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Golfe : le CCG investit massivement à l’étranger malgré un excédent courant en baisse

28/01/2026
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Selon les estimations de l’Institute for International Finance, les sorties nettes de capitaux résidents dans le Golfe ont atteint USD 271 mds en 2025, tandis que les entrées nettes de capitaux étrangers totalisaient USD 228 mds.

Depuis le pic de 2022, les prix du pétrole et les recettes d’exportation du Conseil de coopération du Golfe (CCG) diminuent. Pourtant, le CCG n’a jamais autant investi à l’étranger en dépit de la baisse de son excédent courant. De 15,7% du PIB en 2022, l’excédent courant est passé à 8% en 2023, 5,9% en 2024 et 3,8% en 2025. Dans le même temps, les sorties nettes de capitaux résidents de la région ont augmenté de 10% (2023-2025).

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Le CCG n’est plus seulement un fournisseur de capitaux, il est aussi un bénéficiaire d’importants flux d’investissements étrangers

Avec plus de USD 3000 mds d’actifs publics extérieurs (130% du PIB régional hors réserves de change), le CCG dispose d’une force de frappe financière considérable pour continuer à se positionner dans des secteurs stratégiques. Les fonds souverains du Golfe, en particulier, représentaient 43% des dépenses totales des fonds souverains à l’échelle mondiale en 2025 ; ils sont ainsi devenus des acteurs majeurs de l’intelligence artificielle notamment.

Par ailleurs, le rôle des pays du Golfe dans l’architecture financière mondiale évolue car le CCG devient un important bénéficiaire d’investissements étrangers. Les flux entrants de capitaux sont en forte hausse depuis 2023. Ils se sont établis à 9,6% du PIB régional en 2025, contre 5,7% deux ans auparavant. C’est le ratio le plus élevé parmi les régions émergentes.

Arabie Saoudite et Émirats Arabes Unis : des dynamiques divergentes

L’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis (EAU) concentrent 85% de ces flux mais la nature de ces derniers diffère. Dans les EAU, les investissements directs étrangers représentent 73% des entrées de capitaux étrangers depuis 2024. En Arabie Saoudite, plus de la moitié sont des investissements de portefeuille. De fait, les EAU cherchent avant tout à attirer une expertise de l’étranger en s’appuyant sur un climat des affaires compétitif, tandis que l’Arabie Saoudite doit faire face à un besoin de financement croissant pour soutenir son programme en infrastructures massif. La balance courante a basculé dans le rouge en 2024 avec un déficit qui avoisine désormais les 3% du PIB. L’Arabie Saoudite est ainsi l’un des rares pays du CCG à enregistrer des déficits jumeaux. Cela se traduit par une envolée des émissions de dette obligataire en devises : USD 90 mds en 2025 contre USD 50 mds en 2024. L’activité des EAU sur les marchés financiers internationaux est également soutenue ; leurs banques, en particulier, émettent et attirent les créanciers étrangers dans l’optique de renforcer leur statut de hub financier.

Perspectives solides

La solidité des fondamentaux macroéconomiques et des perspectives de croissance devrait continuer de soutenir l’attractivité de la région auprès des investisseurs en 2026. Malgré l’orientation baissière des cours du pétrole, le CCG pourra maintenir un niveau élevé d’engagements à l’étranger sans avoir à puiser dans ses actifs financiers. D’apparence plus fragile, la situation de l’Arabie Saoudite ne soulève pas d’inquiétudes majeures au regard du niveau modéré de sa dette extérieure et de la diversification en cours de son économie.

LES ÉCONOMISTES AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE