Baisse du dollar américain: ampleur, contexte, impact

10/02/2026

Le dollar américain a connu un nouveau recul marqué, notamment face à l'euro, dans la deuxième quinzaine de janvier. Que reflète cette dépréciation, engagée depuis début 2025 et qui intervient après une longue phase d'appréciation ? Quels en sont les effets sur l’économie européenne ?

Transcription

Le dollar américain a connu un nouvel accès de faiblesse sur la deuxième quinzaine de janvier, qui a poussé notamment la parité euro-dollar vers les 1,20. De fait, il s’agit d’un niveau relativement haut, au-dessus en tout cas de sa moyenne historique de 1,16. Et en un an, entre janvier 2025 et janvier 2026, l’euro s’est apprécié de 17% vis-à-vis du dollar.

Si ce récent retour de force de l’euro a retenu notre attention, il n’est pas la seule devise à s’être soudainement appréciée contre le dollar. Le recul de celui-ci est généralisé : il a perdu un peu plus de 2% en taux de change effectif, une baisse de même ampleur que celle vis-à-vis de l’euro ou du yen ; le franc suisse se démarque, cependant, avec une appréciation plus importante, de l’ordre de 4%.

À noter que la dépréciation du dollar, entamée depuis début 2025 et le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, si elle est importante (-12% en taux de change effectif), elle intervient après une longue et forte phase d’appréciation (+45% entre la mi-2011 et début 2025). Donc, en fait, aujourd’hui, le dollar n’est pas faible : il est moins fort.

Mais ce qui est intéressant dans ce nouveau mouvement de baisse du dollar, c’est qu’il est un nouvel exemple de sa réaction inhabituelle dans des moments d’aversion pour le risque. En tant que valeur refuge globale, le dollar tend, normalement, à se renforcer quand l’aversion pour le risque augmente, que cette augmentation vienne des États-Unis ou d’ailleurs.

Or, le billet vert ne semble plus bénéficier aujourd’hui de ce rôle de valeur refuge, en tout cas pas autant que par le passé, pas automatiquement : ce rôle a été écorné / ébranlé l’année dernière, au moment du Liberation Day, et une moindre confiance s’est installée depuis.

Le dollar américain reste, certainement, la monnaie de réserve internationale dominante et ce, largement, sans alternative viable pour l’heure. Mais, alors qu’il devrait être renforcé par la surperformance économique des États-Unis, alors que l’augmentation annoncée des droits de douane l’avait initialement poussé à la hausse début 2025, ces facteurs de soutien ont cédé le terrain aux facteurs d’inquiétudes face à l’affaiblissement, par les Maganonomics, des bases institutionnelles de la domination du dollar.

La stratégie économique de l’administration Trump déstabilise / menace, en effet, aujourd’hui de nombreux piliers de cette domination :

1/ la prudence et la prévisibilité de la politique américaine ;

2/ l’indépendance de la Réserve fédérale ;

3/ la sécurité et la liquidité des actifs en dollars ;

4/ la primauté du droit et la protection des investisseurs ;

5/ la stabilité du système monétaire international basé sur le dollar ;

6/ l’alliance forte des États-Unis avec d’autres pays occidentaux.

En outre, les États-Unis doivent compter aujourd’hui avec un élément de fragilité : ils sont bien plus dépendants des financements extérieurs qu’il y a 50 ans. Et, lentement mais sûrement, un mouvement de diversification des réserves de change est à l’œuvre.

D’une certaine manière, la célèbre formule de 1971 du secrétaire au Trésor américain, John Connally — « Le dollar est notre monnaie, mais votre problème » — reste vraie. Depuis début 2025, les États-Unis regagnent (un peu) en compétitivité, ce qui est un objectif de Donald Trump, qui se félicite ouvertement de cette baisse du dollar, tandis qu’elle apparaît comme un problème pour la zone euro, dont la compétitivité souffre.

Sauf que les raisons de cette baisse du dollar envoient aussi un message moins favorable pour les États-Unis, un signe de défiance. Et du côté de l’euro, son taux de change effectif n’a, en fait, pas bougé depuis l’été dernier (après une hausse d’environ 6% au premier semestre 2025). Ce qui nous amène à en relativiser l’impact négatif sur la croissance.

En outre, nous voyons l’appréciation de l'euro contre le dollar comme le signe du réveil de l’Europe, d'une plus grande attractivité de la région et d’un renforcement de son économie.

LES ÉCONOMISTES AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE