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Quelles leçons tirer de 24 épisodes de consolidation budgétaire en Europe ?

11/02/2026
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Le vieillissement de la population, la hausse des taux d'intérêt à long terme et celle des dépenses de défense pèsent sur les finances publiques de tous les pays de l'OCDE. L'assainissement budgétaire – qui peut se mesurer par une amélioration du solde primaire d'au moins 3 % du PIB en quatre ans – est essentiel pour nombre d'États. Mais cela semble plus facile à dire qu'à faire. Que nous apprennent vingt ans de finances publiques européennes ? Historiquement, pour les pays de l'UE, un assainissement axé sur les dépenses semble être une approche efficace qui tend à favoriser la croissance ensuite.

La consolidation budgétaire axée sur les dépenses semble efficace et favorable à la croissance par la suite

La pandémie de Covid-19 et les mesures d'urgence prises pour y faire face ont détérioré de façon brutale et généralisée les soldes budgétaires primaires dans toute l'Union européenne

La Belgique est l'un des pays concernés. Cette petite économie ouverte est confrontée à un défi majeur : réduire son déficit primaire de 3 % du PIB en quatre ans dans le cadre de la procédure de déficit excessif engagée par l'UE. Afin de mieux cerner cet enjeu auquel sont confrontés d’autres États membres, nous avons cherché à identifier des épisodes d'assainissement budgétaire similaires. L'analyse de données couvrant 22 pays de l'UE, également membres de l'OCDE, pour la période 2000-2019, permet de tirer des conclusions intéressantes.

À quelle fréquence ces pays ont-ils procédé à un assainissement budgétaire significatif ?

Pas moins de vingt-quatre épisodes de ce type ont eu lieu, soit un épisode par pays en moyenne. Mais cette moyenne est trompeuse. L'Allemagne a connu deux assainissements, tout comme la Grèce. La République tchèque et le Portugal en ont mené trois. Quatre pays n’en ont réalisé aucun au cours de la période étudiée : la Belgique, la Finlande, la France et l'Italie[1].

Il est possible de tirer plusieurs leçons de ces épisodes

Tout d'abord, l'épisode moyen a permis au solde primaire de passer d'un déficit de -3,5% à un excédent de +0,2%, comme le montre la partie gauche du graphique. Comment cela a-t-il été possible ? Les barres au centre du graphique montrent que la baisse des dépenses a été, de loin, le principal facteur. En réalité, l'amélioration moyenne du déficit primaire correspond presque exactement à la réduction des dépenses en pourcentage du PIB, soit 3,6% du PIB.

Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu d'augmentations d'impôts et d'autres mesures prises du côté des recettes. Mais, en moyenne, celles-ci ont joué un rôle secondaire dans l'assainissement total, ne comptant que pour un maigre +0,1% du PIB.

Moins de dépenses publiques, plus de croissance

Il convient également de noter que, pendant les périodes de consolidation de quatre ans, la croissance n'a baissé, en moyenne, que de 0,1 point de pourcentage. Cependant, au cours des quatre années suivantes, elle a augmenté en moyenne de 0,8 point de pourcentage par an, ce qui constitue une hausse significative[2].

Il est difficile de trouver le juste équilibre entre la réduction des dépenses et l'augmentation des recettes. Dans notre échantillon, pour les trois-quarts des trajectoires d'amélioration budgétaire, le facteur le plus important a été la réduction des dépenses. En moyenne, ces épisodes ont été suivis d'une croissance plus forte ; à l'inverse, les épisodes de consolidation s’appuyant plus sur le levier des recettes ont été suivis d'une croissance plus faible en moyenne.

Dans l'ensemble, les gouvernements qui ont mené à bien des programmes de réduction du déficit primaire importants ont privilégié les économies budgétaires et la baisse des dépenses. De récentes[3] recherches suggèrent qu’il est, de fait, possible de les réduire significativement, par exemple les dépenses de retraite et les subventions. Les gouvernements européens pourraient en tirer des leçons, mais le plus difficile reste à faire : les mettre en œuvre.

[1] Liste complète des pays et périodes de consolidation entre parenthèses : Belgique, Irlande (2009-2013), Portugal (2004-2008, 2009-2013, 2014-2018), Espagne (2010-2014), France, Luxembourg (2004-2008), Pays-Bas (2013-2017), Allemagne (2003-2007, 2010-2014), Italie, Grèce (2010-2014, 2012-2016), Autriche (2010-2014), Slovénie (2011-2015), Hongrie (2004-2008), Slovaquie (2010-2014), Tchéquie (2002-2006, 2010-2014, 2013-2017), Pologne (2010-2014), Lituanie (2009-2013), Lettonie (2009-2013), Estonie (2009-2013), Danemark (2002-2006), Suède (2003-2007), Finlande.

[2] Par exemple, en Espagne, la croissance a été de -1,2 % pendant la période d'assainissement (contre +1,1 % auparavant) et de +2,8 % par la suite.

[3] (What we can learn from public debt reductions in OECD countries | CEPR), 13 janvier 2026.

LES ÉCONOMISTES AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE