Le déblocage du détroit d’Ormuz sera central. Hormis Oman, seuls l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis ont la capacité de contourner le détroit mais pour des quantités limitées. Pour ces trois pays, l’envolée des cours mondiaux du pétrole devraient compenser en partie les baisses d’exportations en volume. La contraction de la production de pétrole après un mois de fermeture du détroit est toutefois sévère. Pour Bahreïn, le Koweït et le Qatar dont l’intégralité des exportations transite par le Détroit d’Ormuz, le choc est encore plus violent.
Compte tenu du poids des hydrocarbures dans les économies du Golfe, une contraction du PIB régional est probable cette année.
D’autant que le conflit touche également d’autres secteurs clés de ces économies. Les aéroports de Bahrein, du Koweit et du Qatar sont quasiment à l’arrêt, tandis qu’aux Émirats arabes unis ils tournent à moins de 40% de leur capacité. Au-delà du tourisme, des transports et de la logistique, l’immobilier est aussi exposé en raison du poids élevé de la population étrangère dans la région.
La région dans son ensemble dispose de fondamentaux macroéconomiques suffisamment robustes pour absorber le choc. Plus de 5000 milliards de dollars d’actifs sont gérés par les fonds souverains des pays du GCC, soit plus de 2 fois le PIB de la région. Par ailleurs, le niveau moyen d’endettement des gouvernements excède à peine 30% du PIB et les réserves de change sont confortables. Cela explique la réaction contenue des marchés jusqu’à présent. À l’exception de Bahreïn, dont les fondamentaux sont très dégradés et dans une moindre mesure Dubaï, la hausse des primes de risque sur les émissions de dette obligataire en devise depuis fin février est inférieure de 20 points de base.
D’autres éléments rassurent. Dans l’ensemble, avant le conflit, les économies du Golfe connaissaient une période de croissance soutenue, portée par une demande intérieure solide. Les taux de chômage sont bas et les pressions inflationnistes restent contenues. Les banques de la région en ont profité pour consolider leurs bilans, que ce soit en termes de capitalisation ou de qualité des actifs.
La capacité des économies du Golfe à faire face à un choc est donc considérable. Néanmoins, les perspectives sont très incertaines. Elles dépendront de l’évolution du conflit mais aussi de l’environnement régional post-conflit. Si les atouts des pays du Golfe sont nombreux, la persistance d’un risque géopolitique élevé pourrait dégrader leur attractivité auprès des investisseurs étrangers, dont l’apport demeure indispensable au développement économique de cette région.
Une dernière question se pose. Quel impact aura cette crise sur la capacité des pays du Golfe à continuer à investir massivement à l’étranger ? C’est difficile à dire. À très court terme, on peut s’attendre à un rééquilibrage des priorités vers un soutien à leur économie, et donc à un ralentissement des investissements extérieurs. Néanmoins, une liquidation massive des actifs détenus à l’étranger paraît peu probable. En effet, les fonds souverains sont des piliers de la stratégie de diversification économique des pays du Golfe.