Derniers mois pour bénéficier de la FRR : quels pays d’Europe centrale attendent le plus de fonds, et pour quel impact sur la croissance ?

30/07/2026

La facilité pour la reprise et la résilience (ou FRR) fait l’objet d’une attention accrue à l’approche de deux échéances cruciales : le jalon d’août 2026 pour les réformes et celui de décembre 2026 pour la sécurisation de l’intégralité des décaissements. L’enjeu est immense car les pays qui ne respecteront pas ces jalons imposés par l’Union européenne perdront les fonds auxquels ils ont droit.

Transcription

La facilité pour la reprise et la résilience (ou FRR) fait l’objet d’une attention accrue à l’approche de deux échéances cruciales : le jalon d’août 2026 pour les réformes et celui de décembre 2026 pour la sécurisation de l’intégralité des décaissements. L’enjeu est immense car les pays qui ne respecteront pas ces jalons imposés par l’Union européenne perdront les fonds auxquels ils ont droit.

Sur le total de EUR 108 mds de fonds alloués, l’Europe centrale attend le décaissement de EUR 44,5 mds pour le reste de l’année 2026, soit l’équivalent de 2,1% du PIB de la région.

Quels pays attendent de percevoir les montants les plus importants ?

La Hongrie doit percevoir le plus gros montant dans les prochains mois. 91% des fonds qui lui ont été alloués n’ont pas encore été transférés, soit EUR 9,5 milliards. Cela représente 4,3% de son PIB. Ces fonds avaient été gelés par l’UE en 2022 en raison d’inquiétudes liées au respect de l’État de droit. Ils ont été débloqués à la suite de la constitution d’un nouveau gouvernement, en avril dernier, qui s’est engagé à réaliser des réformes. Le principal défi pour la Hongrie est de respecter le jalon d’août 2026. Mais une prorogation du calendrier n’est pas exclue car la Hongrie est un cas particulier. Si on ajoute les fonds de cohésion qui ne sont pas encore transférés, la Hongrie pourrait, à court terme, recevoir jusqu’à EUR16,4 mds au total – soit environ 7,5 % du PIB de 2025.

Pour le reste de l’année 2026, la Bulgarie, la Pologne et la Roumanie attendent également des montants importants, qui représentent plus de 2% de leur PIB respectif. La République tchèque et la Slovaquie, quant à elles, ont déjà touché la majeure partie des fonds qui leur avaient été alloués.

Quels pays pourraient le plus en tirer de bénéfice en termes de croissance en 2026 ?

La croissance du PIB de la Hongrie devrait le plus rebondir dans la région si l’ensemble des fonds alloués sont effectivement décaissés. Les fonds de la FRR attendus devraient soutenir le taux d’investissement hongrois, en baisse depuis 2022, et amortir le choc énergétique induit par le conflit au Moyen-Orient.

L’économie polonaise est également bien positionnée : le pays a d’ores et déjà atteint environ 60% des jalons et des cibles requis (soit autant que la moyenne de l’UE). Au premier semestre 2026, la Pologne a perçu un quatrième versement de EUR 7,2 mds (soit 0,8 % de son PIB) et elle a déjà soumis à l’UE huit demandes de paiement sur neuf. Ces fonds financeront principalement les infrastructures, les projets numériques et la transition énergétique.

À l’inverse, la Roumanie fait face à des défis majeurs. Les tensions politiques internes pourraient retarder les réformes et compromettre le décaissement intégral des fonds restants. Par conséquent, le pays dispose d’une capacité réduite pour compenser la baisse attendue de la consommation induite par l’inflation élevée et l’incertitude politique. À ce jour, la Roumanie n’a atteint que 52% des jalons.

Selon nos prévisions, la croissance réelle du PIB de l’Europe centrale devrait rester solide en 2026, avec une moyenne de 2,4%. La Pologne reste la locomotive de l’Europe centrale, avec une croissance prévue à 3,7% cette année. Des externalités positives sont par ailleurs attendues pour les pays développés de la zone euro[1]. L’accélération des investissements en Europe centrale au cours des prochains trimestres devrait en effet stimuler les importations. Cela profiterait aux économies de la zone euro compte tenu des liens commerciaux étroits qui les unissent[2].

[1] European Commission: Economic Impacts of the Recovery and resilience facility: New insights at the sectoral level and the case of Germany, May 2025.

[2] Voir G. Derrien (avec l’aide de Maëlys Biot) : Quand le commerce intra-UE trouve un nouvel équilibre, BNPParibas, July 2026

LES ÉCONOMISTES AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE