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Taux d’intérêt négatifs, une aubaine pour les acheteurs, un casse-tête pour les épargnants 28/10/2019

Quel est l’impact des taux négatifs sur les ménages et sur leur épargne ?  Dans ce deuxième volet,  William De Vijlder nous montrera toute la complexité d’une réponse à cette question. Elle requiert, en effet, la prise en compte de différents facteurs, tels que l’hétérogénéité des ménages et  la composition de leur  patrimoine (actifs et passifs).

TRANSCRIPT // Taux d’intérêt négatifs, une aubaine pour les acheteurs, un casse-tête pour les épargnants : octobre 2019

Des taux d’intérêt très faibles à négatifs sont-ils une bonne ou une mauvaise nouvelle pour les ménages??

La réponse toute faite est qu’il s’agit d’une bonne nouvelle, car des taux bas stimulent la croissance du PIB et, partant, celle du revenu des ménages. Mais au-delà de cette réponse simple, bien des questions complexes se posent comme :

1. Devons-nous considérer les actifs, les passifs ou les deux, c’est-à-dire les actifs moins les passifs??

2. Devons-nous considérer le secteur des ménages dans son ensemble ou des types de ménages spécifiques??

Commençons par les passifs. Tout d’abord, qu’entendez-vous par «?passifs?»??

J’entends par là trois choses différentes :

1. La valeur des crédits existants

Lorsque les taux d’intérêt baissent, les crédits peuvent être souvent refinancés à un taux inférieur (ex. : crédits hypothécaires). La situation des ménages s’en trouve dès lors améliorée.

2. La facilité d’accès à de nouveaux crédits

L’accès au crédit est plus facile, car les charges d’intérêt sur les prêts d’un certain montant diminuent. Les banques peuvent également assouplir leurs critères.

3. La valeur actualisée des engagements futurs

C’est là une question délicate. Les engagements futurs sont des dépenses que vous devrez faire dans le futur, généralement après votre départ à la retraite. Pour évaluer ce que ces engagements représentent aujourd’hui, ils doivent être actualisés. Le taux d’actualisation est le taux d’intérêt que vous obtenez sur vos actifs sans prendre aucun risque. Et là est le problème : lorsque les taux d’intérêt baissent, la valeur actualisée des engagements futurs augmente sensiblement.

Passons à présent aux actifs.

Par «?actifs?», j’entends plusieurs choses :

1. La valeur des actifs existants

Le prix d’un actif est la valeur actualisée des flux de trésorerie futurs. Lorsque les taux d’intérêt baissent, toutes choses égales par ailleurs, le prix des actifs augmente. Voyez comment les prix des actions, des obligations et de l’immobilier réagissent à une baisse du taux d’intérêt officiel.

2. Le rendement attendu sur ces actifs

Lorsque la banque centrale abaisse les taux d’intérêt, le taux de rémunération des dépôts bancaires diminue, entraînant à terme un repli du revenu financier. Il en va de même de l’investissement en obligations. Aujourd’hui, de nombreux marchés affichent des rendements négatifs même sur les longues échéances.

Cependant, les ménages peuvent, pour la plupart, éviter d’être confrontés à des taux d’intérêt négatifs en plaçant leur épargne dans des dépôts bancaires, qui, pour des raisons d’ordre juridique et/ou commercial, offrent un taux d’intérêt positif ou, tout au moins, non négatif. Il existe, toutefois, des exceptions : les clients du segment «?Banque privée?» de certaines banques dans certains pays.

3. La capacité de laisser croître les actifs, c’est-à-dire d’épargner

 

Par conséquent, la différence entre les actifs et les passifs est tout simplement l’effet net.

Tout à fait, mais cet effet est très difficile à déterminer en raison d’influences opposées. Au final, lorsqu’on évalue l’efficacité d’une politique monétaire très expansionniste, la question est de savoir quels en sont les effets sur le taux d’épargne.

Plusieurs canaux peuvent être identifiés??

1. L’accélération de la croissance économique va se traduire par une augmentation de l’emploi et, par conséquent, du revenu des ménages. Cela devrait stimuler le volume de l’épargne des ménages.

2. La faiblesse des taux réduit le coût d’opportunité lié à une dépense effectuée au moment présent plutôt qu’à une date ultérieure. C’est ce que l’on appelle l’effet de substitution. Le taux d’épargne s’en trouve ainsi réduit.

3. L’effet de revenu a des conséquences opposées : comme la baisse des taux d’intérêt implique une diminution des revenus financiers générés par un volume donné d’actifs financiers, les ménages peuvent décider d’accroître leur épargne et de diminuer leurs dépenses.

4. Les ménages peuvent également réduire leurs dépenses, épargner davantage ou souscrire un prêt hypothécaire pour acheter une maison, encouragés par la faiblesse des taux. Il y a dans ce cas substitution entre la consommation et la formation de capital.

5. Enfin, la baisse des taux d’intérêt peut entraîner une hausse des prix de l’immobilier et des marchés actions, créant ainsi un effet de richesse susceptible de stimuler les dépenses de consommation et, par conséquent, de peser sur le volume de l’épargne.

La question qui se pose aussi est de savoir si nous considérons le secteur des ménages dans son ensemble ou des types de ménages spécifiques ? Pourquoi la différence est-elle importante??

1. Les ménages sont très différents et très hétérogènes.

2. Certains ont une dette considérable et des actifs limités?; la baisse des taux d’intérêt est pour eux une bonne chose, car cela leur permet de refinancer un prêt.

3. D’autres ont des actions et un patrimoine immobilier. Ils sont également gagnants dans ce cas.

4. D’autres encore détiennent des obligations : ceux-là sont confrontés à la baisse des coupons. Si les coupons sont réduits de moitié, vous avez besoin de deux fois plus d’actifs pour conserver le même niveau de vie si vos dépenses sont financées par les coupons.

5. Pour les personnes au chômage, la baisse des taux peut avoir pour effet indirect de leur faire retrouver un emploi.

Par conséquent, selon les ménages considérés, les effets de taux faibles à négatifs peuvent être extrêmement positifs (on peut ainsi passer du statut de chômeur à celui d’une personne ayant un emploi) ou très négatifs. La recherche effectuée par la BCE montre que l’effet global est positif.

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