène BAUDCHON
Equipe : Economies OCDE