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Bridé par le Brexit

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Eco Perspectives // 4 trimestre 2021  
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ROYAUME-UNI  
BRIDÉ PAR LE BREXIT  
Après avoir payé un lourd tribut à l’épidémie de Covid-19, le Royaume-Uni se relève. Forte d’une population adulte  
vaccinée à plus de 80%, son économie a pu rouvrir, jusqu’à fonctionner quasi normalement durant l’été, malgré la  
propagation d’un variant « Delta » très contagieux du coronavirus. Convalescents, disposant encore de capacités  
réduites, les hôtels, cafés, restaurants ont eu du mal à satisfaire la demande, et des tensions sur les prix sont  
apparues. Alors qu’elle bute sur des contraintes d’offre, la reprise se voit, par ailleurs, retirer ses béquilles budgétaires,  
le gouvernement de Boris Johnson ayant décrété la fin du « quoi qu’il en coûte ». Euphorique, le climat des affaires  
britannique va par conséquent s’assagir quelque peu.  
Le Royaume-Uni revient de loin. Accueillie avec désinvolture par  
son premier ministre Boris Johnson, puis forçant ce dernier à des  
restrictions de plus en plus dures, l’épidémie de Covid-19 aura causé  
la pire récession de son histoire (une chute de 9,8% du PIB en 2020) et  
le décès de 135 000 personnes, l’un des plus lourds bilans parmi les  
pays avancés. Désormais forte d’une population adulte vaccinée à plus  
de 80%, l’Ile est toutefois en bonne voie de rétablissement. Bien qu’aux  
prises avec un variant « indien » (rebaptisé « Delta ») 40% à 60% plus  
contagieux que son prédécesseur « anglais » (rebaptisé « Alpha »),  
le système hospitalier n’a enregistré qu’une remontée limitée des  
cas graves (800 admissions quotidiennes au maximum, contre près  
de 4 000 lors du pic de la précédente vague). Rouverte par étapes  
depuis février, l’économie s’est spectaculairement redressée, jusqu’à  
rapidement buter sur des contraintes d’offre.  
CROISSANCE ET INFLATION (%)  
Croissance du PIB  
Inflation  
Prévisions  
Prévisions  
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9.8  
TENSIONS SUR L’OFFRE ET LES PRIX  
2020  
2021  
2022  
2023  
2020  
2021  
2022  
2023  
Parce qu’il marque la fin d’un confinement sévère - plus sévère encore  
que celui imposé lors de la première vague épidémique du printemps  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : BNP PARIBAS GLOBAL MARKETS  
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020 - le deuxième trimestre de 2021 est aussi celui d’une catharsis,  
qui a vu la consommation des Britanniques bondir de plus de 30% en  
rythme annualisé, et l’activité faire mieux qu’effacer ses pertes du  
début d’année.  
TAUX D’ÉPARGNE DES MÉNAGES  
%
du revenu disponible  
Comme partout où les ménages ont bénéficié de transferts importants  
mais furent entravés dans leurs dépenses, un surplus d’épargne s’est  
formé, qui se déverse aujourd’hui dans l’économie (graphique 2). La  
pression de la demande est telle que l’offre peine à y répondre : dans  
les transports, sur les chantiers ou le long des chaines d’assemblage,  
les délais s’allongent, des goulots d’étranglement se forment. Les  
entreprises expriment des difficultés à recruter, y compris dans les  
secteurs convalescents du tourisme et des loisirs, où les vacances de  
postes n’ont jamais été aussi nombreuses.  
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1
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Certes, le phénomène n’est pas propre au Royaume-Uni. La pénurie  
mondiale de composants, dont le premier fournisseur, l’Asie, se débat  
encore avec le virus, l’engorgement du trafic maritime, la pression  
exercée par la Chine et les États-Unis sur le marché des matières  
premières, font qu’il se manifeste un peu partout. Mais outre-Manche,  
il est accentué par le Brexit, dont les effets indésirables deviennent  
palpables. Avec le retour des barrières à l’immigration en provenance  
de l’Union européenne (visas, autorisations de travail, etc.), les entraves  
aux embauches, et donc à la reprise, ne sont pas que conjoncturelles.  
Selon la Confederation of British Industry, elles pourraient durer deux  
2000  
2003  
2006  
2009  
2012  
2015  
2018  
2021  
GRAPHIQUE 2  
SOURCES : ONS, BNP PARIBAS  
rebond s’explique aussi par le fait que les cafés, hôtels restaurants, en  
capacités réduites, n’ont eu d’autre choix que de relever leurs tarifs  
pour répondre à l’afflux de clients. La reprise des déplacements s’est  
1
ans .  
Les tensions sur l’offre transparaissent désormais dans les prix. Me- également illustrée par des fortes tensions sur le prix des véhicules,  
surée à 3,2% en août, l’inflation a déjoué les pronostics et retrouvé son notamment d’occasion, à l’image de ce qui s’est passé aux Etats-Unis  
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plus haut niveau depuis 2012. Si des effets de base sont en cause , le  
il y a quelques mois.  
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Financial Times, UK’s labour shortages will outlast furlough scheme, says CBI, Sept. 6 2021  
L’accélération de l’inflation en août 2021 s’explique en partie (à hauteur de 0,3 point) par le fait que les prix se comparent à leurs niveaux très bas d’août 2020, qui avait notammen!t vu  
s’appliquer le dispositif gouvernemental « Eat out to Help Out » permettant au bars et restaurants de proposer, sous certaines conditions, des repas à moitié prix.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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Des hausses de TVA s’annonçant (cf. Infra), la Banque d’Angleterre (BoE)  
s’attend à ce que l’inflation atteigne 4% en fin d’année et dépasse ainsi  
largement son objectif de 2%. Elle juge cependant la dérive transitoire,  
et conditionne la remontée de son taux directeur, actuellement fixé à  
PAS DE « SINGAPOUR SUR LA TAMISE »  
Ce n’est ni l’enfer, ni le paradis fiscal attendu. En annonçant en mars  
dernier son intention de relever le taux de l’impôt sur les sociétés  
(IS) de 19% à 25% à compter du 1er avril 2023, le chancelier de  
l’Échiquier Rishi Sunak a dû faire soupirer bon nombre de ceux qui,  
parmi les partisans du Brexit, s’étaient pris à rêver d’un « Singapour  
sur la Tamise ». La mesure, dont le gouvernement escompte quelque  
12 milliards de livres de recettes supplémentaires annuelles, n’aurait,  
de fait, rien d’anecdotique. Certes, elle ne concerne qu’une minorité  
d’entreprises (les 30% d’entre elles qui réalisent plus de 50 000 livres  
de bénéfices annuels) et se voit compensée pendant les deux  
années fiscales qui la précèdent (2021-22 et 2022-23) d’une « super  
déduction » d’impôts, équivalente à 130% des montants investis  
en capital fixe. Elle n’en constitue pas moins une première depuis  
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,10%, au plein rétablissement de l’économie. Nous n’y sommes pas. Si,  
à mi-parcours de 2021, l’activité se rapproche de son niveau pré-pan-  
démique, un peu plus de quatre points de PIB l’en séparent encore. Les  
derniers mètres risquent, en outre, d’être les plus difficiles à parcourir,  
le gouvernement de Boris Johnson ayant entrepris de débrancher les  
perfusions budgétaires dès cet automne, puis d’augmenter les prélève-  
ments sociaux à partir d’avril 2022 (encadré).  
FIN DU « QUOI QU’IL EN COÛTE »  
Au Royaume-Uni comme dans la plupart des pays avancés dits  
«
libéraux»(États-Unis, Canada, Australie…), l’effortbudgétairedéployé  
par l’État durant la crise sanitaire est venu compenser la relative  
faiblesse des amortisseurs sociaux et s’est révélé particulièrement  
important. D’après les estimations du Fonds monétaire international  
1
974 (le gouvernement travailliste de Harold Wilson avait alors fait  
remonter le taux l’IS de 40% à 52%) et un séisme au sein du parti  
conservateur, qui a toujours fait de l’allègement de la fiscalité des  
entreprises un marqueur de sa politique.  
