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Face au vieillissement : les pays de la zone euro apparaissent comme les plus vulnérables

10/04/2026
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La plupart des pays développés connaissent un vieillissement rapide de leur population. Selon la base de données des Nations unies, la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus dans les « pays les plus développés[1] » devrait passer de 21,5% en 2026 à 32,3% en 2100. Il existe toutefois de fortes disparités entre ces pays. Au Japon, par exemple, les 65 ans et au-delà représentent déjà plus de 30,5% de la population, et d’ici la fin du siècle leur part devrait se stabiliser autour de 39%. Dans les pays dont le profil d’âge est plus favorable, comme les États-Unis, la part des 65 ans et plus devrait passer de 19% à 30,5%.

De telles progressions constituent une menace pour les systèmes nationaux de protection sociale. En effet, en l'absence de réformes spécifiques, les dépenses liées aux retraites et à la santé augmenteront, tandis que les cotisations de la population en âge de travailler diminueront au fur et à mesure que celle-ci déclinera.

Dans cette équation, quels sont les pays les plus vulnérables ? Nous avons tenté de répondre à cette question en analysant cinq ratios composant un « indice de vulnérabilité au vieillissement[2] », pour 16 pays développés.

Les pays anglo-saxons et les pays scandinaves, notamment la Suède et le Danemark, obtiennent les meilleurs résultats du classement général. Les pays les plus vulnérables sont tous membres de la zone euro, l'Espagne et l'Italie, dont le vieillissement est rapide, occupant les dernières places.

Indice de vulnérabilité au vieillissement du FMI (mise à jour 2026)

Évaluation de la vulnérabilité au vieillissement d’un pays

L’analyse des ratios suivants permet plusieurs observations :

- Dette publique nette (en pourcentage du PIB) : dans de nombreux pays, la dette publique atteint son niveau le plus élevé en temps de paix, ou s'en approche. Cela laisse peu de marge de manœuvre pour absorber les coûts supplémentaires liés au vieillissement de la population. Le Japon et l'Italie arrivent en tête du classement, avec 129 % du PIB.

- Recettes fiscales (en pourcentage du PIB) : augmenter la pression fiscale pour financer les coûts croissants liés au vieillissement de la population est de moins en moins une option pour de nombreux pays. Dans certains pays européens, les recettes fiscales avoisinent déjà les 50 % du PIB. C’est le cas du Danemark (50 %), de la Belgique (50 %), la France (51,7 %) et la Norvège (59,7 %). Toutefois, cela ne constitue pas un problème pour cette dernière car sa dette publique nette est négative (les actifs financiers dépassent les passifs grâce à son immense fonds pétrolier). Dans les pays anglo-saxons et au Japon, ce pourcentage est d’environ 40 % voire moins. Ces pays disposent donc encore d’une certaine marge de manœuvre pour augmenter les recettes publiques.

- Ratio de dépendance : plus il y a de contribuables, plus un système de sécurité sociale est viable. Cependant, le taux de dépendance — la population des 0 - 25 ans et des plus de 65 ans rapportée à celle des 25 - 64 ans — devrait augmenter fortement en Europe au cours des prochaines décennies, en particulier dans les pays d’Europe du Sud. L’Espagne se distingue négativement, avec une hausse attendue de 52 % de son ratio de dépendance d’ici à 2050. En Italie et au Portugal, l’augmentation sera respectivement de 41,4 % et 37,5 %. Les pays les mieux lotis sont, là encore, les pays anglo-saxons (le vieillissement y est moins rapide) ainsi que la plupart des pays scandinaves.

- Part des retraites publiques dans le total des retraites : L’augmentation du ratio de dépendance rend de plus en plus difficile le financement des retraites publiques par les cotisations de sécurité sociale. En outre, dans les pays où le ratio de dépendance augmente le plus, les retraites publiques représentent au minimum 90% de la masse totale des pensions. Le poids des retraites publiques rend toute modification des régimes très sensible sur le plan politique. Une fois encore, les pays anglo-saxons s'en sortent mieux grâce à leurs systèmes de retraite professionnelle, basés sur la capitalisation. Au Royaume-Uni, ce système représente 28% des retraites. Auu Canada, aux États-Unis et en Australie, leur part s'élève respectivement à 37,5%, 44,4% et 50,2%. Sur le continent européen, seuls les Pays-Bas (29,5%) ont suivi cet exemple.

- Valeur actuelle nette des dépenses publiques supplémentaires consacrées aux retraites et aux soins de santé entre 2024 et 2050 : Les États-Unis se distinguent ici. La valeur actuelle nette des dépenses supplémentaires de sécurité sociale sur la période 2024-2050 doublerait la dette publique américaine en l'absence de réformes. Cependant, plusieurs pays européens sont aussi confrontés à une augmentation substantielle des dépenses consacrées aux retraites et aux soins de santé.

Les coûts de santé, source des dépenses à venir

Il convient de noter que, dans les trois quarts des pays étudiés, la majeure partie des dépenses de sécurité sociale supplémentaires couvrent les soins de santé. Or, ces coûts sont particulièrement difficiles à maîtriser. Depuis 2000, les prestations de retraite ont déjà été considérablement ajustées dans la plupart des pays. Toutefois, en Europe, les plus âgés perçoivent environ deux fois plus de prestations au cours de leur vie que ce qu’ils ont cotisé durant leur vie active. Les réformes introduites après la crise financière mondiale de 2008 ont ramené le rapport entre prestations et cotisations pour les jeunes générations à environ 1,5. Si cela a permis de résoudre environ la moitié du problème, plusieurs réformes plus récentes ont une nouvelle fois fait grimper la facture dans de nombreux pays.

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Au terme de cette analyse, les pays d'Europe du Sud, ainsi que la Belgique et la France, sont ceux où les finances publiques apparaissent comme les plus vulnérables face au vieillissement de la population. Les deux principales raisons sont des niveaux initiaux de dette publique élevés, qui limitent la marge de manœuvre budgétaire, et la faible part des régimes complémentaires par capitalisation (fonds de pension, etc.), le système de retraite reposant fortement sur les fonds publics. Par ailleurs, certains pays se distinguent positivement grâce à une faible valeur actuelle nette des engagements sociaux non couverts (retraites, soins de santé). Toutefois, ce critère peut être assez volatil en fonction du taux d'actualisation utilisé.


[1] Cela comprend tous les pays européens, l'Amérique du Nord, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, ainsi que le Japon.

[2] Les cinq ratios sont les suivants : la dette publique nette en pourcentage du PIB ; les recettes publiques en pourcentage du PIB ; l'augmentation du taux de dépendance (25–65 / 0–25 & 65+) au cours de la période 2026–2050 ; la part actuelle des pensions publiques (retraités) dans le total des pensions ; et la valeur actuelle nette des dépenses publiques supplémentaires consacrées aux pensions et aux soins de santé entre 2024 et 2050 en pourcentage du PIB. Le classement final tient compte de la note moyenne obtenue pour ces cinq ratios. Source : De Leus, Koen & Gijsels, Philippe (2024), The New World Economy in Five Trends, Uitgeverij Lannoo.

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