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Des hausses de salaire mi-figue mi-raisin en 2022

ECO FLASH  
N°22-12  
21 juillet 2022  
ALLEMAGNE : DES HAUSSES DE SALAIRE MI-FIGUE MI-RAISIN EN 2022  
Anthony Morlet-Lavidalie  
En 2021, les négociations salariales ont été  
COÛTS SALARIAUX ET DYNAMIQUE DES SALAIRES DANS LE SECTEUR PRIVÉ  
difficiles dans un contexte de reprise économique  
8
7
6
.0%  
.0%  
.0%  
6.0%  
fragile et inégale ; les hausses de salaires de-  
vraient être plus élevées en 2022 sans toutefois  
compenser les effets de la forte inflation.  
Indice des rémunérations dans le secteur privé, corrigé  
des effets calendaires et ajusté des effets saisonniers  
5
4
3
.0%  
.0%  
.0%  
5.0%  
.0%  
3.0%  
4
Le très puissant syndicat allemand IG Metall a  
obtenu une revalorisation des salaires inédite  
depuis 30 ans dans le secteur de la métallurgie:  
2
1
0
.0%  
.0%  
.0%  
2.0%  
.0%  
+
6,5%. Mais cette progression est à relativiser  
-
1.0 %  
1
puisque l’accord a été signé sur 18 mois, ce qui  
ramène le taux de croissance annuel à +4,5% en  
-2.0 %  
-3.0 %  
Coût salarial unitaire par heure (y/y) (Ech.G)  
Salaire dans le secteur privé (y/y) (Ech.D)  
0.0%  
-
-
4.0 %  
2022.  
5.0 %  
-1.0 %  
2
013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022  
Les négociations salariales en Allemagne  
GRAPHIQUE 1  
SOURCES : MACROBOND, BUNDESBANK, BNP PARIBAS  
s’effectuent principalement de façon centralisée  
(
secteur, branche). Le tournant de la décentrali-  
Les négociations collectives ont été particulièrement difficiles en 2021 en Allemagne. Malgré  
la pugnacité des syndicats, les circonstances peu propices liées aux deux années de pandémie  
de Covid-19 ont empêché les salaires de progresser significativement. En moyenne annuelle,  
sation dans les années 90 a surtout permis aux  
entreprises d’accroître la flexibilité et de s’extraire  
des normes de branches professionnelles en cas WSI qui est rattaché à la Fondation Hans-Böckler. Cette faible dynamique s’explique aussi  
de situations exceptionnelles (difficultés finan-  
cières, conjoncture économique défavorable).  
les salaires négociés n’ont augmenté que de 1,7%, un plus bas depuis 2006 selon l’intitut  
1
par le fait que 2021 a été marqué par la distribution de primes exceptionnelles plutôt que  
par des revalorisations salariales. Dans un contexte de reprise économique inégale entre les  
secteurs, les entreprises ont préféré conserver de la flexibilité en attribuant aux salariés des  
« primes Corona » (Corona Prämie), comme le définit le WSI dans son rapport annuel. Ce  
bonus exceptionnel d’un montant maximum de EUR 1 500 par travailleur a été exonéré de taxes  
jusqu’en mars 2022. En pratique, les primes distribuées se sont élevées en moyenne à EUR 500,  
allant de EUR 90 dans l’industrie de la confiserie à EUR 1 300 dans le secteur public.  
La Confédération allemande des syndicats (DGB),  
pilier du syndicalisme allemand, centralise la  
plupart des organismes syndicaux et regroupe  
près de 6 millions d’adhérents. Elle est dominée  
par deux grandes puissances syndicales : IG  
L’INFLATION DEVRAIT ROGNER LES HAUSSES DE SALAIRES POURTANT IMPORTANTES EN 2022  
2
Initialement, l’année 2022 devait être un bon millésime pour les négociations salariales . Les  
accords provisoires pour cette année étaient favorables aux salariés compte tenu de la reprise  
Metall (métallurgie, textile) et Ver.Di (transports, post-Covid et des tensions croissantes sur le marché du travail. Le rapport annuel du WSI,  
publié fin 2021, mentionnait que le contexte d’une « forte reprise économique et de pénuries  
commerce, banque et assurance).  
de main-d’œuvre qualifiée dans de nombreuses branches créeraient des conditions favorables  
à des augmentations de salaire substantielles. Les travailleurs s’attendent à ce que leur  
pouvoir d’achat progresse en 2022 ». Plusieurs secteurs avaient négocié des revalorisations  
1
2
Institut chargé du suivi des négociations salariales et de l’évolution du salaire minimum en Allemagne.  
Dullien et al. (2021), « Auf Winterpause folgt kräftiges Wachstum: Die konjunkturelle Lage in Deutschland zur Jahreswende  
2
021/2022 » IMK-Report No. 172, Düsseldorf  
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significatives, souvent complétées par des primes comme en 2021 :  
l’hébergement (hausse comprise entre +4% à 6% selon le grade), le  
transport (de 1,5% à 5%), la construction (+2% à +3%).  
ÉVOLUTION DU SALAIRE MINIMUM EN ALLEMAGNE  
DEPUIS SON INSTAURATION EN 2015  
Mais la dégradation rapide et violente de l’environnement économique  
a pris à contrepied un grand nombre d’organismes syndicaux. Le  
ralentissement de l’activité va peser sur le pouvoir de négociation  
des salariés. Or, ces derniers souhaiteraient négocier des hausses de  
rémunération plus importantes que prévu pour préserver leur pouvoir  
d’achat face à une inflation qui devrait atteindre un peu plus de 8 % en  
moyenne annuelle en 2022.  
1
2.5  
1
2
12,00  
Octobre 2022  
11.5  
1
1
1
0,45  
1
0.5  
10  
Juillet 2022  
9
,82  
À l’issue d’un récent mouvement de grève, le plus puissant syndicat  
Allemand, IG Metall, a obtenu le 15 juin dernier des augmentations  
de salaires de +6,5% à compter du mois d’août et sur les 18 prochains  
mois pour les salariés de la métallurgie. Cela fait suite aux négociations  
dans la filière du textile où IG Metall avait obtenu une augmentation  
de +5,6% des salaires début mai. Bien qu’il s’agisse de la plus forte  
hausse depuis 30 ans dans le secteur de la métallurgie, la progression  
est à relativiser. En effet, l’accord a été signé sur 18 mois, ce qui  
ramène le taux de croissance annuel à +4,5% en 2022. Sans oublier  
que les salaires de base n’ont pas augmenté l’année dernière car les  
employés ont reçu des primes en compensation. Ainsi, la croissance  
des salaires négociés n’est pas si élevée puisqu’elle sera calculée par  
rapport au salaire de base qui est inchangé depuis 2020, et non par  
rapport à la rémunération totale qui comprend les primes qui ont été  
très importantes en 2021. De plus, les hausses de salaires dans les  
autres branches devraient être plus modérées car IG Metall bénéficie  
d’un pouvoir de négociation plus important que d’autres organisations  
syndicales plus petites.  
9
,50 9,60  
9,35  
9
.5  
9
9,19  
8,84  
8,50  
8.5  
8
2015  
2016  
2017  
2018  
2019  
2020  
2021  
2022  
2023  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : MINDESTLOHNKOMMISSION, WSI, BNP PARIBAS  
SECTEURS IMPACTÉS PAR LA HAUSSE DU SALAIRE MINIMUM  
ET SECTEURS DONT LES MINIMAS SONT PROCHES  
Salaire minimum actuel  
Agence d'interim  
Traitement des déchets  
Eleveur de viande  
Peintre en bâtiment  
Entretien et propreté  
Salaire minimum futur  
Services médicaux  
Ravaleur  
PLUS QU’UN SIMPLE COUP DE POUCE, LA REVALORISATION HISTO-  
RIQUE DU SALAIRE MINIMUM PRÉSERVERA LE POUVOIR D’ACHAT  
DES PLUS MODESTES  
Maçon  
Construction  
Electricien  
Avec un pouvoir d’achat en net augmentation cette année, les  
travailleurs rémunérés au salaire minimum ou à des niveaux proches  
feront figures d’exception. Ils verront, en effet, leur pouvoir d’achat  
s’améliorer grâce à l’augmentation substantielle du salaire minimum  
qui atteindra EUR 12 de l’heure en octobre 2022 (Graphique 2) après  
une première augmentation en juillet à EUR 10,45 de l’heure, contre  
EUR 9,82 actuellement (soit 22% de hausse au total).  
Construction  
En euros  
par heure  
Electricien  
0
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10 11 12 13 14 15  
GRAPHIQUE 3  
SOURCES : WSI, BNP PARIBAS  
Tous les salariés rémunérés au minima de branches ne seront  
toutefois pas directement concernés par cette revalorisation. En effet,  
DES HAUSSES DE SALAIRES INSUFFISANTES POUR ALIMENTER  
le salaire minimum dépasse déjà les EUR 12 dans un certain nombre L’INFLATION DOMESTIQUE  
de secteurs. Mais la hausse du salaire minimum devrait générer des  
Même si la croissance des salaires réels devrait être négative en 2022,  
3
effets d’entraînement sur le salaire au voisinage de ce dernier . Cela  
il convient de se demander si l’ampleur des hausses nominales de  
salaires est susceptible d’enclencher une rétroaction entre les salaires  
et les prix.  
augmenterait le salaire d’un nombre significatif de salariés dans  
4
les premiers déciles de la distribution des revenus . Les branches  
qui verront leur minima rehaussé sont essentiellement celles qui  
concentrent les travailleurs les plus précaires : agences d’intérim,  
agences de services de nettoyage et de propreté, agriculture, métiers  
du bâtiment (Graphique 3).  
Théoriquement, pour être en ligne avec la cible d’inflation de la Banque  
centrale européenne, les salaires nominaux peuvent augmenter de +3%  
par an puisque la hausse de la productivité du travail (+1% par an  
en moyenne à long terme) permet de contenir la hausse des coûts  
salariaux unitaires à +2% par an.  
3
4
Les études montrent, en moyenne, que les effets d’entraînement sont perceptibles jusqu’à 1,5 à 2 fois le salaire minimum, mais décroissent ensuite très rapidement.  
Koubi et al. (2007) « Les effets de diffusion de court terme des hausses du Smic dans les grilles salariales des entreprises de dix salariés ou plus sur la période 2000-2005 »  
Dares, Les salaires en France, Édition 2007) ; Goarant et al. (2012) « Les effets des hausses du Smic sur les salaires mensuels dans les entreprises de 10 salariés ou plus de 2006  
à 2009 », document de travail de la DARES ; Aeberhardt et al. (2016) « Spillover effect of the Minimum Wage in France: An Unconditional Quantile Regression », Working Papers,  
Center for Research in Economics and Statistics.  
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Dans le cas allemand, les hausses de salaires négociées en 2022  
paraissent élevées à cause d’un effet de base important : les  
travailleurs ont été majoritairement récompensés via des primes  
l’année dernière, or les grilles salariales n’ont quasiment pas progressé  
en 2021. En réalité, une partie des hausses de salaires va être rognée  
par la baisse des primes versées à titre exceptionnel l’an passé. La  
rémunération totale des salariés va donc augmenter plus modérément  
en 2022 que ce que suggèrent les accords signés.  
NOMBRE D’ADHÉRENTS (EN MILLIERS) DES SYNDICATS MEMBRES  
DE LA CONFÉDÉRATION ALLEMANDE DES SYNDICATS (DGB) EN 2018  
IG Metall (métallurgie, textile,  
bois, plastique)  
ver.di (transports, commerce,  
services postaux, banque)  
IG-BCE (mines, chimie,  
énergie)  
Les coûts salariaux unitaires tiennent compte de la rémunération totale  
et sont corrigés des gains de productivité. Ils devraient progresser plus  
modérément que les salaires (de l’ordre de 3% en 2022) et ainsi ne  
pas générer de pressions inflationnistes sur les coûts des entreprises.  
GEW (éducation et sciences)  
1969  
IG-BAU (BTP, agriculture,  
environnement)  
1
98  
er  
GNGG (hôtellerie, restau-  
ration)  
Les données disponibles pour le 1 trimestre 2022 semblent confirmer  
2
79  
cette thèse : alors que les salaires dans le secteur privé ont augmenté  
de +5% a/a, les coûts salariaux unitaires n’ont progressé que de  
GDP (police)  
+
1,8% a/a (Graphique 1).  
EVG (ferroviaire)  
2
271  
632  
247  
191 187  
Du côté des salariés, leur pouvoir de négociation s’est effrité à me-  
sure que conjoncture s’est dégradée. Alors qu’ils étaient en position  
de force en fin d’année dernière, avec une croissance du PIB prévue à  
plus de 4%5, la baisse de l’activité et des bénéfices attendus par les  
entreprises a renforcé la capacité des syndicats patronaux à conclure  
des accords de branches moins généreux. Le recul du chiffre d’affaires  
dans de nombreux secteurs, notamment industriels, a aussi permis aux  
entreprises en difficultés de s’exclure des accords signés et de geler  
les salaires.  