(
FMI) ce ne sont pas moins de 340 milliards de livres ou 16 points de  
PIB qui ont été transférés dans l’économie en 2020-21, un record en  
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Europe . Si le « quoi qu’il en coûte » se justifie désormais moins, son  
arrêt aura donc tout de même valeur de test.  
Ce n’est pas tout. Afin de soutenir le National Health System (NHS),  
dont les dépenses ont été alourdies d’une centaine de milliards de  
livres (2,5 points de PIB) par la pandémie, le premier ministre Boris  
Johnson entend relever d’1,25 point le taux de contribution sociale  
des employeurs (de 13,8% à 15,05%), des salariés (de 12% à 13,25%),  
ainsi que celui appliqué aux dividendes (de 7,5% à 8,75%). La mesure,  
effective dès avril 2022, aurait un caractère pérenne et génèrerait un  
surcroît de recettes là encore estimé à 12 milliards de livres par an.  
Elle mettrait aussi fin à une longue attrition des revenus du NHS qui,  
depuis 2010 et proportionnellement au PIB, n’ont cessé de baisser.  
Il a déjà commencé. Fin septembre, le gouvernement a mis fin aux  
principaux dispositifs de maintien dans l’emploi qu’ont représenté le  
Coronavirus Job Retention Scheme (CJRS) et le Self-employed Income  
Support Scheme (SEISS). Depuis leur mise en place, en mars et avril  
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020, les deux programmes auront bénéficié à quelque 14,5 millions  
d’actifs (salariés et indépendants) et largement contribué à limiter la  
hausse du chômage, dont le taux a à peine dépassé 5% au plus fort  
de la crise. Rendue possible par l’amélioration de la conjoncture, leur  
expiration ne signifie pas moins, pour 1,5 million de personnes encore  
en « congés » dans les entreprises, un délicat retour à la réalité,  
dont on peut espérer qu’il sera facilité par l’actuelle pénurie de main  
d’œuvre.  
ENCADRÉ 1  
SOURCES : PRESSE, OBR  
VERS UN ASSAGISSEMENT DE LA CONJONCTURE  
Le retrait des perfusions ne s’arrête pas là. Avec les aides à l’emploi,  
disparaissent aussi pour quelque 6 millions de citoyens britanniques  
la bonification de 20 livres par semaine du crédit universel (universal  
credit), ainsi que, pour l’ensemble des ménages, la TVA réduite sur  
l’hôtellerie-restauration (remontée de 5% à 12,5% en octobre 2021 puis  
à 20% en avril 2022) ou encore l’abattement spécial appliqué aux droits  
de mutation, déjà passé de 500 000 à 250 000 livres en juillet, et qui  
reviendra à 125 000 livres en octobre.  
Transactions immobilières  
mensuelles, x 1000)  
Inflation  
(glissement annuel, %)  
(
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00  
Déjà perceptible à travers la retombée des transactions immobilières  
ou des indices d’enquêtes auprès des directeurs d’achats (graphique  
Aoû.  
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), l’assagissement de la conjoncture épouse logiquement le tournant  
Aoû.  
de la politique gouvernementale. Traduit en chiffres de croissance, il  
devrait surtout être perçeptible en fin d’année, lorsque la remontée  
de l’inflation aura pour conséquence d’affaiblir le pouvoir d’achat des  
ménages.  
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2020  
2021  
2022  
2020  
2021  
2022  
Achevé de rédiger le 23/09/2021  
GRAPHIQUE 3  
SOURCES : ONS, BNP PARIBAS  
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Montants cumulés exprimés en PIB de l’année 2020, hors prêts, garanties et injections de capital. Source : FMI (2021) Fiscal Monitor, avril.  
La banque  
d’un monde  
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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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