Le 1er janvier 2026, la Bulgarie est devenue le 21e membre de la zone euro, dix-neuf ans après son entrée dans l’Union européenne. Depuis juin 2025, elle remplit les critères de convergence de l’UE, notamment la maîtrise de l’inflation, la soutenabilité de la dette publique, la stabilité du taux de change et celle des taux d’intérêt à long terme. Le Parlement européen avait donné son feu vert en juillet 2025 ; dans la foulée, les agences de rating Fitch et S&P ont relevé la notation souveraine de la Bulgarie de BBB à BBB+.
PIB PAR HABITANT DES PAYS AYANT REJOINT LA ZONE EURO DEPUIS 2007 (ESTIMATIONS DE 2025) Amélioration de la perception du risque Les effets immédiats L’entrée de la Bulgarie dans la zone euro améliore le profil de risque du pays. En adoptant l’euro[1] , le gouvernement et les entreprises ne sont plus exposés au risque de change associé à la dette libellée en euros. Celle du gouvernement bulgare atteignait 77% du total en octobre 2025 (soit environ 20% du PIB), tandis que la dette en euros des entreprises était plus modérée (36% du total, soit 8,7% du PIB). La nouvelle donne renforce, par conséquent, la situation des entreprises et des finances publiques, la dette publique totale atteignant environ 25% du PIB fin 2025.
Sur les marchés financiers, l’amélioration de la perception du risque se traduit déjà par une baisse du taux des obligations d’État (2,8% au 2 janvier 2026 pour le taux obligataire à 5 ans contre 3,5% en mai 2025). Les tensions politiques récentes ne semblent pas, pour l’instant, affecter cette baisse. L’expérience des autres pays qui ont précédemment rejoint la zone euro, tels que la Slovaquie, la Lituanie ou encore la Croatie a été similaire : les taux obligataires de ces pays ont baissé après l’annonce de leur adhésion à la zone euro.
RATTRAPAGE ÉCONOMIQUE AVEC L’ALLEMAGNE Poursuite du rattrapage économique La situation actuelle En 2025, la Bulgarie affiche le niveau de vie le plus faible de la zone euro avec un PIB par habitant (en volume et en parité de pouvoir d’achat) de USD 36 430 (Graphique 1 ). Il ne représente que 57,8% de celui de l’Allemagne (Graphique 2 ). Ce taux de convergence est bas, mais supérieur toutefois à ceux de la Slovaquie, l’Estonie et la Lettonie lors de leur entrée dans la zone euro (respectivement en 2009, 2011 et 2014). Depuis, la dynamique de rattrapage économique s’est poursuivie pour l’ensemble des pays ayant adopté l’euro mais elle demeure incomplète (sauf pour Malte[2] ) et varie d’un État à l’autre. La Slovaquie, l’Estonie et la Lettonie, qui partaient de plus bas, restent à la traîne avec un PIB par habitant inférieur à 70% de celui de l’Allemagne. La Lituanie, entrée en 2015 dans la zone euro, a connu un rattrapage plus important que les deux autres états baltes, grâce à un taux d’investissement élevé dans la région et une structure industrielle à fort contenu technologique.
Entre réformes et défis démographiques En Bulgarie, le PIB par habitant a progressé de façon notable entre 2007 et 2025 : il a été multiplié par 1,8 sur cette période. La croissance du PIB a été portée notamment par les fonds européens (environ EUR 28 mds nets depuis l’entrée dans l’UE, 27% du PIB) et les investissements directs étrangers (IDE).
À l’avenir, la vitesse de convergence du niveau de vie va dépendre de la capacité de la Bulgarie à mettre en place des réformes structurelles - notamment en matière de gouvernance. Le rythme des réformes a été récemment ralenti par les remous politiques.
En outre, la Bulgarie est confrontée à un défi majeur : un déclin démographique important. La situation ne devrait pas s’améliorer à l’avenir, même si la migration nette en faveur de la Bulgarie est redevenue positive depuis 2020. Sur les vingt dernières années, la population totale a reculé de 17,1% et la population en âge de travailler de 7,8%.
Des atouts À court terme, l’adoption de l’euro pourrait encourager davantage les investissements étrangers, et ce dans un contexte d’intensification des activités liées au nearshoring dans la région ces dernières années. Par ailleurs, la Bulgarie peut aussi tirer parti du plan de défense européen et des investissements dans l’intelligence artificielle pour soutenir son activité.
Le pays est doté de plusieurs atouts : les coûts salariaux constituent encore un avantage comparé aux autres pays de la zone euro et de l’UE, même si les pressions salariales ont augmenté sur la période récente. La main-d’œuvre est relativement qualifiée et la part de l’emploi des personnes ayant effectué des études supérieures est relativement élevée.
Par ailleurs, le tourisme, l’un des piliers de l’économie (environ 8% du PIB), pourrait encore se développer, comme cela a été le cas dans les pays limitrophes après leur entrée dans la zone euro. Cela stimulerait des investissements dans ce secteur, notamment dans les d’infrastructures.