CE NUMÉRO A ÉTÉ ACHEVÉ LE 27/02/2026, IL NE TIENT PAS COMPTE DES RÉPERCUSSIONS DES ATTAQUES MILITAIRES INTERVENUES DEPUIS AU MOYEN-ORIENT. Les pays émergents qui possèdent des ressources stratégiques – métaux critiques, capacités de production de semi-conducteurs – sont devenus des acteurs incontournables de l’essor de l’intelligence artificielle (IA). Ceux qui sont bien positionnés dans les chaînes d’approvisionnement de l’IA disposent, à la fois, d’un moteur de croissance et d’un atout géopolitique majeur. Les économies industrialisées d’Asie, qui produisent plus de 85% des puces électroniques exportées dans le monde, sont les plus à même de tirer profit de l’expansion de la demande en IA. Cet avantage les expose néanmoins à une éventuelle correction du boom technologique
Le développement de l’intelligence artificielle (IA) dépend, en grande partie, de la disponibilité d’une électricité abondante et fiable. Le secteur contribue actuellement à 4,5% de la demande d’électricité aux États-Unis, 2% en Europe et environ 1% en Asie (Chine incluse), où se concentrent une grande majorité des data centers. Cette part est inférieure à 0,5% dans le reste du monde, mais elle sera amenée à augmenter dans les prochaines années. Pour attirer les investissements dans le secteur de l’IA, les pays émergents doivent donc envisager d’augmenter fortement leurs capacités de production d’électricité et de se doter de réseaux capables d’alimenter en continu les data centers
Europe centrale : la croissance a progressé en 2025 grâce au dynamisme des économies polonaise et tchèque - Asie : la croissance économique a mieux résisté que prévu - Afrique du Nord et du Moyen-Orient : les perspectives soumises aux risques géopolitiques - Afrique subsaharienne : les perspectives économiques sont encourageantes.
Les indicateurs clés des principaux pays émergents par région : PIB réel, inflation, crédit bancaire, solde courant, solde budgétaire et endettement public.
Avec l’essor de l’intelligence artificielle (IA), les pays émergents dotés de ressources stratégiques – telles que les métaux critiques et les capacités de production de semiconducteurs – deviennent des acteurs clés. Les pays bien positionnés dans les chaînes d’approvisionnement de l’IA bénéficient à la fois d’un moteur de croissance et d’une carte maîtresse dans leurs relations internationales. Les économies industrialisées d’Asie, qui fabriquent plus de 85% des puces électroniques exportées dans le monde, sont les mieux placées pour tirer parti de l’expansion de la demande en IA. Toutefois, cet avantage les expose davantage que d’autres au risque de correction du boom technologique actuel
En 2025, les économies émergentes ont su résister aux chocs - protectionnisme américain, conflits et tensions géopolitiques - grâce notamment aux exportations chinoises, à l’assouplissement monétaire et à la poursuite de la désinflation sur fond de baisse des prix du pétrole. Les conditions de financement sont, dans l’ensemble, restées favorables au moins jusqu’au 1er semestre et la plupart des devises se sont appréciées face au dollar. En outre, les déséquilibres macroéconomiques, notamment extérieurs, ont été limités. Pour 2026, le ralentissement de la croissance est le scénario privilégié mais une stabilisation, voire une consolidation ne sont pas exclues. L’Asie resterait la région la plus dynamique.
La croissance des économies émergentes est restée solide en 2025, portée par les exportations et l’assouplissement des conditions de financement. Le commerce mondial a été stimulé par les achats anticipés en amont des hausses des droits de douane américains, ainsi que par la reconfiguration des flux de marchandises et le boom du secteur technologique. En 2026, la croissance des économies émergentes devrait continuer de résister mais devenir plus modérée. Les facteurs de soutien pourraient s’atténuer et le commerce mondial s’essouffler. Les politiques budgétaires et monétaires continueront de soutenir la demande intérieure mais seront plus contraintes qu’en 2025
La croissance des économies émergentes reste solide depuis le début de l’année, grâce notamment au dynamisme des exportations et à l’assouplissement des conditions financières. Jusqu’à l’été, les achats anticipés dans la perspective des hausses tarifaires aux États-Unis ont stimulé les échanges. De plus, les flux commerciaux se sont réorganisés. En 2026, les politiques budgétaires et monétaires continueront de soutenir la croissance mais seront plus contraintes. L’assouplissement monétaire sera moins marqué qu’en 2025, ne serait-ce qu’en raison du rythme de désinflation inégal selon les pays. Les marges de manœuvre budgétaires seront, quant à elle, contraintes par la nécessité de freiner la croissance des ratios d’endettement public
Europe centrale : Résilience | Asie : Des exportations toujours dynamiques | Afrique du Nord et Moyen-Orient : Optimisme prudent | Amérique Latine : Peu impactée par le choc tarifaire américain mais des finances publiques fragiles
Les indicateurs clés des principaux pays émergents et ceux de leur endettement public et de leur vulnérabilité aux conditions financières extérieures.
La croissance économique des pays émergents a bien résisté au premier semestre 2025. Jusqu’à présent, les mesures tarifaires américaines affectent peu le commerce mondial et donc leurs exportations. Par ailleurs, la demande intérieure, un autre moteur de la croissance dans ces pays, ne faiblit pas grâce en particulier au soutien du crédit domestique. La croissance des crédits bancaires a retrouvé son niveau pré-covid dans une grande majorité de pays ; dans plusieurs d’entre eux elle dépasse, en termes réels, celle du PIB potentiel. Une dérive à surveiller car elle peut aboutir à une dégradation des échanges extérieurs et/ou à une augmentation des créances bancaires douteuses.
Les États-Unis ont publié le 1er août dernier une liste actualisée de leurs droits de douane « réciproques ». Si elle redonne un peu de visibilité, cette nouvelle version ne clarifie pas durablement la politique protectionniste de l’administration Trump. À court terme, elle change la donne pour certains pays, en particulier l’Inde et la Chine.
Le dernier resserrement monétaire réalisé aux États-Unis entre mars 2022 et juillet 2023 s’est traduit par des sorties d’investissements de portefeuille des non-résidents bien plus massives que lors du précédent (2016-2018) et du fameux taper tantrum de 2013. Pour autant, la vulnérabilité des économies émergentes aux durcissements monétaires outre-Atlantique est moindre qu’il y a une dizaine d’années. D’une part, l’impact des mouvements de capitaux flight to quality des investisseurs privés non-résidents, sur les primes de risque et les rendements obligataires en monnaie locale, est moins important. D’autre part, le niveau et la structure de la dette des entreprises se sont améliorés.
Sous l’effet de la politique tarifaire de l’administration Trump et de l’accélération du découplage sino-américain, la croissance économique mondiale devrait décélérer, le commerce international se reconfigurer et la réorganisation des chaines de valeur se poursuivre. Les effets de ces bouleversements sur les pays émergents seront multiples. Leurs exportations devraient ralentir et la concurrence des produits chinois s’accroître. Certains d’entre eux pourraient néanmoins saisir de nouvelles opportunités pour attirer des IDE et développer leur base de production manufacturière.
Les droits de douane imposés par l’administration Trump et l’accélération du découplage sino-américain vont entraîner un ralentissement de la croissance mondiale, ainsi qu’une nouvelle reconfiguration du commerce international et la poursuite de la réorganisation des chaines de valeur. Les conséquences de ces bouleversements sur les pays émergents seront multiples. Tous subiront des effets négatifs, liés au ralentissement de leurs exportations et à la concurrence accrue des produits chinois. Certains pourraient aussi saisir de nouvelles opportunités pour attirer les IDE et développer leur base d’exportation.
Les deux derniers chocs subis par les pays émergents – durcissement de la politique monétaire américaine en 2022-2023 et élection de Donald Trump fin 2024 – n’ont pas affecté leurs conditions de financement. Toutefois, les facteurs de soutien se sont fragilisés depuis le deuxième semestre 2024. Les conditions de financement pourraient se durcir dans les mois à venir, en raison notamment de la montée du risque géopolitique. Pour autant, l’impact négatif sur les économies émergentes doit être relativisé compte tenu de la faible transmission des deux chocs externes récents aux taux d’intérêt
Résilience des conditions de financement extérieur. L’élection de Donald Trump à la Maison Blanche a provoqué un rallye sur le dollar US et ravivé les incertitudes sur les conditions de financement extérieur des pays émergents. Le peso argentin, la livre turque et le rand sud-africain sont parmi les monnaies émergentes qui ont enregistré les plus fortes dépréciations entre le 5 novembre 2024 et le 24 février 2025, perdant respectivement 6,3%, 5,7% et 5,2% de leur valeur face au dollar US. Dans l’ensemble, les emprunteurs souverains émergents devraient plutôt bien résister face au renforcement du dollar et au risque de sélectivité accrue des investisseurs envers les actifs risqués. Cependant, tous ne sont pas logés à la même enseigne
Depuis sa prise de fonction, le président américain Donald Trump a confirmé une partie de ses menaces de hausses des tarifs douaniers mais les craintes d’une application universelle et massive ne sont plus aussi fortes. Il ne décidera de mettre ses menaces à exécution qu’à l’issue d’un audit des relations commerciales des États-Unis avec l’ensemble des partenaires commerciaux, audit qui devrait lui être rendu début avril. D’ici là et même sur l’ensemble de l’année 2025, les divergences de trajectoire du commerce mondial entre pays avancés et pays émergents et en développement (PED) devraient s’accentuer
Depuis 2019, l’endettement du secteur privé de l’ensemble des pays émergents en pourcentage du PIB progresse tandis que, dans le même temps, celui des pays avancés diminue. L’analyse par pays montre toutefois que la Chine en est très largement responsable et que, même hors Chine, les ratios d’endettement masquent des effets d’agrégation positifs. Ainsi, sur la base des ratios médians et des écarts des taux d’endettement à leur tendance (credit gap), hors Chine, le secteur privé s’est désendetté dans nombre de pays jusqu’au troisième trimestre 2024. Les conditions économiques et financières actuelles et à venir laissent davantage anticiper une poursuite de cette baisse.
Si, hormis la Chine, les pays émergents ont historiquement peu contribué au réchauffement climatique, la courbe des émissions futures de CO2 et la hausse additionnelle des températures qui en découle dépendront largement de leur capacité à concilier croissance et décarbonation. Or, faute de moyens suffisants, leurs investissements dans la transition « verte » sont aujourd’hui limités : de l’ordre de 50 dollars par an et par habitant, contre dix-sept fois plus (850 dollars par an et par habitant) dans les pays avancés. D’où l’idée, née en 2009 à la Conférence des Parties (COP) de Copenhague, d’organiser des transferts des seconds vers les premiers.
L’élection de Donald Trump n’a pas déclenché de tensions financières majeures sur les principales places émergentes. Le dollar s’est malgré tout renforcé, ce qui devrait retarder l’assouplissement des politiques monétaires. Plus inquiétant, les économies émergentes seront les victimes directes ou collatérales de la guerre commerciale promise par la future administration américaine. Elles seront confrontées à un double choc : un fort ralentissement du commerce mondial et le redéploiement des exportations chinoises. Le premier choc sera nécessairement récessif voire inflationniste. L’impact du second n’est pas univoque car il dépend de la nature des exportations chinoises (complémentaires ou concurrentes) et, surtout, de leur lien avec les investissements directs.
Depuis le début de l’année, la croissance des pays émergents résiste toujours très bien. Elle se reflète dans la confiance des entreprises et des ménages mais également dans celle des investisseurs étrangers sur les places obligataires et boursières. Le durcissement monétaire américain du début 2022 jusqu’à la mi-2023 a pourtant eu un impact négatif important sur les flux d’investissement de portefeuille. Mais cet impact a été largement compensé par l’attrait que constituent les places émergentes pour les investisseurs, privés comme institutionnels, soit pour des considérations purement financières (carry trade) ou par souci de stratégie de diversification
Pour les pays émergents, les conditions monétaires et de change sont plus favorables en ce début d’année qu’elles ne l’étaient fin 2022-début 2023. L’assouplissement des politiques monétaires permis par la désinflation, et des perspectives de croissance globalement révisées à la hausse, attirent les investissements de portefeuille. Malgré l’augmentation du risque géopolitique, le risque souverain devrait diminuer sauf pour les pays plus fragiles, déjà sur la sellette en 2023. Pour les pays à faible revenu, 2024 sera une année à haut risque car les échéanciers de dette extérieure des États resteront très chargés comme en 2023.
La croissance dans les pays émergents a plutôt bien résisté au premier semestre 2023 grâce aux pays d’Asie, au Brésil et au Mexique. En Asie, l’inflation a retrouvé un niveau très modéré en août ou septembre (à l’exception de l’Inde) et, par rapport aux autres zones, les durcissements monétaires intervenus entre la mi-2021 et la mi-2023 ont été de bien moindre ampleur. Cela a permis de compenser la baisse des exportations. À l’inverse, les pays d’Europe centrale n’ont pas bénéficié de cet effet de compensation. Les enquêtes auprès des entreprises et des ménages indiquent que les divergences entre zones se sont accentuées au cours de l’été. Elles montrent aussi que les poids lourds d’Amérique latine (Brésil, Mexique) sont mieux positionnés dans le tiercé des grandes zones.
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