Turquie : la compétitivité des exportations sous pression

28/04/2026

Avec l’intervention militaire des États-Unis et d’Israël en Iran et au Liban, les pays émergents connaissent des tensions financières : augmentation des primes de risque, dépréciation de leur devise face au dollar, baisse des réserves de change des banques centrales. Comme c’est souvent le cas, la Turquie est à ce titre de nouveau sur la sellette en raison de la forte baisse des réserves de la banque centrale.

Transcription

Avec l’intervention militaire des États-Unis et d’Israël en Iran et au Liban, les pays émergents connaissent des tensions financières : augmentation des primes de risque, dépréciation de leur devise face au dollar, baisse des réserves de change des banques centrales. Comme c’est souvent le cas, la Turquie est à ce titre de nouveau sur la sellette en raison de la forte baisse des réserves de la banque centrale. Les réserves en devises ne sont plus que de USD 49 milliards contre USD 66 milliards avant le début du conflit et un peu plus de USD 80 milliards à la mi-2025.

Les évolutions récentes des réserves de change reflètent principalement les sorties d’investissements de portefeuille. Mais, depuis la mi-2025, on observe également une dégradation de la balance commerciale hors énergie. L’écart positif de croissance par rapport aux principaux partenaires commerciaux, l’Union européenne au premier chef, qui représente 41% des importations et 43% des exportations, explique cette dégradation, mais en partie seulement.

Au deuxième semestre 2025, les exportations de marchandises en volume ont très nettement diminué, comme le montre le graphique 1. Or, parallèlement, les importations européennes ne se sont pas contractées et les exportations des principaux pays d’Europe centrale sont restées stables. La baisse des exportations turques reflète donc a priori une perte de compétitivité.

La dégradation de la compétitivité est celle de la compétitivité-coût. L’évolution des coûts salariaux par unité produite le montre clairement sur le graphique 2.

Entre 2019 et 2022, le coût salarial unitaire moyen en euros dans le secteur manufacturier a diminué d’environ 30%, principalement en raison de la dépréciation de la livre, alors que celui principaux pays d’Europe centrale est resté stable. Durant la période post-covid, les exportations turques ont d’ailleurs progressé bien plus vite que celles des pays d’Europe centrale. Elles enregistraient alors des gains de part marché.

Puis, durant la période 2022-2024, les salaires turcs ont connu un très fort rattrapage, dans le sillage de celui du salaire minium, entraînant un surajustement des coûts salariaux unitaires par rapport à ceux des pays d’Europe centrale. Cet effet de ciseau se retrouve dans les indices de coût salarial calculés par l’association des industriels et chefs d’entreprise turcs et la chambre de commerce et d’industrie d’Istanbul. Ces organisations patronales élaborent un indice de compétitivité coût élargi qui prend également en compte le coût de l’énergie, celui des produits intermédiaires et les frais financiers. Cet indice se dégrade depuis 2021 avec une forte contribution négative des frais financiers depuis 2024, comme on peut le voir sur le graphique 3.

Notre hypothèse de pertes de parts marché doit être confirmée car elles sont récentes. Cela dit, on sait que le secteur du textile est en perte de vitesse, sa part dans les exportations n’étant plus que 11% contre 16% en 2019. Mais, parallèlement, la part des exportations turques de moyenne et haute technologie est passée en l’espace de 36% à 43% entre 2021 et 2025. L’enjeu pour le pays est de monter en gamme sur les exportations à haute valeur ajoutée pour compenser la baisse des parts de marché en volume pour les produits à faible valeur ajoutée et fort contenu en main-d’œuvre.

LES ÉCONOMISTES AYANT PARTICIPÉ À CET ARTICLE