Graphiques de la semaine

Quand le commerce intra-UE trouve un nouvel équilibre

09/07/2026
PDF
Dans le commerce intra-UE, la zone euro recule au profit des autres pays membres

La part des exportations intra-UE dans le total des exportations européennes évolue actuellement autour de 62%, un niveau proche de celui observé au début des années 2000. Derrière cette apparente stabilité se cache toutefois une recomposition profonde des grands ensembles qui composent l’Union européenne.

La part des échanges à l’intérieur de la zone euro dans le total des exportations intra-UE a reculé de manière quasi continue. Elle est passée d'environ 77% au début des années 2000 à un peu plus de 64% aujourd'hui (avril 2026). À l'inverse, la part des flux entre la zone euro et le reste de l'Union européenne (31,5%) ainsi que, dans une moindre mesure, les échanges entre les six pays qui n’appartiennent pas à la zone euro[1] (4,0%) ont symétriquement progressé. Il ne fait a priori aucun doute que les écarts de croissance attendus entre la zone euro et les économies d'Europe centrale et scandinave d’ici à la fin de la décennie, plus dynamiques selon les projections du FMI[2], alimenteront la poursuite de ce phénomène.

Ce rééquilibrage est d'abord le fruit de l'élargissement de l’UE. Les pays d'Europe centrale, dont l’intégration à l'UE a démarré en 2004 (2007 pour la Roumanie), se sont progressivement hissés dans les chaînes de valeur industrielles européennes. C’est particulièrement le cas dans le secteur des machines-outils, celui des équipements de transport et, plus récemment, de la défense (Pologne), secteur dans lequel la Suède est aussi un acteur important. Les flux d'investissements directs étrangers en provenance de la zone euro et en dehors de l’Europe (Chine[3]) ont accompagné cette montée en gamme, ancrant ces économies comme acteurs centraux des chaînes de valeur européennes.[4]

La zone euro demeure de loin le principal marché d'exportation de l'UE, et l'essentiel de la valeur ajoutée industrielle y reste concentré. Ce basculement progressif des lignes commerciales n'est toutefois pas neutre du point de vue politique et contribue à redessiner progressivement les rapports de force au sein de l'UE. Les négociations en cours sur le prochain cadre financier pluriannuel (2028-2034) en sont l’une des illustrations actuelles.

Ce mouvement de réorientation est lent et irrégulier mais il n’en demeure pas moins un signal important. À l'heure où les tensions commerciales mondiales et la concurrence chinoise fragilisent les débouchés hors UE, ce redéploiement interne des échanges est un élément amortisseur pour les exportations européennes, positif du point de vue de la croissance économique du continent. C’est également, et surtout, un argument de plus, s’il en fallait, en faveur du renforcement du marché unique européen, seul cadre capable de transformer ces nouvelles synergies en gains de compétitivité durables pour l'ensemble du continent. D’où l’importance pour les dirigeants européens de faire du plan « Une Europe, un marché » un succès.

Guillaume Derrien avec la participation de Maëlys Biot (stagiaire)


[1] Danemark, Hongrie, Pologne, Roumanie, Suède, République tchèque.

[2] Selon les prévisions d’avril 2026, la croissance moyenne annuelle en zone euro est attendue à 1,2% sur la période 2026-2030 contre 2,1% pour les six pays hors zone euro.

[3] Voir le dernier rapport de Rhodium à ce sujet : Chinese Investment in Europe Rises to Seven-Year High: Chinese FDI in Europe 2025 Update – Rhodium Group

[4] Voir C. Kalasopatan Antoine, Europe centrale : montée en gamme dans la chaîne de valeur, BNP Paribas, 4 février 2025.

LES ÉCONOMISTES AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE