La succession de chocs que traverse l’Allemagne ne devrait pas l’empêcher de connaître une nette accélération de sa croissance en 2026. Ce ne serait d’ailleurs pas une première : en 2025, déjà, l’Allemagne est sortie de la récession. La croissance est restée modeste, mais a été notable dans un contexte perturbé par les tarifs douaniers américains.
Selon nos prévisions actuelles, la croissance ferait plus que de doubler en 2026 et progresserait encore davantage en 2027, malgré l’impact du conflit au Moyen-Orient. Elle serait, en effet, soutenue par la montée en puissance des plans d’investissements massifs lancés l’an dernier. Les premiers chiffres de l’année sont d’ailleurs encourageants : entre janvier et avril, les dépenses du budget fédéral on atteint 4,7% du PIB, soit un tiers de leur cible annuelle. Les dépenses d’investissement ont atteint 0,4% du PIB et ceux dans la défense 0,6%. Ces chiffres indiquent que le gouvernement allemand est en bonne voie pour atteindre ses objectifs budgétaires pour 2026.
Si l’Allemagne devrait voir sa croissance s’accélérer, c’est aussi parce qu’elle semble mieux armée pour faire face aux conséquences du conflit au Moyen-Orient, qu’elle ne l’était au moment du déclenchement de la guerre en Ukraine. Le mix énergétique allemand a évolué. Notamment, la production d’énergie renouvelable a augmenté, réduisant la fréquence à laquelle le gaz est nécessaire pour produire de l’électricité. Cela rend donc l’économie allemande moins vulnérable au choc énergétique actuel qu’à celui de 2022.
Une prolongation du conflit constituerait néanmoins un risque. Notre scénario central anticipe en effet sa normalisation progressive, et des prix du pétrole qui diminueraient en conséquence autour de 80 dollars le baril au 2e semestre. Leur maintien plus durable à un niveau plus élevé pénaliserait par nature l’économie allemande, toujours énergivore, qu’il s’agisse des secteurs soutenus par les plans d’investissement ou des piliers traditionnels de l’industrie, comme la chimie.
Le grand défi de l’Allemagne vient de Chine. Selon une étude récente du Centre for European Reform, l’Allemagne est le pays européen le plus exposé au choc chinois. Ses industries clés – automobile, machines et chimie – sont confrontées à une intensification de la concurrence, non seulement sur le marché chinois mais aussi sur les marchés tiers, et même en Allemagne. Comme un symbole, en 2025, la Chine a dépassé les Etats-Unis comme premier investisseur étranger en Allemagne, avec une hausse de 15% sur un an du nombre de projets annoncés.
Face à ces pressions, l’économie allemande accélère sa transformation. Les exportations vers la zone euro compensent en partie la faiblesse des débouchés chinois et américains. L’industrie se réoriente vers la défense, l’aéronautique et les équipements électroniques – des secteurs qui représentent déjà 15% de la production industrielle. Le Mittelstand allemand tire également parti des cycles d’investissement dans l’électrification et l’intelligence artificielle.
Mais, cette transformation suppose aussi de faire évoluer la politique d’innovation. Les efforts encore à mener en recherche et développement seront essentiels pour tirer pleinement parti des investissements engagés, et renforcer les chances de voir l’Allemagne redevenir l’un des moteurs de la croissance européenne.