Choc et résistance : Ce sont, de nouveau, encore, les maîtres-mots de la première partie de l’année 2026. En 2025 déjà, l’économie mondiale avait fait face au choc tarifaire américain (moins important qu’initialement redouté) et fait preuve d’une résistance remarquable. Aujourd’hui, face au nouveau choc énergétique causé par le conflit en Iran, comment l’économie mondiale résiste-t-elle ?
Il faut d’abord rappeler le renversement des perspectives. Début 2026, il était attendu que les facteurs qui avaient contribué à la résistance de l’économie mondiale en 2025 perdureraient et continueraient de soutenir la croissance, tout en conservant une inflation contenue.
Ces facteurs spécifiques étaient les suivants : des prix du pétrole bas, participant de la maîtrise de l’inflation, des conditions monétaires et financières favorables, le boom de l’IA, le pivot européen avec la hausse – amorcée – des dépenses européennes de défense et l’enclenchement du plan massif d’investissement allemand. Le conflit en Iran a mis à mal la première de ces conditions et, avec elle, le scénario favorable qui prévalait jusque-là. Avec le choc énergétique, l’économie mondiale se trouvait soudainement confrontée à un risque de type stagflationniste : les prévisions de croissance ont été revues en baisse et les prévisions d’inflation en hausse. Il est trop tôt pour dresser un bilan complet de l’impact de ce choc mais, en première analyse, ses effets semblent avoir été globalement amortis.
Un bilan complet est prématuré car le choc n’est pas encore complètement derrière nous. Le protocole d’accord trouvé, mi-juin, entre les Etats-Unis et l’Iran est une bonne nouvelle. Mais les incertitudes demeurent nombreuses et toutes les tensions n’ont pas disparu.
On ne dispose pas non plus, au moment de cette vidéo, des chiffres de croissance du deuxième trimestre, qui permettront de mieux appréhender l’ampleur de l’impact sur les différentes composantes du PIB. On a toutefois une première idée de cette ampleur au travers des enquêtes de confiance et des données mensuelles de taux de chômage à notre disposition, ainsi qu’au travers de la réaction des marchés financiers. La résistance évoquée plus tôt s’appuie ainsi, en partie, sur la quasi-impassibilité des indices boursiers et du dollar américain. Entre la veille du déclenchement du conflit en Iran et la veille de l’annonce du protocole d’accord, le S&P 500 affiche une hausse de 8%. Et si le dollar s’est apprécié en tant que valeur refuge en période de montée des risques, cette appréciation est restée limitée (+2% en taux de change effectif et vis-à-vis de l’euro).
En revanche, les marchés obligataires ont plus réagi, et dans le sens d’une remontée des taux, plus marquée d’ailleurs côté américain que côté européen (+50 points de base pour le 10 ans américain contre +35 pour le Bund allemand). S’il faut y voir l’impact inflationniste du choc énergétique des deux côtés de l’Atlantique, côté américain s’y ajoute une dynamique conjoncturelle plus favorable (avec aussi en toile de fond des déséquilibres budgétaires plus importants).
À propos d’indicateurs conjoncturels, un peu partout dans le monde, le climat des affaires dans le secteur manufacturier a plutôt bien résisté au choc énergétique. Le climat des affaires dans le secteur des services et la confiance des consommateurs ont, en revanche, été plus visiblement affectés en mars-avril mais l’impact semble avoir été de courte durée au regard des signes de
redressement en mai et juin. Du côté du marché du travail, l’orientation en baisse du taux de chômage aux Etats-Unis et sa stabilité, voire sa baisse, en zone euro est un autre signal encourageant.
Les effets globalement amortis du choc énergétique sur l’activité sont dus, en bonne partie, à un autre choc, positif celui-ci, qui continue de soutenir l’activité, le commerce mondial et les marchés boursiers : à savoir, le boom de l'IA. À cette vague d'investissements s'en ajoute une autre, moins ample pour l'heure mais dont les prémisses soutiennent aussi la croissance européenne : l'augmentation des dépenses militaires et la montée en puissance du plan d'investissement allemand. Du côté de l’inflation, sa remontée a été immédiate et assez importante entre mars et mai dans le sillage de la forte hausse des prix du pétrole. Mais elle les a aussi, déjà, suivi à la baisse en juin. Ce reflux de l’inflation va-t-il se poursuivre, dans quelle ampleur et à quelle vitesse ? Ce sera une des questions majeures du second semestre. À notre sens, le risque inflationniste a seulement diminué, il n’a pas disparu. L’inflation devrait monter moins haut mais la désinflation devrait rester limitée.
Et s’il y a moins d’inflation, les signes de renforcement attendu de la croissance, en Europe en particulier, seront-ils aussi au rendez-vous ? C’est, en tout cas, notre scénario. Cette combinaison croissance-inflation amène à une troisième question-clé : ce que vont faire les grandes banques centrales. Pour la Banque du Japon, la cause est entendue : les conditions sont réunies pour une poursuite des hausses de taux.
Pour la Réserve fédérale américaine, les conditions semblent également réunies pour qu’elle procède à un resserrement monétaire, le débat portant sur le timing de la première hausse. Nous l’anticipons en décembre mais elle pourrait survenir plus tôt.
Pour la Banque Centrale Européenne et la Banque d’Angleterre, la question est différente : elle est de savoir si la hausse de taux que nous anticipons aura bien lieu, en fonction de l’ampleur de la désinflation. Réponse dans les prochains mois. Merci de votre attention et d’avoir regardé ce nouveau numéro d’EcoTV.