Doit-on craindre un durcissement des conditions financières dans la zone euro ?

05/03/2021
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« Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème » avait lancé John Connally, secrétaire au Trésor lors d’une réunion du G-10 à la fin de l’année 1971[1]. « C’est notre policy mix, mais c’est votre problème » : telle pourrait être la version actualisée de cette formule restée dans les annales. Certes, aucun responsable américain n’a prononcé ces paroles, mais l’effet conjugué d’un engagement fort, en faveur d’une politique monétaire très accommodante aussi longtemps que nécessaire, et d’une politique budgétaire expansionniste (le plan de relance américain à venir de USD 1 900 mds) n’est pas sans conséquences pour la zone euro.

Certaines d’entre elles sont positives – la perspective d’une accélération des exportations vers les États-Unis, les effets de la confiance liée à l’idée selon laquelle « lorsque les résultats sont bons aux États-Unis, l’économie mondiale se porte mieux » - mais d’autres le sont moins. C’est notamment le cas de la remontée des rendements des Treasuries, qui a entraîné dans son sillage celle des taux obligataires dans la zone euro (graphique 1). L’économie américaine devrait être en mesure de faire face à une telle hausse, au moins jusqu’à un certain niveau, mais il n’en va pas de même de la zone euro. Le cycle financier, illustré par les évolutions du marché obligataire et du marché actions, est très synchronisé au niveau mondial, mais il existe désormais une désynchronisation des cycles conjoncturels entre les États-Unis et la zone euro. En témoigne, par exemple, l’écart entre leurs indices PMI composites respectifs (graphique 2).