Vieillissante, la zone euro n’est pourtant pas vouée au déclin

28/05/2026

C’est une tendance lourde, et que l’on observe partout dans le monde : depuis le début des années 1970, le nombre moyen d’enfants par femme, le « taux de fécondité », baisse de manière quasi ininterrompue.

Transcription

C’est une tendance lourde, et que l’on observe partout dans le monde : depuis le début des années 1970, le nombre moyen d’enfants par femme - le « taux de fécondité » - baisse de manière quasi ininterrompue.

En Europe, il est passé sous le seuil de renouvellement naturel des populations dès 1975, pour tomber à 1,3 en 2024, son plus bas niveau historique.

-Le futur économique de l’Europe ne se résume toutefois pas à la seule question démographique ; comme l’a montré le rapport « Draghi » consacré à la compétitivité du Vieux Continent, il dépend aussi, voire surtout, des conditions de redressement de la productivité, après la cassure occasionnée par l’épidémie de Covid 19.

Par ailleurs, les effets du vieillissement, qu’il est difficile de ne pas voir comme une réussite de nos sociétés modernes, peuvent être contrer par des politiques structurelles.

Depuis plusieurs années, celles-ci visent à maximiser les « taux activité », c’est-à-dire la proportion d’individus qui, au sein d’une classe d’âge, participent au marché du travail, soit qu’ils occupent un emploi, soit qu’ils en recherchent un.

C’est à cette population dite « active » que nous nous intéressons dans notre graphique.

D’abord pour constater que, en dépit du recul des 15-64 ans, celle-ci n’a jusqu’à présent pas baissé, et a même continué d’augmenter.

C’est le résultat des différentes actions menées dans la plupart des pays d’Europe, qui ont consisté à assouplir les règles du marché du travail, pour notamment faciliter l’embauche des jeunes ; à repousser l’âge de la retraite et à renforcer la formation professionnelle pour augmenter la participation des seniors ; ou encore à œuvrer pour une meilleure inclusion des femmes.

En zone euro, le taux d’activité des 15-64 ans a ainsi gagné près de dix points depuis le milieu des années 1990 ; il atteint aujourd’hui 76%, un niveau qui dépasse celui affiché aux Etats-Unis.

Quant à l’éventail des possibilités qu’offre l’avenir, il est ici figuré en pointillé par trois courbes.

La première, qui est la plus défavorable mais aussi la moins réaliste, indique ce qui se passerait si la zone euro devait stopper net son immigration et renoncer à toute nouvelle réforme du marché du travail (les taux de participation sont figés aux niveaux actuels).

Le nombre d’actifs serait alors amener à baisser considérablement, de l’ordre de 13 millions dans les dix ans ; dans ces conditions, même avec des gains de productivité renforcés, il serait illusoire de penser que la croissance puisse se maintenir.

Dans le scénario central d’Eurostat, la prise en compte de l’immigration permet toutefois d’atténuer l’attrition : toutes choses égales par ailleurs, la baisse de la population active serait ramenée à un peu moins de 5 millions, un scénario figuré ici par la courbe 2.

Outre l’adaptation des politiques migratoires, reste enfin la possibilité de poursuivre les réformes ; nous estimons par exemple que, si la zone euro parvenait à porter le taux d’activité des 15-64 ans aux environs de 80% à l’horizon de 2035 (un niveau déjà dépassé en Allemagne) mais aussi à faire croitre celui des 65 ans et plus (aujourd’hui inférieur à la moyenne OCDE) sa population active continuerait d’augmenter.

Ce scénario, le plus exigeant, serait le plus compatible avec le maintien d’une croissance potentielle autour des niveaux actuels, soit 1.2% à 1.3%. Il est figuré ici par la courbe 3.

La conclusion est que, face à un vieillissement accéléré et largement inédit, l’Europe n’est pas condamnée au déclin, pour autant qu’elle ne ferme pas ses portes et continue d’œuvrer en faveur d’une pleine intégration de ses citoyens au marché du travail.

Face à la concurrence toujours forte de la Chine et des Etats-Unis, les ressorts de sa croissance future résident aussi dans sa capacité à innover, à simplifier son fonctionnement ainsi qu’à resserrer ses liens, en particulier financiers.

Suite à la publication des rapport « Letta » et « Draghi », elle affiche en la matière de grandes ambitions, comme l’illustre le lancement de l’initiative « Une Europe, Un marché »Reste maintenant à les concrétiser.

LES ÉCONOMISTES AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE