En Afrique subsaharienne, la dette publique se stabilise mais les vulnérabilités s’accentuent

27/01/2026

L’Afrique subsaharienne a traversé 5 années de chocs qui ont fragilisé ses finances publiques entre 2020 et 2024. Sur cette période, la dette publique a rapidement augmenté, ce qui a alimenté les inquiétudes sur l’ensemble de la région.

Transcription

L’Afrique subsaharienne a traversé 5 années de chocs qui ont fragilisé ses finances publiques entre 2020 et 2024. Sur cette période, la dette publique a rapidement augmenté, ce qui a alimenté les inquiétudes sur l’ensemble de la région.

Mais depuis plusieurs mois, on observe une évolution positive des métriques des finances publiques :

1/ Le déficit budgétaire au niveau régional s’est réduit à 3,8% du PIB en moyenne sur 2023-2025, contre 4,9% du PIB en moyenne sur 2020-2022.

2/ La dette publique s’est enfin stabilisée à 58% du PIB en 2025.

Cependant, des inquiétudes ressurgissent. Notamment, la part de la dette extérieure dans le total de la dette publique a nettement rebondi en 2024 et retrouvé son niveau de 2019. Les souverains sont donc davantage exposés au risque de change.

De plus, si l’on regarde les flux nets de dette publique extérieure, on observe une reconfiguration du profil des créanciers extérieurs qui fait apparaître de nouvelles vulnérabilités.

1/ Depuis 2024, la part des créanciers privés dans le total des flux de dette extérieure a nettement rebondi.

Elle a atteint 42% en 2024, contre seulement 13% en moyenne sur 2020-2023. Ce rebond s’explique principalement par le retour des souverains africains sur les marchés internationaux de capitaux après deux années de resserrement des conditions de financement internationales. En 2024 et en 2025, 9 souverains d’Afrique subsaharienne ont émis sur les marchés de capitaux internationaux pour un montant moyen annuel de USD 14,7 mds, alors qu’aucun souverain africain n’avait pu émettre entre avril 2022 et janvier 2024. Ce retour des créanciers obligataires privés signifie que les souverains d’Afrique subsaharienne sont de nouveau beaucoup plus exposés à la volatilité des conditions de financement sur les marchés internationaux.

2/ 2020 exclus, les flux de dette des créanciers multilatéraux ont atteint un record en 2024 et devraient diminuer dès 2025.

Les données provisoires de la Banque Mondiale pour 2025 indiquent une contraction des décaissements des bailleurs multilatéraux, qui devrait se poursuivre à moyen terme compte tenu de la fin des programmes FMI auxquels sont conditionnés de nombreux programmes de financement multilatéraux. En novembre 2025, 22 pays d’Afrique subsaharienne étaient sous programme FMI, contre 25 en décembre 2024. 11 pays supplémentaires de la région devraient voir leur programme FMI se terminer en 2026.

3/ Au niveau agrégé, les créanciers bilatéraux n’octroient plus de nouveaux crédits, et la tendance devrait se poursuivre à court et moyen terme.

Depuis 2018, les flux nets de dette bilatérale sont en baisse continue, et ils sont devenus négatifs depuis 2023. Cela s’explique largement par le retrait des créanciers bilatéraux chinois (Sur ce sujet consultez le Graphique de la Semaine de Lucas Plé : Afrique subsaharienne : rebond en trompe-l’œil des crédits chinois).

La tendance devrait se poursuivre dans les prochaines années car les autres créanciers bilatéraux ne suffisent pas à contrebalancer le poids de la Chine. Les entrées nettes de dette bilatérale des créanciers du Club de Paris devraient rester modérées, car certains créanciers continuent d’octroyer de nouveaux crédits (Allemagne, Corée du Sud, France, Italie, Japon, Royaume-Uni) quand d’autres se retirent de la région (Espagne, Etats-Unis, Russie, pays scandinaves). Enfin, les pays du Golfe (GCC), qui sont devenus un créancier important depuis la fin des années 2010, ne seront pas non plus en mesure de contrebalancer le retrait des crédits chinois.

Dans ce contexte de retour des créanciers obligataires privés et de retrait des créanciers officiels, la dynamique de la dette publique est à surveiller : car, si le ratio de dette se stabilise, la charge d’intérêt, elle, continue d’augmenter. En moyenne, elle a absorbé 18,5% des recettes publiques en 2025, un niveau alarmant comparé aux autres régions du monde.

LES ÉCONOMISTES AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE
Equipe : Économies Émergentes