GRAPHIQUE 4  
SOURCES : DGB, BNP PARIBAS  
bâtiment a fusionné avec la fédération agricole, forestière et horticole  
pour donner naissance au IG BAU. L’année suivante, les organisations  
syndicales de la chimie, des extractions minières et des tanneries  
se sont associées pour former le IG BCE, et IG Metall (composé des  
secteurs de la sidérurgie, du bois, du plastique) a aspiré le syndicat  
du textile. Le secteur des services a lui aussi connu un regroupement  
massif, avec la création de Ver.Di en 2001 issu de la fusion des syndicats  
du transport, du commerce, de la poste, des autres services publics, et  
On peut donc conclure qu’à ce stade la dynamique des salaires en  
Allemagne n’est pas d’une ampleur suffisante pour alimenter une  
inflation par les coûts.  
Pour comprendre dans quel cadre ont lieu ces négociations salariales, des activités bancaires et assurantielles.  
il est essentiel de revenir sur la structure des syndicats allemands et  
les mécanismes de fixation des salaires.  
Ce mouvement s’est poursuivi jusqu’à ce que la grande majorité des  
syndicats se regroupe au sein de la Confédération allemande des  
syndicats (DGB). Celle-ci regroupe près de 6 millions de syndiqués  
DES SYNDICATS ORGANISÉS ET REGROUPÉS POUR LUTTER à travers l’Allemagne (Graphique 4). Bien que plurielle, la principale  
confédération du pays est dominée par de grands acteurs comme  
CONTRE À LA BAISSE STRUCTURELLE DU NOMBRE D’ADHÉRENTS  
IG Metall ou Ver.Di qui bénéficient d’une influence considérable.  
Historiquement, les syndicats allemands sont organisés par branches  
(
Industriegewerkschaft). Chaque organisme défend les intérêts des DES NÉGOCIATIONS SALARIALES CENTRALISÉES AVEC UNE DOSE  
salariés du secteur qu’il représente. Cela conduit à une multiplicité  
de syndicats dès lors qu’un secteur est suffisamment important pour  
en créer un. Ce système a perduré de l’après-guerre jusqu’à la fin  
des Trente glorieuses en Allemagne de l’Ouest. Ensuite, les grandes  
organisations ont progressivement souffert de l’individualisation du  
travail qui n’a plus favorisé l’entente des travailleurs au sein d’une  
structure commune. En d’autres termes, les syndicats ont perdu de  
leur influence en raison de la modification de la structure du marché  
du travail. Les travailleurs de l’industrie et de l’agriculture, dont le  
nombre a fortement diminué au cours du temps, étaient fortement  
représentés par les organisations syndicales, or ce n’est pas le cas pour  
les nouveaux emplois dans les services. Par exemple, seulement 2% des  
DE FLEXIBILITÉ  
En matière de négociations salariales, l’Allemagne se caractérise par  
un fort degré de centralisation, les accords étant majoritairement  
définis au niveau d’un branche ou d’un secteur. Bien qu’un mouvement  
de décentralisation ait été amorcé à partir du milieu des années 90,  
afin de favoriser les négociations à l’échelle des entreprises, les  
rémunérations restent principalement définies, et de très loin, lors  
de négociations collectives sectorielles. Les syndicats revêtent une  
importance particulière et leur rôle institutionnel majeur fait d’eux  
des acteurs de la négociation à part entière. Cette cogestion implique  
qu’ils soient co-responsables, au même titre que leurs homologues  
patronaux et les pouvoirs publics, des décisions économiques et  
6
informaticiens sont membres d’un syndicat en Allemagne .  
Avec la baisse sensible du taux de syndicalisation dans les années 90, sociales qui sont prises. Les syndicats allemands sont aussi peu en  
qui a conduit à une réduction des effectifs des syndicats et des recettes proie à des oppositions d’ordre idéologique. La nécessité et la volonté  
liées aux cotisations, les fédérations indépendantes ont entamé un de trouver un accord commun laisse peu de place aux revendications  
mouvement de fusion. Des structures plus grandes, capables de politiques. Ce processus de fixation des salaires se traduit par une  
conserver une influence importante, ont été créées. La taille étant un culture du compromis très prononcée.  
facteur déterminant dans les négociations, dès 1996 le syndicat du  
IFRI 2007 « Les syndicats en France et en Allemagne : Difficiles adaptations aux mutations de la société », Visions franco-allemandes n° 12.  
