Les importations américaines ont nettement faibli en 2025, tirées vers le bas par la chute des importations en provenance de Chine dans un contexte d'escalade des tensions commerciales. Malgré une baisse de 20% vers les États-Unis, les exportations chinoises ont, dans le même temps, globalement bien résisté[1], augmentant de +5,5%.
Elles ont, en effet, continué de croître fortement à destination d'autres régions du monde, notamment la zone euro (+8%), l'ASEAN (+13%), l'Amérique latine (+7%) et l'Afrique (+26%). Or, la question centrale qui se pose est de savoir dans quelle mesure cela reflète la réorientation des échanges commerciaux, en réponse à la hausse des droits de douane américains, ou d'autres mécanismes d'ajustement. En effet, les retards dans l’application des nouveaux droits de douane et l'incertitude politique compliquent l'évaluation d’une réorganisation des échanges induite par ces droits de douane.
Bien que l’on dispose de peu des données empiriques pour le moment, les premiers signes d'un détournement des échanges commerciaux sont visibles, en particulier dans le secteur des biens de consommation chinois, où la hausse des droits de douane américains s'accompagne d'une croissance plus forte des exportations chinoises vers d'autres pays. Sur la base d'hypothèses alternatives relatives à l'élasticité des échanges commerciaux[2], la baisse des exportations chinoises vers les États-Unis pourrait être comprise entre USD 90 et 310 milliards par an.[3]
La Banque d'Italie a évalué, pour un groupe de pays donné, la part des exportations chinoises qui pourrait être réorientée afin d’absorber l'offre excédentaire résultant de l’évolution des échanges commerciaux[4]. Pour l'Italie, cette part serait de seulement 1% des exportations totales dans le scénario d'une élasticité maximale (soit environ EUR 6,4 milliards). Bien qu’elle soit inférieure à celle de la plupart des économies émergentes, cette part est l’une des plus élevées des économies avancées, en particulier par rapport à l'Allemagne et à la France (voir le graphique de gauche). Dans le cas d'une élasticité minimale, cette part tombe à 0,3% (environ EUR 1,9 milliard).
Exposition sectorielle de l'Italie au détournement commercial chinois
L'impact varie considérablement d'un secteur à l'autre (voir graphique de droite). Les plus touchés sont les « autres industries manufacturières » (notamment les jouets), l'électronique, le caoutchouc et les plastiques, ainsi que les machines. En revanche, les produits pharmaceutiques et les équipements de transport, bien que fortement frappés par les droits de douane américains, sont moins exposés que la moyenne des secteurs au détournement commercial.
Dans le même temps, l'afflux supplémentaire de produits chinois pourrait réduire le coût des intrants pour les entreprises italiennes. Environ 60% des importations italiennes en provenance de Chine sont constituées de biens intermédiaires et d'équipements. La réorganisation des flux commerciaux pourrait donc agir comme un choc d'offre positif pour les entreprises qui utilisent ces intrants, et ainsi réduire leurs coûts de production dans certains secteurs.
Entre mai et juin 2025, une enquête sur les prévisions d'inflation et de croissance, menée par la Banque d'Italie auprès des entreprises italiennes, a permis de recueillir leurs anticipations au regard des effets potentiels, à court terme, de l'augmentation de l'offre chinoise sur leurs marchés de référence. Ainsi, 34% des entreprises manufacturières et 24% des entreprises de services anticipaient une hausse de la pression concurrentielle chinoise, les exportateurs étant les plus nombreux. Pour la plupart, l'intensification de la concurrence et la pression à la baisse sur les prix de vente constituaient le principal canal de transmission. Une part plus faible, mais néanmoins significative, a mis en avant la baisse du prix des intrants intermédiaires. Les entreprises les plus exposées au détournement commercial chinois ont également fait état d'une incertitude accrue à moyen terme et d'une plus grande prudence dans leurs plans d'investissement.
Dans le contexte international actuel difficile, marqué par des tensions commerciales et la mutation des flux mondiaux, l'impact global des nouveaux droits de douane américains a toutefois été, pour l’heure, plus modéré que prévu. Les exportations italiennes ont mieux résisté que prévu, enregistrant une hausse annuelle de 3,3%. Les performances ont été particulièrement solides vis-à-vis des États-Unis (+7,2%), qui restent le deuxième marché d'exportation de l’Italie derrière l'Allemagne. L’excédent commercial italien a atteint EUR 50,746 milliards, soutenu largement par l’important excédent des produits non énergétiques qui se monte à EUR 97,685 milliards.
Simona Costagli