Les réserves sont concentrées en Amérique latine, mais la Chine domine le raffinage (2025, % du total) Un potentiel élevé La course mondiale à l’intelligence artificielle et à l’électrification des économies se traduit par une augmentation des besoins en métaux. D’après une étude récente de S&P Global[1] , la consommation mondiale d’électricité devrait croître de près de 50% d’ici 2040, alimentant une hausse soutenue de la demande en cuivre, lithium, nickel et autres minerais critiques. Selon l'Agence internationale de l'énergie, la demande en cuivre pourrait augmenter de 30 à 40% d'ici 2040, tandis que celle en lithium pourrait être multipliée par quatre à six, selon le rythme d'adoption des technologies bas carbone.
L’Amérique latine concentre une part importante des ressources mondiales en minerais critiques nécessaires pour répondre à cette demande. Mais l’abondance des ressources naturelles ne se traduira pas nécessairement par une accélération de la croissance économique dans ces pays.
D’après les données de la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes [2] , près de 1 200 projets miniers ont été réalisés en Amérique latine au cours des deux dernières décennies. Les minerais critiques ne représentent qu'environ 25% du nombre total de projets, mais plus de 40% de la valeur des investissements, illustrant leur importance stratégique et leur intensité capitalistique. D’après l’OCDE[3] , le nombre de projets d’investissements dans le lithium a été multiplié par neuf depuis 2016 (principalement à destination de l’Argentine, devant le Chili et le Brésil). Les projets d’investissements dans le nickel, le cobalt et les terres rares ont également fortement progressé depuis 2020, en particulier au Brésil.
Des activités limitées à l’extraction La région reste pourtant principalement cantonnée aux activités d'extraction, qui concentrent encore plus de 70% des investissements. Les segments à plus forte valeur ajoutée (raffinage, transformation et innovation) restent marginaux ; ils sont majoritairement localisés en dehors de la région, principalement en Chine. Cette situation limite la capacité des pays latino-américains à capter une part significative de la valeur générée par les chaînes de valeur des technologies propres et numériques.
La Chine occupe une position dominante dans ces chaînes de valeur. Depuis une dizaine d’années, le gouvernement chinois a développé une stratégie intégrée combinant sécurisation des approvisionnements, investissements à l’étranger et développement des capacités de raffinage. En 2024, la Chine absorbait 70% des exportations de lithium du Chili et plus de la moitié de ses exportations de cuivre. Cette stratégie renforce son influence sur les chaînes de valeur mondiales, tout en maintenant les économies latino-américaines dans un rôle principalement extractif.
L’Europe et les États-Unis s’organisent, l’Amérique latine reste divisée Face à la domination chinoise, l'Union européenne a adopté en 2023 le Critical Raw Materials Act, qui fixe des objectifs de 10% d'extraction et de 40% de transformation locales d'ici 2030, tout en limitant la dépendance vis-à-vis de pays tiers pour les minerais stratégiques, notamment par le développement de capacités européennes et la sécurisation de partenariats avec des pays tiers. Aux États-Unis, les minerais critiques ont été officiellement intégrés aux priorités de sécurité nationale en 2022 afin de soutenir l’extraction et la transformation domestiques d’un ensemble de minerais stratégiques, tels que le lithium, le nickel, le cobalt et le graphite. Les États-Unis ont également multiplié les accords bilatéraux avec plusieurs pays de la région au cours des dernières années (Argentine, Équateur, Pérou et Chili) afin de garantir leur approvisionnement. Dans le cadre de la révision de l'USMCA, les États-Unis, le Canada et le Mexique négocient l'ajout d'un volet consacré aux matériaux critiques. Il vise à sécuriser les approvisionnements et à développer des chaînes de valeur régionales dans les secteurs des batteries, des véhicules électriques et des technologies stratégiques.
Ces initiatives témoignent du rôle stratégique des minerais critiques, dont le contrôle conditionne le positionnement dans les chaînes de valeur industrielles. Les réponses latino-américaines à ces enjeux restent largement nationales et fragmentées. Le Chili et le Brésil se distinguent par des politiques minières spécifiques qui incluent des instruments ciblant les minerais critiques et des mesures pour accélérer et simplifier les investissements. Les pays riches en lithium de la région (l’Argentine, le Chili, le Brésil, la Bolivie et, dans une moindre mesure, le Mexique) cherchent tous à s'insérer dans les segments à plus forte valeur ajoutée des chaînes de valeur. Mais leurs approches varient considérablement, allant de politiques libérales visant à attirer les investissements étrangers à des modèles plus interventionnistes.
Cette fragmentation est d’autant plus dommageable que les ressources de la région sont complémentaires, entre le cuivre du Chili et du Pérou, le lithium de l’Argentine, de la Bolivie et du Chili, et le nickel, le graphite et les terres rares du Brésil. Une approche régionale permettrait de développer des chaînes de valeur intégrées.