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Une autre particularité du modèle allemand est la flexibilité accrue  
dans l’application des conventions collectives. Les entreprises peuvent  
plus facilement qu’ailleurs en Europe se soustraire à certains accords  
de branche si leur situation financière individuelle est délicate ou une  
crise économique frappe un secteur. Cela se traduit notamment par des  
TAUX DE SYNDICALISATION ET TAUX DE COUVERTURE  
DES SALARIÉS PAR UNE NÉGOCATION COLLECTIVE  
100  
7
%
gels temporaires de la rémunération .  
9
8
7
6
0
0
0
0
Taux de couverture  
Taux de syndicalisation  
Néanmoins en Allemagne, le taux de couverture des négociations  
collectives est faible. La plupart des négociations étant centralisées (la  
part d’employés représentés par une organisation syndicale ou couverts  
par les négociations collectives atteint à peine 55% ; graphique 5),  
les comités d’entreprise (Betriebsrat) jouent un rôle de premier plan  
dans la négociation au niveau de l’entreprise. Ces comités, composés  
d’employés et de dirigeants, permettent aux salariés d’être représentés  
50  
40  
3
2
1
0
0
0
0
8
et défendus en l’absence d’organisations syndicales. Ces dernières  
souffrent de la baisse tendancielle du taux de syndicalisation à laquelle  
l’Allemagne, comme les autres pays industrialisés, n’a pas échappé  
(
de 35% au début des années 1980 à 16 % en 2019). Néanmoins,  
1
985 1988 1991 1994 1997 2000 2003 2006 2009 2012 2015 2018 2021  
empiriquement, les effets de la présence des salariés dans les comités  
9
GRAPHIQUE 5  
d’entreprise sur la dynamique des salaires est faible voire inexistante .  
SOURCE: OCDE, AIAS, ICTWSS BNP PARIBAS  
Contrairement à la France, où le rythme de la négociation salariale  
est annuel, la fréquence des accords salariaux ne sont pas dictés par  
la loi en Allemagne. En pratique toutefois, les organismes syndicaux  
engagent tous les ans des négociations avec le patronat au niveau  
des branches. Les accords courent souvent sur les deux années  
suivantes (depuis le début des année 2000, la durée moyenne des  
accords collectifs s’établit à 22,3 mois). Par ailleurs, les négociations  
décentralisées au niveau de l’entreprise sont plus fréquentes ; c’est ce  
que montre l’enquête « Wage Dynamics Network », supervisée par la  
Banque centrale européenne et la Bundesbank : 39% des entreprises  
allemandes déclarent que les salaires de base sont ajustés plus d’une  
fois par an, et 31% chaque année.  
Pour résumer, le modèle de négociation salariale allemand est  
relativement performant économiquement et socialement. Il est  
suffisamment centralisé pour être efficace, comme le suggère la  
1
0
littérature sur le sujet , et prévoit des clauses de flexibilité qui  
permettent aux entreprises les plus fragilisées de se soustraire à un  
1
1
accord trop contraignant et de préserver l’emploi .  
7
8
Jimeno et Thomas (2013) « Collective bargaining, firm heterogeneity and unemployment », European Economic Review, vol. 59, Elsevier.  
Freeman et Lazear (1995) « An economic analysis of works councils », in J Rogers and W Streeck (eds.), Works Councils: Consultation, Representation, Cooperation in Industrial  
Relations, NBER Comparative Labor Markets Series) ; Freeman et al. 2020 (« Unions raise worker wellbeing» VoxEU, 11 November).  
9
Blandhol et al. (2020) « Do employees benefit from worker representation on corporate boards? », NBER Working Paper n°28269) ; Jager et al. 2021 (“Labor in the boardroom”,  
Quarterly Journal of Economics 136 : 669–725)  
0 Calmfors et Driffill (1988) « Bargaining structure, corporatism and macroeconomic performance », Economic Policy, vol. 3, n° 6) ; Cahuc et Zylberberg, 1991 (« Niveaux de  
négociations salariales et performances macroéconomiques », Annals of Economics and Statistics, n° 23).  
1 Jimeno et Thomas (2013) « Collective bargaining, firm heterogeneity and unemployment », European Economic Review, vol. 59, Elsevier.  
1
1
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
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