États-Unis : Nette accélération de la productivité par rapport à la période pré-Covid La productivité tire la croissance américaine Depuis 2022, la croissance américaine se montre résiliente face aux chocs qui se sont succédé, dont ceux de l’inflation, du resserrement monétaire et des tarifs douaniers. En moyenne annuelle, elle a systématiquement surperformé son rythme de long terme (de 1,8% selon le Congressional Budget Office [CBO] et le FMI). D’après nos prévisions, cette vigueur devrait se poursuivre en 2026 et 2027 (voir EcoPerspectives - États-Unis : Croissance et plein-emploi à l’épreuve des incertitudes ) avec comme facteur clé le dynamisme des gains de productivité. Après un surcroît temporaire lié à la crise pandémique (qui se traduit par une « bosse » sur le graphique avant correction), la croissance de la productivité horaire du travail a atteint la moyenne annuelle de +2,4% entre 2023 et 2025, contre +1,3% entre 2014 et 2019.
Les effets retardés de l’investissement nourrissent les gains de productivité L’investissement lié à l’IA constitue un moteur puissant de la croissance américaine actuelle (voir Graphique de la semaine - États-Unis : un investissement "en forme de K" ). Toutefois, ce dynamisme ne fait que prolonger une tendance de la décennie précédente, déjà portée par les secteurs liés au numérique. Ainsi, il est probable que la croissance actuelle de la productivité horaire soit d’abord le fruit des investissements passés. Le FMI relève d’ailleurs une concentration des gains de productivité dans les secteurs qui présentent « l’investissement en produits de propriété intellectuelle le plus important » (FMI ).
Le rôle des mutations du marché de l’emploi Les mutations du marché du travail complètent le tableau. La première concerne le télétravail : selon WFH Research, 27% des jours de travail payés étaient réalisés au domicile en 2025, contre une moyenne de 6,2% entre 2016 et 2019. Or, le Bureau of Labor Statistics (BLS) établit une corrélation positive entre l’adoption du télétravail et la croissance de la productivité (Beyond the Numbers , 2024) à relier avec l’investissement dans le numérique susmentionné. De fait, Maria D. Tito (FEDS Notes , 2025) voit un lien entre la « capacité à télétravailler » et les « tendances technologiques » ayant amélioré l’expérience du travail à distance. Deux autres mutations du marché du travail sont jugées favorables à la productivité : la nette hausse des créations d’entreprises et un turnover plus important des travailleurs (IMF Working Paper , 2024).
L’IA soutiendra-t-elle durablement la tendance ? Les anticipations de gains de productivité futurs permis par l’IA sous-tendent le cycle d’investissement actuel. Les institutions américaines font preuve d’un optimisme modéré concernant l’importance du soutien à venir de l’IA. La Fed a réhaussé sa projection médiane de croissance du PIB à long terme à 2,0% au T1 2026 (+0,2pp, au plus haut depuis 2016). Quant au CBO, il considère l’adoption de l’IA générative comme un facteur « modeste » de soutien de la productivité et de la croissance dans ses perspectives à 10 ans (CBO , 2026). Ces estimations se focalisent principalement sur l’effet de l’IA sur la croissance via le canal de l’« offre » et des gains de productivité. À ce dernier, il convient d’ajouter le canal de la « demande », déjà à l’œuvre au travers des dépenses actuelles d’investissement des entreprises et de consommation des ménages et de leur soutien à la croissance.
Achevé de rédiger le 22 mai 2026