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L’inquiétude augmente

10/10/2022
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Deux ans après le choc de la pandémie, la Tunisie est durement frappée par les conséquences du conflit en Ukraine. L’envolée des prix des matières premières conduit à une dégradation dangereuse des comptes extérieurs et des finances publiques. L’inflation atteint des niveaux historiquement élevés, pénalisant un peu plus l’activité économique, qui peine à retrouver de l’allant depuis la crise de 2020. En l’absence de marge de manœuvre financière, la Tunisie espère obtenir l’appui du FMI pour apaiser les tensions macroéconomiques. Il y a urgence.

Prévisions économiques de la Tunisie

Malgré quelques avancées récentes, la situation de la Tunisie reste préoccupante. Après l’adoption d’une nouvelle constitution en juillet dernier et la publication d’une loi électorale en septembre, préalable à la tenue d’élections législatives fixées au 17 décembre 2022, le gouvernement vient de s’accorder avec le puissant syndicat, l’UGTT, sur une revalorisation annuelle de 3,5% des salaires des employés de la fonction publique jusqu’en 2025.

Cet accord ne règle pas tous les problèmes mais il devrait contribuer à apaiser le climat social, au moins à court terme. Surtout, il pourrait ouvrir la voie à un plan d’aide du FMI pour qui un consensus large sur les réformes à mettre en place est nécessaire. Son déblocage permettrait de catalyser l’appui des autres créanciers bi- et multilatéraux traditionnels du pays, voire de restaurer la confiance des investisseurs.

Les autorités en sont convaincues et s’attendent à une signature d’ici peu. Elles ont élaboré un programme de réformes qui a trouvé un écho favorable auprès du FMI. La prudence reste cependant de mise, et la capacité des autorités à respecter la feuille de route négociée avec le FMI est sujette à caution compte tenu de la fragilité du contexte socio-politique tunisien. Au regard de la crise profonde que traverse l’économie, il n’y a pourtant pas d’alternative.

Aggravation des déséquilibres extérieurs…

L’envolée des cours du pétrole et des céréales, consécutive au conflit en Ukraine, génère de fortes pressions sur les comptes extérieurs. Sur les huit premiers mois de l’année, le déficit commercial s’est creusé de 46% par rapport à la même période en 2021 pour atteindre le niveau quasi-inédit de USD 5,5 mds (graphique 1).

Déficit commercial des 8 premiers mois de 2022

Plus de 70% de l’aggravation du déficit commercial provient de celle de la balance énergétique et agricole. La hausse des importations de gaz et de pétrole est vertigineuse (+72%). C’est la conséquence d’un choc de prix puissant mais aussi d’un accroissement tendanciel des besoins dû au déclin de 38% de la production nationale d’hydrocarbures depuis dix ans.

En 2021, le déficit énergétique atteignait ainsi 4614 tonnes équivalent pétrole, contre seulement 605 en 2010. Sur le plan céréalier, la Tunisie cumulait également les sources de vulnérabilité au moment où la crise a éclaté, affichant à la fois l’un des plus gros niveaux de consommation par habitant au monde (255 kg de blé par an, soit cinq fois plus que la moyenne africaine) et une forte dépendance à l’importation (environ ¾ de la consommation nationale), dont quasiment la moitié provient de l’Ukraine ou de la Russie.

Malgré l’accalmie récente sur le front des prix des matières premières, le déficit courant devrait approcher 10% du PIB cette année contre 6,2% en 2020. La progression continue des transferts financiers de la diaspora tunisienne et le redressement du secteur touristique ne suffiront pas à amortir l’intégralité du choc sur les échanges commerciaux. Après un T1 plutôt satisfaisant, le déficit courant s’est établi à un niveau record de USD 1,7 md au T2. Il était de USD 800 millions au T2 2021. Les recettes touristiques ont augmenté de 43% en g.a. au T2, mais restent inférieures de 31% à leur niveau de 2019.