Le choc énergétique commence à se diffuser à l’inflation française. En mars et avril, l’inflation était cantonnée aux activités de raffinage et aux prix des carburants. Elle devrait toucher davantage de secteurs au 2e trimestre à en croire l’enquête de la Commission européenne sur les perspectives de prix de vente à 3 mois. En France, la transmission concernerait principalement, au T2, les biens intermédiaires. Concernant les biens et services de consommation ou le bâtiment, en revanche, les pressions inflationnistes resteraient très modérées. Ces éléments sont cohérents avec notre scenario d’une accélération mesurée de l’inflation française (voir notre scenario ) et d’un impact modérée du choc énergétique sur la croissance ( voir notre analyse de la croissance française au 1er trimestre ).
En France, les enquêtes de conjoncture par secteurs montrent un début de transmission du choc énergétique aux prix de vente, avec des perspectives de hausse dans les trois prochains mois (principalement pour les intrants de l’industrie).
C’est ce qui ressort de l’analyse des données de l’enquête de la Commission européenne d’avril. Toutefois, la proportion des entreprises anticipant de telles hausses reste modérée. Elle est plus élevée parmi les entreprises des secteurs produisant des biens intermédiaires, particulièrement les plus gourmands en pétrole (chimie, plastiques-caoutchouc). Il s’agit d’intrants, utilisés pour produire des biens de consommation ou pour réaliser des investissements finaux, dont le coût de production va donc augmenter. Toutefois, les industriels de ces secteurs (automobile, pharmacie ou agroalimentaire) ne prévoient pas encore d’augmenter leurs prix de vente. C’est ce qu’a relevé l’Insee dans son l’enquête trimestrielle sur l’industrie : les « autres industries » (qui regroupent les biens intermédiaires) prévoient une hausse de leurs prix de 1,7% dans les trois prochains mois, tandis que les secteurs produisant des biens de consommation finale ne prévoient pas de hausse.
Perspectives de hausses de prix en France : les entreprises de biens intermédiaires envisagent plus que les autres d’augmenter leurs prix
Un début de transmission aux ménages par l’intermédiaire de l’alimentation.
Si l’agroalimentaire ne prévoit pas de hausse de prix, l’agriculture est davantage exposée au coût de l’énergie, qui représente une part plus élevée de la valeur produite. Ainsi, le commerce alimentaire et la restauration (qui vendent ou transforment des produits frais) prévoient d’augmenter leurs prix (c’est lié également à la hausse du coût du transport de marchandises). Une accélération de l’inflation alimentaire est donc plausible. Elle serait limitée, à court terme, aux produits frais. La composante alimentaire de l’indice des prix à la consommation a ralenti en avril (à 1,3% a/a) et les perspectives de hausses de prix dans le commerce, ou dans la restauration, restent limitées.
Des hausses de coûts devraient pénaliser les industriels au 2e trimestre et pourraient entraîner une transmission aux prix de vente dans davantage de secteurs à partir du T3.
Les prix à la production sont restés stables en mars (hors carburant). Toutefois, la perspective d’une augmentation du prix des intrants devrait entraîner une hausse des coûts de production et une pression sur les marges au 2e trimestre. La transmission de ces hausses aux prix à la consommation est possible mais elle resterait modérée. En effet, les autres coûts des entreprises ne devraient pas connaître d’inflexion à la hausse, en particulier les salaires dont la croissance n’accélérerait pas en 2026 (hors revalorisation probable du SMIC à la fin du 2e trimestre). Les entreprises pourraient aussi décider de réduire leurs marges (dans un contexte de demande modérée), ce qui atténuerait la transmission du choc sur les prix de l’énergie à l’inflation sous-jacente.
L’inflation sur les prix à la consommation ne devrait donc pas se généraliser d’ici à la fin du 2e trimestre (voir également nos analyses concernant la zone euro et dans l’ ensemble des économies avancées ). Toutefois, la perspective d’un rebond plus prononcé des prix à la production (toujours modéré en dehors du secteur du raffinage) pourrait se transmettre, à partir du 3e trimestre, aux biens de consommation finale.