Lors de son audition du 18 mars 2026 devant la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, Claudia Buch (Présidente du conseil de surveillance prudentielle de la Banque centrale européenne) a souligné l’absence de détérioration de la qualité des actifs bancaires et la stabilité des ratios de prêts non performants. Or, ces derniers constituent un bon indicateur indirect de la santé financière des entreprises emprunteuses de l’Union européenne (UE), notamment dans l’industrie manufacturière. À travers ce prisme, la part des entreprises de ce secteur se trouvant dans une situation très dégradée apparaît plus faible au début de 2026 qu’au début de 2022. Cela suggère, par extension, une meilleure santé financière de ces entreprises et une plus grande capacité d’absorption des chocs. Pour autant, la comparaison du choc énergétique actuel avec le précédent demeure délicate. Outre l’incertitude qui entoure la durée et l’ampleur du choc de 2026, les effets de celui de 2022 ont été largement limités par des mesures de soutien publiques et privées. Cette fois-ci, elles seront vraisemblablement plus limitées, contrainte budgétaire oblige.
Le ratio de créances douteuses de l’industrie a globalement diminué dans l’UE depuis 2019 La faiblesse des ratios de prêts non performants (NPL) indique une proportion moindre d’entreprises dans une situation très dégradée Ces ratios ont l’avantage d’être disponibles pour chaque secteur d’activité. En outre, ils permettent de normer, dans une certaine mesure, les difficultés de certaines entreprises en mesurant leur poids économique dans le total des entreprises (qu’elles soient en difficulté ou non). Dans la plupart des pays de l’Union européenne pris individuellement[1] , le ratio de NPL de l’industrie s’établit désormais à un niveau historiquement faible (cf. heatmap : les cellules avec la teinte de vert la plus foncée). En outre, les ratios les plus élevés (teinte de rouge la plus foncée), au début de la période d’observation, ont généralement enregistré les baisses les plus marquées. Dans la majorité des cas, les ratios de NPL ont été réduits de plus de moitié entre le T2 2019 et le T4 2025. Lorsqu’ils ont enregistré des hausses durant cette dernière période, celles-ci sont généralement restées contenues. Globalement, la baisse du ratio de NPL de l’industrie dans la plupart des pays européens tend à indiquer une meilleure santé financière. La capacité initiale de l’industrie à absorber le choc énergétique lié à la guerre en Iran de 2026 est donc, en théorie, meilleure qu’à l’aube de la guerre en Ukraine de 2022.
Un choc énergétique et des mesures d’atténuation d’ampleur et de durée inconnues La plus grande capacité d’absorption des chocs de l’industrie, suggérée par les ratios de NPL, ne permet toutefois pas, à elle seule, de présager de l’impact de celui de 2026, notamment en comparaison avec le choc de 2022. En réponse à ce dernier, de nombreuses entreprises de l’UE ont en effet bénéficié de mesures de soutien publiques et privées, qui se sont ajoutées à celles déjà mises en place durant la pandémie de COVID-19 (moratoires sur les remboursements de prêts, reports des cotisations et contributions sociales, mécanismes de garantie des prêts par l’État, etc.). Cela contribue à expliquer pourquoi l’industrie des pays de l’UE a, d’une manière générale, bien absorbé le choc de 2022, comme en témoignent la stabilité ou les hausses très faibles des ratios de NPL. L’ampleur et la durée d’éventuelles mesures d’atténuation publiques et privées en réponse au choc énergétique actuel sont entourées d’autant d’incertitudes que le choc lui-même. Mais les commandes liées à l’armement, aux infrastructures publiques et à l’IA devraient constituer de nouvelles sources de résistance[2] qui, associées à la meilleure santé financière initiale de l’industrie européenne, permettraient de limiter l’effet du choc énergétique de 2026 sur les défaillances d’entreprises et le chômage.