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Importations stratégiques italiennes : derrière une exposition similaire à celle de l’Europe, une plus grande vulnérabilité sur l’énergie

29/04/2026
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Poids des importations stratégiques dans certains États de l’UE
Distribution des importations stratégiques selon la stabilité politique des pays fournisseurs

Le degré d’ouverture commercial de l’UE : principale force et … faiblesse

Le grand degré d’ouverture des pays de l’UE constitue à la fois une force et une faiblesse, rendant nécessaires des initiatives actives pour renforcer la sécurité économique. Selon la Banque mondiale, en 2024, l’ouverture commerciale de l’UE[1] s’élevait à 92%, contre 25% pour les États-Unis et 37% pour la Chine. Pour l'Italie, ce chiffre était de 63%, l'un des plus élevés parmi les États membres, avec une exposition particulièrement forte à la demande extra-européenne. Compte tenu de l'évolution du contexte géopolitique et économique international, conjuguée à la dépendance du pays vis-à-vis des importations énergétiques, une attention particulière doit être portée à la vulnérabilité potentielle des importations italiennes face à d'éventuelles perturbations, totales ou partielles, de l'approvisionnement extérieur en produits d'importance stratégique.

Identification des importations stratégiques dans l'UE

Dans le domaine de la sécurité économique, l'UE a identifié trois secteurs prioritaires d'importance technologique stratégique, par le biais de la plateforme STEP (Strategic Technologies for Europe Platform) : les technologies numériques et de pointe ; les technologies propres et économes en ressources ; et la biotechnologie.[2] Sur cette base, une étude récente de l'Istat[3] a identifié les produits d'importance stratégique pour lesquels une réduction ou une interruption des importations compromettrait la sécurité économique des systèmes productifs de l'Italie, de la France, de l'Allemagne et de l'Espagne.

L'analyse, portant sur la période 2023-2025, a révélé que les produits définis comme stratégiques représentent en moyenne plus de 20% de la valeur des importations dans les quatre pays, la France affichant la part la plus élevée (24,2%, graphique du haut). L'Allemagne importe une part proportionnellement plus importante de produits pharmaceutiques et médicaux, de machines et de robots industriels, ainsi que de produits électroniques. Les importations françaises de biens stratégiques sont davantage concentrées dans les secteurs de la défense et de l'aérospatiale, tandis que l'Espagne et l'Italie sont les pays qui importent le plus de matières premières et de technologies liées aux énergies alternatives (c'est-à-dire la pierre angulaire de la politique de transition énergétique de l'UE).[4]

La Chine est le principal fournisseur des importations stratégiques de l'UE

Sur les trois années examinées, et par rapport à la valeur totale des importations stratégiques, la Chine se positionne comme le principal fournisseur de produits stratégiques importés par les quatre pays de l'UE (avec une part de 9,3%). Ce pays asiatique revêt une importance particulière pour l'Italie (11,3% des importations stratégiques) et l'Allemagne (9,3% des importations stratégiques). Le rôle de la Chine est prédominant dans le secteur des machines et de la robotique industrielle : le pays représente plus de 20% de la valeur des importations stratégiques sectorielles, tant en Allemagne qu’en Italie.

Un autre aspect pertinent de la dépendance stratégique concerne le degré de risque politique associé aux pays fournisseurs. Sur la base des indicateurs mondiaux de gouvernance de la Banque mondiale[5], la même étude de l’Istat révèle que les quatre pays examinés achètent un peu moins de 50% de leurs importations stratégiques auprès de fournisseurs classés comme présentant un risque politique « élevé » ou « moyen-supérieur » (sur une échelle de risque divisée en quintiles), tandis que pour l’Italie seule, cette part s’élève à 60% (graphique en bas).

La composition des importations stratégiques de l'Italie la rend plus exposée aux turbulences géopolitiques

Dans l'ensemble, à en juger par la part des importations stratégiques, l'Italie dépend des fournisseurs étrangers de produits stratégiques dans une ampleur similaire à celle des autres principaux pays de l'UE. Par rapport à l'Allemagne et à la France, le pays affiche toutefois une plus grande dépendance vis-à-vis des sources externes pour les matières énergétiques (produits pétrochimiques ainsi qu'énergies alternatives), qui sont plus directement exposées – en termes de disponibilité et, surtout, de prix – aux turbulences de la politique internationale.

[1] L'ouverture commerciale est définie comme la somme des exportations et des importations de biens et de services en pourcentage du PIB.

[2] L'autonomie stratégique vise à atteindre un haut degré d'indépendance dans les secteurs, les processus et les technologies définis comme stratégiques, en minimisant les dépendances vis-à-vis d'acteurs extérieurs jugés politiquement peu fiables, voire hostiles.

[3] Istat, Rapport sur la compétitivité des secteurs industriels 2026, avril.

[4] L'étude identifie 317 produits d'importance stratégique, classés en huit groupes en fonction de leurs caractéristiques technico-physiques ou technologiques respectives : Fabrication de pointe et robotique (62 produits, 19,6% du total) ; Matières premières critiques (49 produits, 15,5%) ; Énergies alternatives et stockage (44 produits, 13,9%) ; Semi-conducteurs et électronique (44 produits, 13,9%) ; Défense et aérospatiale (39 produits, 12,3%) ; Biotechnologie et santé (33 produits, 10,4%) ; Pétrochimie et chimie de base (27 produits, 8,5%) ; Technologies critiques pour l'énergie nucléaire (19 produits, 6%).

[5] Les indicateurs mondiaux de gouvernance (WGI) mesurent la qualité de la gouvernance dans plus de 200 pays et territoires depuis 1996. Les WGI regroupent des centaines de variables issues d’une trentaine de sources primaires — notamment l’Economist Intelligence Unit, Freedom House, le Forum économique mondial, Varieties of Democracy (V-Dem), la Banque africaine de développement et la Banque mondiale — et les synthétisent en six indicateurs composites : Voix et responsabilité (VA) ; Stabilité politique et absence de violence/terrorisme (PV) ; Efficacité du gouvernement (GE) ; Qualité de la réglementation (RQ) ; État de droit (RL) ; Lutte contre la corruption (CC). Chaque indicateur est exprimé sous la forme d’un score normalisé et d’un rang centile.

LES ÉCONOMISTES AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE