Graphiques de la semaine

10 ans après le vote, le Royaume-Uni fait face aux conséquences du Brexit

17/06/2026
PDF

Le 23 juin prochain marquera les dix ans du référendum sur le Brexit qui a conduit à une sortie officielle du Royaume-Uni de l’Union européenne le 31 janvier 2020 (avec une période de transition). Depuis, le pays a bien repris la main sur certaines politiques. Il a ainsi recouvré sa pleine souveraineté en matière de politiques commerciale, migratoire et réglementaire. Toutefois, tant la perspective du Brexit que sa mise en œuvre effective en 2021 se sont accompagné d’un décrochage du pays sur plusieurs indicateurs clés. Face à la dégradation du contexte géopolitique actuel et à la multiplication des défis communs, Londres cherche désormais à renouer des coopérations pragmatiques avec son principal partenaire économique : l’Union européenne.

10 ans après le vote, le Royaume-Uni fait face aux conséquences du Brexit

Sources : ONS, OCDE, Eurostat, BNP Paribas

Un Brexit imparfait

Si le référendum a permis au Royaume-Uni de recouvrer sa compétence exclusive sur plusieurs leviers de gouvernance, cette souveraineté retrouvée ne s’est pas seulement traduite par une rupture totale avec l’Union européenne, mais également par des évolutions qui s’écartent des attentes initiales.

En matière commerciale, le Royaume-Uni a négocié de nouveaux accords de libre-échange avec le Japon (2021), l'Australie et la Nouvelle-Zélande (2023), avant de rejoindre le partenariat transpacifique CPTPP en décembre 2024. Toutefois, la dynamique des exportations britanniques a ralenti , accumulant un certain retard par rapport à l’UE (Graphique 4). En outre, si les exportations britanniques de biens en volume vers l’UE ont diminué (-14% entre 2019 et 2025), l'UE demeure le premier partenaire commercial du pays (environ 41% de ses exportations de biens et services), ce qui rappelle l’importance de la proximité géographique en matière de commerce international.

Le constat est similaire sur le plan normatif. Le Royaume-Uni s’est émancipé dans des secteurs ciblés – notamment via les Edinburgh Reforms, pour les services financiers et bancaires, ou encore l’intelligence artificielle avec une régulation plus souple que celle de l’UE.­ Mais, au-delà de ces initiatives, la divergence réglementaire globale reste limitée : seul un tiers des 6 800 textes européens intégrés au droit britannique ont été amendés ou supprimés. Avec l'échéance du cadre exceptionnel (REUL Act) le 23 juin prochain, toute modification future devra suivre la procédure parlementaire classique, plus longue et contraignante, ce qui devrait mécaniquement ralentir le rythme de la divergence avec les normes européennes.

Enfin, en matière d’immigration, la volonté de reprendre le contrôle des frontières s'est concrétisée par la mise en place d'un système d'immigration à points et la fin de la libre circulation des Européens sur le territoire britannique. De fait, le solde migratoire en provenance de l'UE a chuté après le référendum pour devenir négatif dès 2022. Pour autant, ce nouveau système n'a pas réduit l'immigration globale. Les flux en provenance des pays hors UE ont en effet augmenté massivement (le solde migratoire total a atteint un niveau record en 2023), avant qu'un durcissement des règles provoque une baisse en 2025 (mais à un niveau toujours supérieur aux évolutions pré-Brexit, Graphique 3). Le Royaume-Uni a ainsi repris la maîtrise des canaux migratoires sans pour autant parvenir à réduire les flux totaux.

Un coût économique significatif

L'Office for Budget Responsibility (OBR) avait prévu, en 2018, une baisse de la productivité de 4% et des échanges de 15% à long terme. Des estimations qu'il a réaffirmées plus récemment en 2024. Ces chiffres sont corroborés par une étude du NBER (2025) selon laquelle le PIB britannique est aujourd'hui inférieur de 6 à 8% à son niveau contrefactuel (sans sortie de l’UE). Selon cette même analyse, l'investissement, l'emploi et la productivité seraient également inférieurs à ce qu'ils auraient été sans le Brexit, avec des écarts respectifs de -12% à -18% pour l'investissement et de -3% à -4% pour l'emploi et la productivité. Cette tendance est illustrée par l'écart de PIB réel entre le Royaume-Uni et l'UE27 (Graphique 1), ainsi que par la dynamique des exportations (+3,8%) et des importations (+4,9%) entre 2021 et 2025, qui est inférieure à celle d'économies comparables (Graphique 4). L'incertitude et les frictions commerciales se sont ainsi accompagnées d’effets mesurables sur la croissance.

Le Royaume-Uni reste attractif en partie grâce à des avantages structurels précédant le Brexit et qui perdurent

L'impact du Brexit varie selon les secteurs et les zones géographiques. Le Royaume-Uni demeure ainsi attractif pour les investissements directs étrangers, notamment dans les services financiers, la technologie et l'intelligence artificielle. Cette attractivité tient en particulier à une réglementation plus souple que celle de l’UE dans ces secteurs (souplesse déjà présente avant le Brexit, accentuée depuis, notamment sur la réglementation prudentielle), à une politique gouvernementale délibérément pro-innovation (AI Opportunities Action Plan et sandbox réglementaire), ainsi qu’à des atouts plus structurels (profondeur de ses écosystèmes financiers et technologiques, bassin de compétences, langue et fuseau horaire qui facilitent les passerelles avec les marchés nord-américains et asiatiques).

Cette combinaison de facteurs contribue à soutenir l’investissement des entreprises (Graphique 2), seul domaine dans lequel le Royaume-Uni est parvenu, ces dernières années, à combler une partie du retard vis-à-vis de l’UE qui était apparu (en parallèle, le rapport Draghi a souligné que la réglementation excessive pénalisait ce type d’investissement dans l’UE).

Le Royaume-Uni cherche désormais à se rapprocher de l’Union européenne

Le sommet bilatéral du 19 mai 2025, le premier depuis le Brexit, a débouché sur une déclaration commune, un partenariat de sécurité et de défense et une feuille de route destinée à renforcer la coopération dans plusieurs domaines. Des avancées concrètes ont déjà été réalisées telles que la prolongation de l’accord sur la pêche, des discussions sur le rapprochement des marchés carbone ou encore un projet de zone sanitaire et phytosanitaire commune (avec un ajustement réglementaire dynamique) pour lever les barrières commerciales dans le secteur. Par ailleurs, Londres négocie actuellement l'élargissement de son accès à certains programmes européens (notamment le fonds de défense SAFE et l’initiative industrielle européenne Industrial Accelerator Act) en sa qualité de pays tiers. Le prochain sommet bilatéral, qui se tiendra le 22 juillet, devrait permettre de faire avancer les discussions. Ce pivot stratégique répond à un environnement international devenu plus contraignant et marqué par l’intensification des tensions géopolitiques, l'exacerbation des rivalités économiques, et les enjeux énergétiques et climatiques. Il permettrait, en outre, d'atténuer les frictions économiques dues au Brexit, tirant parti d’une opinion publique britannique désormais majoritairement insatisfaite du Brexit et largement favorable à un retour du pays dans l'UE.

LES ÉCONOMISTES AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE