Eco Emerging

Un tigre qui ne rugit plus

11/10/2021

En Éthiopie, la pandémie du coronavirus a déclenché une crise économique qui remet en cause le modèle de développement du pays de ces dix dernières années. Les réformes tardives, les coûts logistiques importants et la pénurie de devises étrangères ont fortement ralenti la modernisation de l’économie. De plus, le conflit interne dans la région du Tigre menace la stabilité politique du pays et aggrave la crise humanitaire. Sans ressources, le pays n’a pas les moyens de faire face aux conséquences économiques de la pandémie et il reste fortement dépendant des aides étrangères. L’endettement en devises est devenu trop important par rapport aux recettes d’exportation. Le pays a demandé une restructuration de sa dette extérieure dans le cadre commun proposé par le G20. Mais la crise diplomatique en cours avec ses partenaires internationaux retarde pour l’instant sa mise en œuvre.

Un modèle de développement très fragile

La modernisation de l’économie de ces dix dernières années, basée sur une stratégie d’industrialisation, n’a pas permis au pays de résister au choc de la pandémie. Le modèle de développement promu par le gouvernement a reposé sur la création de parcs industriels gérés par l’État, proposant une fiscalité avantageuse et un coût très faible de la main d’œuvre. En réalité, ces zones franches présentent de gros problèmes logistiques (en particulier le raccordement aux réseaux d’eau et d’électricité), un taux élevé de rotation du personnel et, au final, une productivité médiocre.

PRÉVISIONS

Selon les données publiées par la banque centrale, la croissance du PIB a ralenti à +6,1% en 2020, contre 9% à l’année précédente, malgré le soutien des dépenses publiques (voir graphique1).

Du côté de l’offre, seule l’agriculture a enregistré une contribution à la croissance en hausse (1,4% contre 0,9% en 2019) grâce à des récoltes abondantes. La production industrielle et l’activité dans la construction, déjà structurellement handicapées par un approvisionnement en électricité aléatoire, ont dû être suspendues. Aucun confinement n’a été décrété pendant la pandémie mais les restrictions à la mobilité, imposées à la population pendant l’état d’urgence, ont affecté les activités commerciales. Les secteurs du transport et du tourisme ont souffert le plus de la suspension des vols.

CROISSANCE DU PIB RÉEL (CONTRIBUTION EN %)

Les effets récessifs de la pandémie devraient se poursuivre en 2021, avec une croissance attendue à seulement 2%. En effet, malgré la levée de l’état d’urgence en septembre 2020 (il aura duré 5 mois), la consommation des ménages devrait rester déprimée à cause des pressions inflationnistes toujours importantes. Malgré la baisse des exportations, le déficit du compte courant continuerait de se réduire en raison de la faiblesse des importations.

Dans le même temps, les investissements directs continueraient de se contracter. Le déficit budgétaire ne peut que se creuser avec une nouvelle hausse des dépenses sanitaires. En effet, la ministre de la Santé vient de confirmer la présence du variant delta dans le pays et sa propagation rapide, compte tenu de la faible couverture vaccinale.

Les incertitudes liées à la pandémie pèsent donc sur les perspectives de croissance. Les efforts en matière de lutte contre la pauvreté pourraient être anéantis. En particulier, le risque alimentaire est exacerbé par les perturbations dans la filière agricole dues à une importante invasion de criquets.

En situation de surendettement

Les exportations de textile et de produits horticoles ont été très affectées par la pandémie. Les retards dans les projets de privatisation ont réduit les investissements directs étrangers (2,6% du PIB en 2020 contre environ 5% avant la pandémie), de sorte que les réserves de change diminuent en tendance depuis 2019. Les pressions sur la monnaie locale (le Birr, ETB) ont augmenté et les faibles réserves de change laissent le pays fortement dépendant des aides internationales. Le ratio de dette publique externe sur PIB s’élève à 35% en 2021, mais à presque 200% rapporté aux recettes d’exportations. Le service de la dette externe a atteint 26% des revenus d’exportations (contre 17% en 2015) avec la fin des prêts concessionnels. De fait, le pays est aujourd’hui en situation de surendettement.