Comment Pékin réagira aux prochaines mesures protectionnistes américaines ? La Banque centrale va-t-elle laisser le yuan se déprécier pour compenser l’effet des hausses de droits de douane sur la compétitivité prix des exportations chinoises ?
TAUX DE CHANGEDepuis le début du second mandat du Président Trump, et malgré les hausses des droits de douane américains, la Banque centrale de Chine (PBOC) a maintenu quasi stable sa parité de référence entre le yuan et le dollar (graphique 1). Les pressions à la baisse sur le yuan se sont atténuées pendant cette période. Mais à l’approche du Liberation day promis par Trump, ces pressions se sont de nouveau accrues, les marchés testant la tolérance de la PBOC à un yuan plus faible. Il est toutefois probable que les autorités chinoises continuent d’employer l’arme du taux de change avec une grande prudence.
Préférence pour la stabilité
D’une part, le yuan est déjà à un niveau historiquement faible. D’autre part, la stabilité du taux de change fait partie des mandats de la Banque centrale. La PBOC doit aussi assurer la stabilité du système financier et celle des comptes extérieurs. Or, la Chine est vulnérable aux sorties de capitaux, qu’une dévaluation soudaine du yuan pourrait précipiter. Par ailleurs, Pékin peut également craindre les répercussions d’un affaiblissement du yuan sur les taux de change des pays voisins, alors même que le renforcement des liens commerciaux et financiers en Asie est un élément de sa stratégie de réponse au protectionnisme américain.
BALANCE DES PAIEMENTSVulnérabilité aux sorties de capitaux
Le solde net total des flux de capitaux de la balance des paiements chinoise est devenu structurellement négatif (graphique 2). En 2024, le déficit a même atteint son niveau le plus élevé des huit dernières années (-USD486 mds, soit -2,6% du PIB). Cette détérioration a accompagné la hausse de l’excédent courant (à USD424 mds, soit +2,3% du PIB) et les réserves de change sont restées stables (USD3450 mds). Les sorties nettes de capitaux reflètent surtout une perte d’attractivité de l’économie et des marchés financiers chinois.
Les flux nets d’investissements directs (ID) sont négatifs depuis 2022, en raison de l’effondrement des entrées d’ID étrangers (de USD344 mds en 2021 à USD19 mds en 2024) – la crise sanitaire, les risques réglementaires et les tensions géopolitiques et commerciales ayant poussé les groupes étrangers et chinois à sécuriser leurs chaines d’approvisionnement et de production. De leur côté, les sorties nettes d’ID résidents sont en très légère hausse sur la période 2022-2024, la Chine ayant renforcé ses investissements vers des pays alliés, stratégiques ou « connecteurs ». Le solde net des autres flux de capitaux (investissements de portefeuille, dette, autres) est également déficitaire ; il s’est détérioré en 2024, notamment du fait des différentiels de taux entre les États-Unis et la Chine et de la dégradation des anticipations de croissance de l’économie chinoise.
C’est pour inverser ces dynamiques, et sans doute donner un peu de latitude à sa politique de change, que le gouvernement a récemment multiplié les mesures pour encourager les résidents à investir sur les marchés financiers locaux, et adopté un discours plus favorable vis-à-vis des investisseurs étrangers.