Conflit en Iran, prix des matières premières et inflation en zone euro : l’étendue des risques

12/03/2026

Le conflit en Iran a mis fin à la modération du prix des matières premières, qui avait permis de faire reculer l’inflation en Europe. Une désinflation qui a permis une baisse du taux directeur de la BCE et qui a participé du rebond de la croissance en 2025. Ce conflit pourrait renverser ces perspectives, avec une ampleur qui dépendra de la tournure, encore très incertaine, que prendra le conflit dans les prochaines semaines.

Transcription

Le conflit en Iran a mis fin à la modération du prix des matières premières, qui avait permis de faire reculer l’inflation en Europe. Une désinflation qui a permis une baisse du taux directeur de la BCE et qui a participé du rebond de la croissance en 2025. Ce conflit pourrait renverser ces perspectives, avec une ampleur qui dépendra de la tournure, encore très incertaine, que prendra le conflit dans les prochaines semaines.

À la date d’enregistrement de cette vidéo, les prix des carburants avaient d’ores et déjà augmenté de 12% en France par rapport à fin février. La hausse continue du prix du pétrole sur les marchés, qui a franchi les 100 dollars par baril le 9 mars, laissait même présager une poursuite de la hausse. En 2022, les prix des carburants avaient augmenté de 19% en zone euro et de 17% en France en mars, ce qui avait ajouté 0,6 point de pourcentage à l’inflation de ce mois.

Si le choc de 2022 devait se répéter, l’inflation accélérerait de 1,1% en février 2026 à 1,7% en mars en France. En zone euro, elle franchirait de nouveau le seuil des 2%, pour se rapprocher de 2,5% en mars contre 1,9% en février.

L’impact ultérieur dépend toutefois de l’évolution du conflit, qui reste incertaine. Toutefois, deux éléments militent pour que le pic d’inflation soit plus modéré qu’en 2022 :

  • Le point de départ. L’inflation harmonisée a atteint 1,1% en France et 1,9% en zone euro en février (contre 4,1 et 5,9% respectivement en février 2022). Les tensions sur l’offre sont nettement plus modérées qu’à l’époque. De plus, avant le déclenchement du conflit en Iran, le marché pétrolier était caractérisé par un excès structurel d’offre sur la demande.
  • Un choc probablement moins durable qu’en 2022, même en cas de blocage du détroit d’Ormuz pour plusieurs semaines. C’est notamment probable concernant le prix du gaz. En 2022, l’Union européenne avait entrepris de se passer structurellement de l’offre russe. Rien de tel aujourd’hui : dès lors que le détroit d’Ormuz sera libéré, les échanges pourront reprendre.

Concernant l’évolution du conflit, nous discernons trois scénarios. Le premier, la désescalade, implique que le conflit baisse en intensité et que les prix des hydrocarbures reviennent à leur niveau de fin février au bout de quelques semaines. Le deuxième scénario fait l’hypothèse d’une période d’incertitude politique prolongée en Iran. Dans ce cas, la hausse des prix du pétrole et du gaz redeviendrait moins importante, mais serait plus durable. Le troisième scénario, celui de l’escalade, s’accompagnerait de tensions fortes et durables sur l’approvisionnement en pétrole et en gaz.

Dans les deux premières hypothèses, l’impact sur l’inflation serait temporaire dans la première, plus durable dans la deuxième, mais serait (dans les deux cas) modéré. Le choc sur la croissance serait modéré. La BCE devrait rester prudente, mais n’aurait pas nécessairement à relever son taux directeur.

Dans la troisième hypothèse, la plus négative, le prix du baril de pétrole resterait à 100 dollars en moyenne au 2e trimestre, tandis que celui du TTF (la référence pour le prix du gaz en Europe) dépasserait les 100 euros par MwH, avant un reflux à partir du 3e trimestre. Le choc inflationniste s’étendrait au prix de l’électricité et aux autres secteurs : alimentation, biens et services. Selon nos calculs, l’inflation serait de 0,9 pp plus élevée en 2026 par rapport à notre scénario avant conflit, qui est de 1,6% en moyenne en zone euro et 1,1% en France.

La croissance serait, en conséquence, amputée de l’ordre de 0,5 point en zone euro. De plus, comme l’inflation avoisinerait 4% en zone euro en fin d’année, la BCE devrait probablement relever ses taux directeurs pour éviter l’installation d’une dynamique inflationniste plus durable.

LES ÉCONOMISTES AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE