Choc énergétique : les risques sur les finances publiques sont modérés L’impact du choc énergétique sur les soldes budgétaires primaires devrait être limité, mais les risques de dérapage sont à surveiller Au Chili et au Pérou, les gouvernements n’ont pas mis en place de subventions aux carburants. En conséquence, les prix de l’essence et du diesel ont respectivement augmenté de 31% et de 60% au Chili, et de 43% et de 65% au Pérou depuis le début du conflit au Moyen-Orient. L’impact inflationniste de la hausse des prix de l’énergie dans ces pays sera marqué[1] , les transports comptant pour 12-13% de l’indice des prix à la consommation.
Au Brésil, le coût des subventions introduites depuis mars (BRL 7,5 mds par mois) devrait être entièrement couvert par la hausse des recettes pétrolières (+BRL 8,5 mds par mois). Cependant, compte tenu du contexte électoral, ces aides pourraient être revues à la hausse. Le choc énergétique aurait alors un coût net négatif pour les finances publiques.
Au Mexique et en Colombie, les prix à la pompe sont fixés par le gouvernement, ce qui accroît le risque de dérapage budgétaire. La différence entre les prix internationaux et les prix domestiques constitue une subvention indirecte financée par l’État. Depuis fin février, les prix de l’essence et du diesel ont peu augmenté au Mexique (+10,6% et +4,1% respectivement) et ils ont presque stagné en Colombie (+1,9% et +2,7% respectivement). Le coût des subventions pourrait donc être important et ne pas être entièrement couvert par la hausse des recettes budgétaires tirées du pétrole.
Le Chili et le Pérou disposent de marges de manœuvre budgétaire pour absorber une hausse de taux en cas de resserrement monétaire Au Chili et au Pérou, le statu quo monétaire attendu avant le choc énergétique a été maintenu jusqu’ici mais, compte tenu de l’impact inflationniste du choc énergétique, une remontée des taux directeurs est probable. Le resserrement monétaire devrait conduire à une hausse de la charge d’intérêts de la dette mais ces pays disposent de marges de manœuvre budgétaire pour absorber ce surcoût. Les déficits budgétaires étaient inférieurs à 3% du PIB en 2025 et la charge d’intérêts ne dépassait pas 8% des recettes publiques (heatmap , lignes 1 et 2).
Les autres banques centrales de la région ne devraient pas réagir au choc énergétique. Au Brésil et au Mexique, elles ont baissé leurs taux directeurs depuis le début du conflit en réaction à la désinflation (Brésil) et au ralentissement de la croissance (Mexique). En revanche, celle de la Colombie a remonté son taux directeur en réponse à une dynamique d’inflation domestique antérieure au conflit au Moyen-Orient. Dans ce pays, la hausse de la charge d’intérêts sur la dette publique en 2026 devrait réduire davantage les marges de manœuvre budgétaire déjà érodées par la politique budgétaire expansionniste du gouvernement.
Les risques liés à un resserrement des conditions financières internationales sont limités à court terme Les États souverains d’Amérique latine semblent vulnérables à un resserrement des conditions financières internationales (heatmap , lignes 4 et 5), c’est-à-dire aux sorties de capitaux et aux pressions baissières sur les devises. Cette exposition s’explique par la part élevée de la dette libellée en devises de ces gouvernements (Pérou, Chili, Colombie) et de celle détenue par des investisseurs étrangers (Chili, Colombie, Mexique). Seul le Brésil est peu exposé à ces risques.
Cependant, certains facteurs permettent de limiter les risques pour les pays les plus exposés. Au Chili et au Pérou, les gouvernements peuvent absorber une hausse du service de la dette grâce à des marges de manœuvre budgétaire confortables. Quoi qu’il en soit, la dépréciation des taux de change depuis le début du conflit a été contenue (-3,3% au Chili et -1,7% au Pérou). La Colombie et le Mexique sont, quant à eux, des pays producteurs de pétrole. Ils ont donc jusque-là été épargnés par la volatilité financière résultant du choc énergétique – la balance commerciale énergétique colombienne affiche un excédent confortable et celle du Mexique un déficit modéré[2] .
En conclusion, comme en Asie[3] , le choc énergétique fait peser des risques modérés sur les finances publiques d’Amérique latine, qui devraient être gérables à condition que le conflit au Moyen-Orient trouve une issue prochainement. Malgré leur statut de producteur de pétrole, la Colombie et, dans une moindre mesure, le Mexique, voient leurs finances publiques continuer de se détériorer.